Bruxelles n’est pas à vendre !
Alain Maskens Co-rédacteur du « Manifeste bruxellois » et de l’« Appel
aux Bruxellois », ancien président de l’ASBL Manifesto, membre
de Pro Bruxsel
mardi 22 juin 2010, 09:52
Au lendemain des élections, on voit se profiler un scénario inquiétant. Un meilleur financement de Bruxelles, en échange de plus de cogestion de la région centrale du pays par ses deux voisines.
Cette cogestion, la majorité des Bruxellois n’en veulent pas, eux qui se perçoivent avant tout Belges, Bruxellois et Européens, qui sont heureux de la diversité culturelle de leur Région, et où l’on parle plus d’une langue dans près de 4 foyers sur 10.
Le public n’en est pas toujours conscient, mais une cogestion avancée est déjà à l’œuvre, dans des domaines aussi importants pour Bruxelles que l’enseignement, la culture, l’aide à la jeunesse et les sports, l’accueil des primo-arrivants, la médecine préventive etc. En effet, dans tous ces domaines, le gouvernement bruxellois n’est pas compétent. Ce sont le gouvernement flamand et celui de la Communauté française (où les Wallons sont très largement majoritaires) qui s’occupent de ces matières.
Ce système de cogestion est compliqué, désarticulé et inefficace. Il sépare artificiellement les institutions bruxelloises en deux réseaux distincts. En tant que système de gouvernement, il a prouvé son incapacité à résoudre en profondeur les plus graves des problèmes auxquels les Bruxellois sont exposés aujourd’hui : un enseignement aux résultats désastreux, et le chômage des jeunes qui en résulte, véritable drame pour de nombreuses familles bruxelloises.
Le scénario du troc d’une cogestion accrue en échange d’un financement amélioré est pourtant hautement probable. En effet :
1. Pour des raisons de stabilité socio-économique, le PS voudra aboutir rapidement à un accord institutionnel (à juste titre).
2. La demande de plus de cogestion sera très certainement mise sur la table par la N-VA.
3. Sur le plan financier, Bruxelles est aux abois. Cela fait déjà 10 ans que des scientifiques l’ont montré : un financement juste de Bruxelles nécessite un complément annuel de l’ordre de 500 millions d’euros. Ce qui fait quand même un manque cumulé de 5 milliards. Un financement plus adapté est urgentissime.
4. Les quatre partis francophones traditionnels sont eux aussi favorables à la cogestion de Bruxelles par les Communautés, au moins à son niveau actuel : ainsi que j’ai pu le constater tout au long des travaux du Groupe Wallonie-Bruxelles, aucun d’eux n’est prêt à transférer les principales compétences actuelles de la Communauté française vers la Région bruxelloise et la Région wallonne. Renforcer les Communautés – et donc la cogestion de Bruxelles – en transférant d’autres compétences du Fédéral vers les deux Communautés ne leur posera dès lors pas de gros problème, surtout si cela permet de résoudre le problème financier de Bruxelles (ici, j’espère me tromper, on verra).
Au moment où de nouvelles négociations institutionnelles sont imminentes, les plus démunis des Bruxellois sont dès à présent pris en otage à cause du financement injuste de la Région. Ceux qui tiennent à l’avenir de Bruxelles et de la Belgique se trouveront devant un dilemme terrible : accepter ou refuser le marchandage qui s’annonce : un financement amélioré en échange d’une cogestion plus lourde.
Pourtant, il faudra résister, parce que, à terme, ceci préparerait la fin de la Région bruxelloise, son inféodation totale à deux gouvernements étrangers, la séparation de sa population obligée de choisir entre les deux sous-nationalités, une gestion de plus en plus complexe, inefficace, largement soumise aux intérêts premiers de ses deux voisins.
Pourtant il faudra résister, pour rassurer une Europe inquiète de cette poussée de nationalisme identitaire.
Pourtant, il faudra résister, tout simplement par souci de démocratie et d’équité. Les Bruxellois demandent à être traités avec la même autonomie et les mêmes droits que leurs voisins.
Et il faudra expliquer avec pédagogie à l’opinion publique flamande que le statut financier de Bruxelles est injuste et que la fin d’une injustice ne se négocie pas. Elle se réclame, dans la dignité, avec obstination, sans compensation aucune.
Bruxelles n’est pas à vendre !
www.groupewalloniebruxelles.be