Pourquoi nous ne manifesterons pas

Maxime Counet

samedi 22 janvier 2011, 08:57

La volonté affichée par Shame et de "représenter la jeunesse": oui mais quelle jeunesse, avec quel objectif? Les critiques du collectif "La Belgique de Fiston'

Pourquoi nous ne manifesterons pas

Belga

Shame. Honte à eux, ces politiciens, et leur politicique, leur politicirque. Ce que le citoyen veut, c'est un gouvernement. Lequel ? Peu importe. L'union faisant la force, il n'y a pas à s'inquiéter : « Que nous soyons de droite, de gauche, centriste, ou whatever, quelle importance », déclare Simon Vandereecken. La Belgique, on l'aime et on l'acquitte de toute dynamique fédérale : il ne faut toucher à rien, il ne faut jamais diviser, la seule valeur, c'est l'unité.

Ce patriotisme à œillères, mû par une rhétorique anti-politique douteuse, nous ne le partageons pas. La demande de constitution rapide d'un gouvernement où tout se vaut s'avère hasardeux: au delà du simplisme, l'appel à la vitesse dans la constitution d'un gouvernement va à l'encontre de la démocratie (toute aussi lents ses mécanismes soient-ils en Belgique comme ailleurs). C'est pourquoi nous ne manifesterons pas dimanche, malgré l'appel de la principale organisation étudiante. Contrairement aux initiateurs de l'évènement, nous ne considérons pas que les discussions politiques de ces sept derniers mois soient honteuses. Elles rassemblent les partis pour lesquels le peuple s'est exprimé, qui doivent maintenant trouver un accord pour gouverner et réformer le pays. La tension entre les opinions publiques au nord et au sud du pays rend l'exercice compliqué. Le personnel politique n'est, à notre sens, pas en cause : il ne fait que refléter cette tension.

Ces discussions n'ont donc rien d'indigne. Elles ont pour but de définir le cadre dans lequel s'organisera demain la redistribution des richesses dans notre pays. Il s'agit du débat politique par excellence. Loin du romantisme belgicain, ce qui fonde l'unité d'un pays, c'est avant tout une volonté commune de partager des ressources. C'est bien de cela dont discutent actuellement nos mandataires politiques.

Pourquoi la Belgique ?

L'unité du pays n'a de valeur que si elle permet la solidarité intercommunautaire, garantissant à chaque citoyen l'accès à la sécurité sociale ou à des services publics de qualité. Dès lors que faire, dans un pays fédéral, lorsque la majorité politique de la région la plus riche ne souhaite plus partager avec la région la plus pauvre ? L'analogie grossière est toute trouvée : le mariage favorise l'échange, la vie en communauté, et fait bénéficier d'abattements fiscaux. Mais si votre épouse, qui a les plus gros revenus, exprime depuis des années le souhait d'avoir son indépendance, avez-vous vraiment le choix?

Sur le principe, la menace de l'éclatement nous préoccupe. Plus que le triomphe d'une logique nationaliste, son exécution marquerait l'aboutissement de la logique néolibérale : les plus riches n'ont pas à payer pour les plus pauvres. Mais c'est là que se pose une question fondamentale : pourquoi la Belgique? Dans l'idéal, chaque "citoyen du monde" profiterait de la même manière d'un système redistributif global garantissant une égalité des chances, et cætera. Si la Belgique n'est plus un cadre possible pour cette solidarité, il doit bien être possible d'en trouver un autre, le moment venu.

« C'est la classe politique, pas les gens »

Ce serait passer un peu vite sur un autre aspect de l'unité nationale : le partage d'une identité et d'une histoire communes. Selon la même rhétorique anti-politique, l'opinion publique flamande semble flouée par des gredins technocrates qui détricotent le Royaume contre son gré. Et ça, ce n'est vraiment pas sympa. Les hommes politiques, remplacés par une horde de politiciens vivant pour le seul show, seraient incapables d'entendre la voix du peuple.

C'est oublier un peu vite les sondages, qui confirment les uns à la suite des autres le résultat électoral de juin dernier. Que fait la doxa unitariste de ce message pourtant très clair ? Rien. Pour garantir l'unité du pays, il faudrait réduire au silence l'opinion d'un part substantielle de sa population. Voilà un paradoxe tout à fait… belge.

L'affaiblissement du sentiment d'appartenance à la Belgique existe et répond à un mouvement centenaire. Cette évolution a été favorisée par des décennies d'activisme du mouvement flamand, bien sûr. Mais on ne peut la nier, aujourd'hui.

Ô citoyenneté

Fort heureusement, tout n'est pas à déplorer. Le fait que des citoyens se mobilisent pour réclamer une sortie des affaires courantes, sorte de déni des urnes qui ne permet pas d'avancées substantielles, rassure quant à la conscience politique d'un certain électorat.

Cependant, la meilleure réaction à la crise actuelle ne passe pas par le déni de l'appétence de séparation, la mise en cause de la représentativité des élus, ou l'exacerbation d'ardeurs nationales passéistes. La réforme de l'Etat qui se prépare va toucher des aspects fondamentaux de la politique belge. Loin d'un énième Meccano institutionnel, ce sont des fonctions essentielles de l'État social qui sont en jeu. Il est question de la sécurité sociale, du chômage, des allocations familiales, des pensions, et des moyens de financer ces différents systèmes protecteurs. En ce sens, les discussions actuelles ne sont certainement pas déconnectées des « vrais problèmes des vrais gens ». Elles sont cruciales. La pression citoyenne doit donc les considérer avec sérieux. La rhétorique de la « honte » doit faire place à une réappropriation populaire du débat. S'il existe encore une majorité pour défendre la solidarité intercommunautaire, elle doit se manifester en tant que telle, et non sous des oripeaux apolitiques. C'est au fond la seule manière d'empêcher la scission du pays.

Maxime Counet
Pour le Collectif "La Belgique de Fiston"

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[93] jamesk dit le 24/01/2011, 08:38


Faire de grand raisonnements pour expliquer qu'il n'y a rien ?aire qu'attendre, et faire confiance ?es politiciens autistes, enferm? dans leur petits calculs, ce n'est ni tr?intelligent ni courageux. Si apr?220 jours de n?ciation on ne voit toujours pas la moindre lueur d'espoir, c'est la preuve par neuf que la logique actuelle ne marche plus. Que nos politiciens de tout bord s'a?nt les neurones et nous proposent une vision novatrice de la Belgique. C'est leur travail et ils sont grassement pay?pour c?La Belgique de papa a v?, c'est ce que les "fistons" refusent d'admettre.

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[92] LucienC dit le 24/01/2011, 00:53


@ Numeric: en effet, faire quelque chose est courageux, et pr?r le flanc ?a critique peut para?e alors injuste. Ceux qui ne bougent pas ont beau jeu de trouver les failles, et rien n'?nt parfait, il y en a toujours. Mais si aucune action citoyenne n'est parfaite, elles ont au moins l'avantage de lancer le d?t et de faire r??ir. Si seulement on pouvait argumenter sur les id? sans attaquer ou blesser leurs auteurs. Pas simple. Je trouve louable d'organiser des manifs, et louable de les critiquer quand c'est argument?t que ce n'est pas juste pour le plaisir de critiquer.

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[91] Numeric dit le 24/01/2011, 00:05

je comprends plus...
... j'ai personnellement l'impression que faire, pas faire... voir d?ire... n'appelle que des questionnements... Toute initiative devient apparemment hasardeuse... , critiquable... . Ceci conforte sans doute tous ceux qui ne font et ne feront jamais rien. La Belgique est le pays ou existe le moins d'entrepreneurs en Europe... l'esprit d'initiative est vou? l'?ec. Triste et lamentable constatation....

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[90] Ney dit le 23/01/2011, 23:54


"je ne comprends pas pourquoi personne n'a protest?ontre l'id?qu'il faille une r?rme de l'?t comme pr?able ?a formation d'un gouvernement" --- Parce qu'un gouvernement sans consenus pr?able n'a pas plus de sens que celui qu'on a actuellement et qui ne fout quand m? pas grand chose. Il serait l?t il ne pourrait rien faire.

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[89] Tchuudi dit le 23/01/2011, 23:48

@ [85] Réfléchir
Descendre une manif, en comptant ceux qui ne s'y sont pas rendu ( 10.960.000 personnes d'apr?vous), quelle malhonn?t?ntellectuelle! Donc, si je vous suis bien, la fameuse marche blanche ne repr?ntait rien, puisqu'une majorit?e Belges n'y ?ient pas, la NvA ne repr?nte rien, puisque 85% des Belges ne votent pas pour elle, la r?lution tunisienne n'est pas l?time, puisque la majorit?es Tunisiens n'ont pas pris part aux ?nements... Posez-vous plut?a question: c'?it quand, la derni? manifestation qui a rassembl?0.000 personnes ?ruxelles, tous sujets confondus?

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