L’Europe de la protection sociale se construira avec les mutuelles

Rédaction en ligne

mercredi 15 février 2012, 17:21

Thierry Beaudet, Président de la MGEN, et Jean-Pascal Labille, Secrétaire général Solidaris/Mutualité socialiste.

La Mutuelle Générale de l’Education Nationale (MGEN), France et Solidaris/Mutualité Socialiste de Belgique, ont décidé d’unir leurs forces dans une coopération politique. Au nom des 6,6 millions de personnes que nous protégeons, nous voulons démontrer que deux mutuelles issues de deux pays de l’Union Européenne peuvent s’engager et militer ensemble.

Cela peut paraître bien peu à l’ère de l’économie mondialisée. Il s’agit pourtant d’un changement de perspective fondamental pour nos mutuelles santé intégrées aux systèmes de protection sociale nationaux depuis l’après-guerre.

Nous partageons toujours la même mission et la même ambition : protéger nos adhérents dans une perspective de progrès social durable et partagé par tous. Notre action doit maintenant s’élever à l’échelle européenne. Pour la première fois, nous y sommes déterminés. Echanges des savoirs et des savoir-faire, renforcement des expertises, développement d’offres communes, élaboration d’une démarche commune auprès des institutions européennes sont à notre agenda.

Nous voulons nous mettre au service de l’Europe de la protection sociale.

Il y a urgence à agir. Depuis 1945, le progrès social a été assuré grâce à un compromis politique reposant sur quelques principes fondateurs : la socialisation du financement des dépenses de santé, l’indemnisation du chômage, le paiement des retraites, le droit au logement, la démocratisation de l’accès à l’éducation. Ces trente dernières années, tout a été bousculé sous les coups de boutoir du capitalisme financier, de la double croyance absurde en l’autorégulation des marchés et leur supériorité généralisée sur les Etats. Au mépris de la réduction des inégalités d’accès à la santé et à l’éducation.

La crise économique et financière de la « zone euro » et les mesures de redressement qui l’accompagnent sont la plus retentissante alarme sociale que nous ayons eu à vivre. Partout, les dirigeants, après avoir sous-estimé la gravité de la crise systémique mondiale, rétroagissent dans la précipitation et n’ont que l’austérité à proposer, synonyme de régression sociale.

Albert Einstein n’imaginait pas « résoudre un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. » L’heure est sans doute venue de l’écouter. Nos dirigeants doivent dépasser leurs propres contradictions. Ils ne peuvent plus, tout à la fois, reconnaître que la protection sociale est un formidable amortisseur de crise et la déconstruire jour après jour. Ni souligner l’importance des investissements sur le long terme et privilégier à ce point le temps ultra-court des traders. La bonne santé des peuples, qui relève tant des politiques publiques en matière de recherche, d’environnement ou d’éducation, le mérite.

Les mutuelles, organisations démocratiques, sans but lucratif, inscrites dans le temps long, ne connaissent pas ces contradictions. La mutualité est profondément d’avenir. Comme les Etats avant elle, l’Union Européenne doit reconnaître leur utilité sociale et l’originalité de leurs organisations et modes de gouvernance par un statut européen dédié.

En France et en Belgique, la MGEN et Solidaris ont fait la preuve de leur efficacité en assurant des services vitaux : prise en charge de situations de handicap, aide sociale à tous les âges de la vie, actions d’amélioration des parcours de patients…

Nous sommes maintenant prêts à travailler à l’Europe sociale. Nous voulons nous mettre au service des peuples de l’Union comme nous le sommes déjà dans nos pays. Nous voulons promouvoir la solidarité la plus large et la plus juste : une solidarité qui s’appuie sur l’action des sociétés des personnes, dans le cadre d’une assurance maladie obligatoire universelle sous l’égide des pouvoirs publics, marquant ainsi notre refus d’une marchandisation de la santé.

Poursuivre dans la continuité du courant idéologique dominant ne serait pas responsable à l’égard de la jeunesse européenne. La fragmentation sociale, la concurrence débridée, l’obsession de la consommation et l’endettement qui ruine les solidarités ne sont pas les seuls legs que nous pouvons leur faire. Réussite sociale et réussite économique sont indissociables. La libre circulation des marchandises et des capitaux n’est pas une fin en soi. Le seul objectif de l’Union européenne doit demeurer l’amélioration du sort des femmes, des enfants et des hommes. Il est le nôtre.

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