Les bourgeois de Calais sont francophones
mercredi 12 janvier 2011, 11:28
Marc Uyttendaele
Constitutionnaliste
En 1347, six bourgeois de Calais, pour sauver leur ville assiégée depuis onze mois, se sont présentés aux Anglais en chemise et la corde au cou. Ils leur ont remis la clef de la Cité, et les Calaisiens furent saufs. Mais Calais devint ville anglaise pour plus de deux cents ans. Voilà la méthode que certains responsables politiques francophones veulent utiliser pour résoudre la crise de régime que traverse aujourd’hui la Belgique.
Plus précisément, ils proposent, à l’instar du leader de N-VA, d’en revenir à une page blanche, de ne pas prendre comme point de départ la situation institutionnelle actuelle, mais d’examiner ce que francophones et Flamands peuvent ou veulent encore faire ensemble. Ceux-là ont lu la Constitution et ils y ont trouvé l’article 35. Cette disposition prévoit que « l’autorité fédérale n’a de compétences que dans les matières que lui attribuent formellement la Constitution et les lois portées en vertu de la Constitution même. Les communautés ou les régions, chacune pour ce qui la concerne, sont compétentes pour les autres matières, dans les conditions et selon les modalités fixées par la loi (spéciale) ». Il est également prévu que cette disposition ne pourra être mise en œuvre qu’après une nouvelle révision de la Constitution qui définira les compétences de l’autorité fédérale. L’article 35 est donc purement incantatoire, sans effet juridique aucun. Il a été inscrit, en 1993, dans la Constitution à la seule fin de convaincre les parlementaires de la Volksunie – ancêtre de la N-VA – de soutenir une réforme qui parachevait le modèle fédéral belge. C’était une manière de dire aux nationalistes flamands que leur heure n’était pas venue, mais qu’un jour peut-être… Il est donc étrange que ce soient des responsables politiques francophones qui proposent
aujourd’hui de donner vie à une disposition constitutionnelle qui, dans l’esprit de l’essentiel de ses auteurs, devait rester lettre morte. L’article 35 est donc inapplicable sans révision constitutionnelle préalable. Il suppose, en outre, un choix crucial. Faut-il délaisser les compétences aux régions ou aux communautés ? Le texte constitutionnel ne le précise pas. Or répondre à cette question est impossible, ce qui démontre le leurre d’une solution présentée comme un « Sésame » des problèmes existentiels de la Belgique. Qui peut croire, en effet, que les Flamands accepteront que toutes les compétences aillent aux régions, et notamment à la région niée et honnie de Bruxelles-Capitale ? Qui peut croire que les francophones accepteront que toutes les compétences aillent aux communautés, niant ainsi l’existence de cette région centrale qu’ils ont voulue à part entière et dont l’existence a été conquise de haute lutte ?
Enfin, à supposer même que soit surmonté cet obstacle, voilà comment pourrait se présenter le dialogue entre l’homme fort de la Flandre et les partis francophones. Ceux-ci poseront les questions et celui-là apportera les réponses :
– Pouvons nous gérer la sécurité sociale, ensemble ? Non, sauf peut-être les pensions.
– Pouvons-nous, ensemble, gérer la Justice, l’Intérieur, la sécurité ? Non, je ne le sens pas.
– Pouvons-nous au moins gérer en commun la fiscalité, celle des personnes physiques et des entreprises ? Non, c’est une assez mauvaise idée.
– Mais alors que pouvons-nous encore faire ensemble ? La défense nationale, d’ailleurs l’armée belge est déjà largement flamandisée et peut-être un peu d’Affaires étrangères. Et si vous le voulez vraiment, on peut aussi gérer en commun la protection animale pour autant que cela ne porte pas atteinte à la politique agricole flamande…
Voilà à quoi mène la « méthode miracle » proposée par d’aucuns. C’est une manière d’offrir à la N-VA, à peu de frais et à vitesse accélérée, la réalisation de son programme.
Pour sauver la Belgique, il n’y a donc pas d’autre méthode que celle qui est utilisée aujourd’hui. A défaut, les partis francophones se transformeront en bourgeois de Calais, une ville qui, à la suite de leur initiative, fut pendant deux siècles sous domination étrangère.
Vos réactions
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Partisan ---
La d?nstration de l'argument me semble bien courte. C'est une charge contre les lib?ux francophones. Quand on d?nd l'int?t g?ral, j'aime qu'on soit honn?. Ce n'est pas parce qu'on pose des questions que les r?nses que l'on y apportera seront la loi de demain. Mais cela a l'avantage non n?igeable d'une clart?raiment indispensable dans toute n?ciation. Je ne dis pas que la m?ode d'aujourd'hui n'est pas la bonne, je n'en sais rien. Mais cette querelle entre francophones est m?ocre et m? bien plus "calaisienne" que le fait de se concerter au pr?able entre francophones (y compris donc les lib?ux). Je pr?se que je suis de sensibilit?lut?e gauche et que l'id?ogie lib?le est ?'oppos?e ma conception de la vie en commun.
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De 2 choses l'une ! Soit le programme de la NVA est r?lement scandaleux comme vous le laissez entendre dans votre carte blanche, et l'on se demande alors pourquoi vous n?ciez avec depuis 8 mois. Soit il ne l'est pas et d?lors la m?ode Reynders a au moins le m?te de rendre clair et compr?nsible pour tout le monde le futur qui nous attend de toute fa?. Quand comprendrez-vous que la seule ?btenir est l'?rgissement de la R?on Bruxelloise de sorte qu'une continuit?erritoriale se fasse entre elle et la Wallonie ? Si vous ne l'obtenez pas, l?on pourra parler de capitulation tel Madame .
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Tr?bien Marc, mais c'est quoi exactement ta vision du futur de la Belgique, de la Communaut?rancaise, des r?ons wallonne et bruxelloise ? Car si tu n'as pas encore compris que les Flamands ne veulent des francophones ( et pas seulement son parti leader) , il est temps d'ouvrir les yeux. Face ?eur dessein, quel est celui du PS et de ses succursales ? Bien ?oi.
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M. Uyttendaele, si les r?nses que vous sugg?z sont celles d'une majorit?e Flamands, ne pensez-vous pas qu'il serait temps de tourner la page? A quoi cela servirait-il d'encore former un gouvernement dans de telles conditions. La confiance n'y serait pas, l'envie de faire progresser ensembles notre pays non plus. Si d'aventure les r?nses n'?ient pas aussi extr?s que vous le pressentez, on aurait par contre une base tr?solide pour faire un gouvernement f?ral fond?ur le d?r de coop?r sur des mati?s non contest?. Ce serait un nouveau d?rt pour une Nouvelle Belgique, une Autre Belgique.