Non, une nouvelle fois, à la loi du talion
MARTHOZ,JEAN-PAUL
vendredi 26 mars 2010, 10:24
La N-VA et d’autres ont choisi de me lire à contresens. Ma chronique visait précisément à prévenir les discours de haine, en condamnant la pratique de la loi du talion et en prônant la modération. Elle plaidait pour la tolérance, l’ouverture, l’égalité et le vivre-ensemble. Elle ne cherchait en aucun cas à stigmatiser une communauté ou une nation. Elle ne comparait évidemment pas la Flandre au Nigeria. Elle n’évoquait nullement le spectre de l’épuration ethnique et n’accusait pas davantage la Flandre d’être prédémocratique.
Mon allusion à une « conception prédémocratique » visait uniquement une mesure, le « code du logement », un terme que j’ai utilisé de manière générique et qui visait en particulier le « wonen in eigen streek » et non le Wooncode stricto sensu. Ce glissement sémantique a permis à certains de mes contradicteurs de dévier l’objet de mes propos.
Dans le cadre de cet article qui n’abordait que subsidiairement le Wooncode et la Flandre et portait sur les notions de démocratie et de « modérantisme » en politique, j’ai voulu mentionner, comme exemple et en quelques mots, le malaise des francophones face à un ensemble de mesures qu’ils considèrent comme dirigées spécifiquement contre eux et qui avaient été qualifiées, le 5 mars, dans un éditorial du Soir, « d’inacceptable discrimination ».
J’ai abordé ce sujet pour illustrer mon fil rouge – la dénonciation de la loi du talion –, en invitant les Wallons à ne pas riposter par des mesures aussi contestables, mais bien par un message d’accueil. Par un « vous êtes chez vous chez nous » et non par un « restez chez vous ». Un message qui ne me paraît ni « dom » ni « malicieux »…
Certes, les interprétations des mesures relatives au logement diffèrent. Beaucoup en Flandre parlent de politique d’intégration, d’autres en « francophonie » y voient une volonté de discrimination. Toutefois, les regards que l’on porte sur ces décrets ne dépendent pas seulement d’une simple lecture juridique. Ils sont influencés par le contexte politique dans lequel ces mesures sont – ou semblent être – prises. Dans nos sociétés médiatiques, les perceptions sont aussi importantes que les décisions. Elles sont un baromètre des rapports entre nos communautés mais aussi, visiblement, de nos incompréhensions mutuelles.
La réaction de certains m’apparaît d’autant plus insultante que j’ai toujours veillé à traiter avec respect les membres de toutes les communautés et à juger les personnes et les groupes à l’aune de leur comportement politique et non de leur origine ou de leurs identités. Dès lors, si j’ai heurté des démocrates, des personnes modérées et bien intentionnées, je ne peux, bien sûr, que m’en excuser.
Toutefois, je tiens à réaffirmer le message essentiel de mon article : mon rejet, partout, des mesures qui sont ou peuvent être discriminatoires ; mon souci d’une cohérence, dans les pays démocratiques, entre les discours et les actes ; mon refus du principe « œil pour œil, dent pour dent » ; mon hostilité radicale au nationalisme ou au communautarisme.
Ces deux formes d’expression politique constituent une régression par rapport au projet démocratique de nos sociétés. Je partage d’ailleurs ces convictions avec nombre de mes amis flamands et j’ai apprécié, dans ce contexte, l’attachement réaffirmé des rédacteurs en chef du Standaard et du Morgen à la liberté d’expression et au dialogue.
Je suis convaincu également que les nationalistes qui prétendent représenter la Flandre entachent la réputation de leur région sur la scène internationale. Ils dégradent l’image de cette Flandre démocratique et lumineuse qui nous a donné des écrivains universels, des artistes talentueux, des capitaines d’industrie audacieux, des responsables de mouvements sociaux engagés et novateurs, tous ceux que Le Soir avait mis en exergue dans la série Nord-Sud pour leur contribution à un échange éclairé et à un débat apaisé.
Dans cette Europe postnationaliste qui est notre seul horizon raisonnable et, de plus en plus, le cadre juridique qui devrait guider notre pays et ses régions, nous devons avoir pour références communes la liberté, l’égalité et la fraternité.
Plus que jamais, comme je le disais dans ma chronique, nous devons combattre ceux qui s’accrochent aux notions réactionnaires de la pureté du sang, de la sainteté du sol et de l’unicité de la foi. Ensemble, au Nord et au Sud. Parce que nous défendons, comme l’aurait dit Edgar Morin, un projet de civilisation et non pas des idéologies d’un autre âge. J’espère, cette fois, avoir été compris.














