« Il faut bâtir une Europe plus protectrice »

WILLIAM BOURTON

vendredi 14 octobre 2011, 14:03

SELON CAROLINE FOUREST, si l'Europe ne sort pas de la crise par le haut, elle aura à subir un mouvement de repli identitaire et populiste.

ENTRETIEN

Caroline Fourest

Caroline Fourest est née en 1975. Journaliste et essayiste, elle est engagée en faveur du féminisme et de la laïcité.

Au fil de sa bibliographie, épinglons : « Frère Tariq. Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan » (Grasset, 2004), « La Tentation obscurantiste » (Grasset, 2005), « Les nouveaux soldats du Pape » (Édition du Panama, 2008) ou encore « Marine Le Pen » (Grasset, 2011, écrit avec Fiammetta Venner).

A u nom de la diversité et du multiculturalisme, d'aucuns cultivent le droit à la différence contre le droit à l'égalité et la liberté religieuse absolue contre la laïcité. Au nom du refus du communautarisme, d'autres réaniment l'illusion mono-culturaliste et favorisent le repli xénophobe. Entre les deux, l'universalisme, respectueux du pluralisme culturel et aussi de la laïcité, est encore possible. »

Ces propos sont de l'essayiste française Caroline Fourest. Elle en débattra ce dimanche, à 11h, à Woluwe, lors d'une conférence introduite par l'éditorialiste en chef du Soir, Béatrice Delvaux (1). Nous avons interrogé l'oratrice, en guise d'avant-propos.

L'Europe branle dangereusement entre multiculturalisme et populisme, dites-vous. Est-elle consciente du péril, à votre estime ?

L'Europe est pour l'instant bien occupée à essayer de sauver ce qui reste d'elle-même et de sortir de la crise économique. De cette gestion – et c'est un des facteurs sur lesquels on a le moins de prise – dépendra énormément la suite. Et notamment la récupération, ou non, par les mouvements populistes. On est au bord du précipice. Il y a deux façons d'en sortir.

Soit l'Europe se fracasse parce qu'elle n'arrive pas à sortir collectivement par le haut de cette crise, en faisant un bond en avant vers une Europe plus politique, plus protectrice. Si elle se fracasse, on va amorcer un mouvement de repli tout à la fois identitaire et confessionnel qui sera un formidable terreau pour les Marine Le Pen, les Geert Wilders et tous les populistes d'Europe.

Soit les Européens arrivent à la conclusion que c'est ensemble, par la mutualisation des pertes et des solutions, que l'Europe politique peut être forte face à la dérégulation, à la concurrence de la Chine ou à la crise des banques. Et à ce moment-là, au contraire, je pense que la parenthèse « 11 Septembre » se refermera et son contrecoup populiste et xénophobe amorcera une décrue. On est à la croisée des chemins.

Et en l'occurrence êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste ?

Je suis plutôt optimiste, mais à court terme, des moments très difficiles sont à attendre, notamment dans le contexte de la crise économique. On n'est pas au plus bas. À plus long terme, même si des gens essayeront de faire croire le contraire, un seul pays ou une seule région ne peut affronter seul une telle déflagration. Nous vivons dans un monde économique totalement interconnecté. Il ne s'agit pas de couper les ponts, il s'agit de mettre de la régulation, il s'agit de faire en sorte que le politique remette des règles pour protéger davantage ce qui doit l'être.

Mais pour mettre des règles, il faut être puissant dans le rapport de forces ; et pour être puissant dans le rapport de forces, il faut être nombreux. Je crois que les grands projets politiques se font dans les périodes difficiles. Ils ne se construisent jamais sur un bout de papier mais par des élans qui sont des élans de la dernière chance, face à un ultimatum. Nous sommes devant un ultimatum. Mais ce n'est pas l'Europe des 27 qui va bouger comme un seul homme. Une Europe politique peut se reconstruire à partir de quelques pays qui prendront des décisions. Viendront s'y agréger au fur et à mesure ceux qui seront dans cette dynamique

.

Vous avez cité Marine Le Pen, que vous connaissez bien, pour lui avoir consacré un ouvrage critique ; on en parle moins, en ce moment…

Parce qu'en ce moment, la campagne française est focalisée sur la compétition entre les candidats socialistes. Tout à donc l'air assez apaisé, même s'ils se font des crocs-en-jambe. Et tout le monde a un peu envie d'oublier que ce ne sera pas une élection qui se jouera uniquement entre le candidat du PS et Nicolas Sarkozy. Il y a une troisième femme dans cette affaire ! Et même si elle s'est un tout petit peu tassée en début d'année – parce que le débat social et économique sérieux a repris la main – ce serait très naïf de croire qu'elle ne va pas revenir, dans un deuxième temps de la campagne, sur les questions identitaires, et les questions de société. C'est son intérêt !

Même quand elle ne dit rien, même quand l'actualité est focalisée sur d'autres, même quand elle se tasse, comme aujourd'hui, elle demeure à des scores extrêmement élevés. Elle ne descend jamais en dessous des scores de son père quand il a atteint le deuxième tour de la présidentielle. Elle va jouer un rôle très important de déstabilisation des thèmes de la campagne.

(1) À Wolubilis : Cours Paul Henri Spaak, 1 – 1200 Woluwe-St-Lambert. Info-tickets : 02/761.60.30 ou www.wolubilis.be.

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[3] wafwaf dit le 29/02/2012, 00:13

@GLeboutte : Et Faurisson vous en recommandez aussi la lecture ?

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[2] antipoujadiste dit le 09/02/2012, 15:35

Excellent Excellentes, ces réflexions de Caroline Fourest ! ça fait bizarre de lire une intellectuelle aussi pointue et aussi précise après les éructations du fou de dieu de l'ULB et les imprécations antisémites de Boniface. Merci!

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[1] GLeboutte dit le 08/02/2012, 16:52

hélas Hélas Caroline Fourest est une intellocrate de plateau. Pascal Boniface l'épingle longuement dans son livre "Les Intellectuels Faussaires".

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