Prose bonbon ?

Thierry Hubin Professeur de français

jeudi 22 juillet 2010, 10:00

Prose bonbon ?

Lire, c’est prendre le risque d’être dérouté, choqué, remis en question © Alain Dewez

Une femme rêve d’un marché où l’on ne vendrait que des sexes masculins bien membrés. Saint Martin exauce le vœu d’une paysanne souhaitant que son mari soit couvert de vits moins fatigués que celui d’origine tandis qu’en retour son mari souhaite qu’elle se couvre de cons. Une ravissante jeune fille veut bien offrir l’hospitalité à un chevalier à condition qu’il couche avec elle. Un gaillard de cinq ans se met en tête de trouver l’instrument qui lui torchera le plus efficacement le cul. Un jeune marin débarquant à Marseille passe la nuit avec une prostituée qui se révélera être sa sœur. Des femmes en furie tuent un épicier puis le châtrent et exhibent ses attributs au bout d’un bâton. En pleine occupation, un jeune homme se livre au marché noir, assassine une vieille femme pour la voler et profite de la naïveté de sa fiancée pour tenter de la livrer à la prostitution.

Ces histoires vous choquent ? Vous trouveriez intolérables de les retrouver dans un manuel scolaire ? Eh bien, sachez qu’elles appartiennent pourtant au patrimoine de la littérature française et que les expurger reviendrait à censurer respectivement deux fabliaux du Moyen Age, Lancelot de Chrétien de Troyes, Gargantua de Rabelais, Le port de Maupassant, Germinal de Zola et La neige était sale de Georges Simenon…

Même si le calme plat de l’actualité estivale lui a sans doute donné un écho quelque peu excessif, la récente circulaire de la ministre de l’Enseignement Marie-Dominique Simonet visant à recadrer le choix des lectures littéraires au sein des cours de français a au moins l’immense mérite de mettre la littérature à la une et de rappeler à son sujet quelques vérités hélas trop souvent oubliées.

D’abord, et n’en déplaise à l’idéologie dominante, la littérature n’est pas avant tout une distraction. D’ailleurs, si c’était le cas, pourquoi ferait-elle l’objet d’un enseignement scolaire ? Une œuvre littéraire nous donne à rencontrer la manière dont un auteur voit le monde. Ce faisant, outre qu’elle permet de faire découvrir d’autres réalités que celles que notre propre expérience nous offre de vivre, la littérature nous apprend aussi qu’il y a autant de manières de voir ces réalités qu’il y a d’êtres humains. Voir le monde avec les yeux d’un autre, être obligé de s’arracher à son nombril, c’est aussi à quoi nous invite la littérature. Ce double enjeu, on le voit, n’est pas mince.

Mais, si l’on accepte que la littérature nous montre la réalité, il faut accepter aussi que cette réalité ne soit pas toujours rose. Un roman n’est pas un antidépresseur ou un anxiolytique. Lire ce n’est pas avaler une pilule pour oublier. Les grands auteurs, au contraire, sont ceux qui empruntent le curieux chemin des fictions pour mieux nous faire toucher la vérité. N’est-ce pas ce que depuis Aragon, on a coutume d’appeler le mentir-vrai ? Sous peine de la dénaturer, il faut donc accepter que la littérature parle de la violence, du mal, du corps, de la sexualité, de l’argent, de la politique, de la religion et de tout ce qui nous mord au quotidien. Comme le disait le critique Stephen Vizinczey : « Les grands écrivains ne sont pas ceux qui nous disent que nous ne devrions pas jouer avec le feu, mais ceux qui nous brûlent les doigts. »

Lire c’est prendre le risque d’être dérouté, choqué, remis en question. Mais c’est précisément parce que cette expérience n’est pas anodine que l’on ne peut donner à lire n’importe quoi et n’importe comment aux élèves. De ce point de vue, la préoccupation des parents est légitime. Contrairement à des pays comme la France, la Communauté française n’impose pas un corpus d’œuvres à ses professeurs. Cette liberté est à préserver car extrêmement stimulante et fertile. Toutefois, elle engendre une responsabilité accrue. Il importe en effet pour un professeur de se demander si les éventuelles scènes choquantes d’un roman correspondent à la nécessité de l’œuvre où si elles ne sont là que pour pimenter artificiellement une intrigue trop fade. Ce n’est pas le mal qu’il faut chasser de la littérature mais la complaisance (souvent commerciale) pour le mal. Il est essentiel aussi d’accompagner la lecture de l’élève en lui expliquant le contexte de création de l’œuvre et surtout en l’amenant, par l’analyse, à élaborer sa propre réflexion sur le texte tout en la confrontant avec celle des autres lecteurs. Moyennant cet indispensable travail d’encadrement, pratiquement toute œuvre littéraire authentique peut et doit être abordable à l’école. Pour autant bien sûr que le professeur se sente capable de maîtriser les thèmes parfois explosifs abordés par certains récits. On se

souvient à ce propos que, lors du récent Prix des Lycéens du cinéma belge organisé par la même Communauté française, le film Elève libre de Joachim Lafosse avait été écarté de la sélection pour ce motif. Est-ce d’ailleurs un hasard si d’aucuns contestent aujourd’hui à ce même cinéaste le droit de réaliser un film sur l’affaire Geneviève Lhermitte ? Comme si l’art devait être interdit de réel.

Contester le choix de certaines lectures sous prétexte qu’elles contiennent des passages problématiques c’est donc… un peu court, jeune homme. D’autant qu’on ne sait rien de ces parents contestataires ni de leur nombre ni de leurs motivations. Or, il est arrivé que la morale serve d’alibi à l’intolérance. Quoi qu’il en soit, offrir une littérature aseptisée, des livres désinfectés ce serait à la fois trahir la littérature et les élèves. Et tant mieux si la littérature suscite encore des indignations, cela prouve que, malgré les tentatives de certains programmes, elle n’est pas encore tout à fait morte. Il est des écoles où l’on emmène les élèves à Disneyland Paris. Cela n’a apparemment suscité aucune récrimination. Est-ce pourtant le rôle de l’école de véhiculer cette culture-là ? Une culture parquée, coupée du monde et réduite à l’attraction foraine ? Une culture inoffensive et lucrative, bien rose, bien lisse, bien sucrée ? Comme un passeport pour le néant.

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[6] Léon Pabeaudit le 01/08/2010, 00:09


Vas-y Franky
Elle se tourna vers le feu ouvert et se chauffa les seins... Depuis le premier jour, depuis avoir lorgn?es grandes mains (comme notre chasse-neige ardennais), c'est avec lui qu'elle voulait perdre sa virginit?. (ce n'est pas du Lenteric)... Il descendit doucement ses doigts vers son sexe d? ouvert et humide.... Ch? Madame, vous attaquez l'un des meilleurs livres non informatis?de mes 16 ans... Sa barbe effleura doucement le bassin qu'elle avan? incapable de r?ster... Quel bonheur !

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[5] Léon Pabeaudit le 31/07/2010, 23:43


Dupuis et les bisounours
Sans ?ivoque - la ministre doit ?e recadr?!

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[4] Léon Pabeaudit le 25/07/2010, 11:11


La censure ne fonctionne qu'?'?le- bulle prot?e
Selon mon humble opinion, le principe "ma?e" devant dicter le choix des professeurs est avant tout offrir le go?e lire. Au del?certains vont batailler pour offrir une vision la plus "classique" possible de la litt?ture, d'autres proposeront des ouvrages plus contemporains sur le compte de grands classiques. Certains livres v?culent des id? dangereuses, d'autres provoquent. Un ?ve bien form?eut tout lire et c'est bien l?e but de l'enseignement. Rien n'emp?e un ?ve de se procurer un livre pornographique non imag?ors de l'?le mais pourra-t-il l'appr?er pleinement ? De l? bander ?ot?e sa voisine, sur son banc scolaire...

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[3] passifiguedit le 24/07/2010, 13:18



Ca alors, on vient de d?uvrir que la bonne litt?ture est "rebelle" . Dans le pass?la bible fut interdite de lecture pour les simples fid?s, on br?t les h?tiques et leurs livres et Hitler ?ait des feux de joie avec l'art " d?dent"Certains ?ouveraient - ils de la nostalgie de ces ?ques b?es?

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[2] JeParticipeAuSoirdit le 23/07/2010, 13:23



Une opinion tr?int?ssante. Ne pas interdire, mais encadrer, accompagner, contextualiser. En ces temps de prohibitionnisme tous azimuts, cette logique devrait s'appliquer au-del?u seul cadre de la litt?ture dispens??'?le.

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