Non, M. Jespers, mon Université n'est pas antisémite
mercredi 15 février 2012, 14:12
Maurice Sosnowski, président du CCOJB (Comité de coordination des organisations juives de Belgique).
Monsieur Jespers, dans votre interview publiée dans Le Soir du 9 février, vous faites preuve d'une grande bienveillance envers l'action de Monsieur Chichah et vous préférez rejeter la responsabilité des incidents sur les « positions radicales anti-islam » (non étayées) de Caroline Fourest. J'ai beaucoup de difficultés à l'accepter, mais c'est votre vision des choses. Peut-être un jour aurons-nous l'occasion d'en débattre puisque vous et moi faisons partie de la même maison, l'ULB, là où le libre examen, la libre-pensée et la libre expression sont rois.
Or, à une question qui concernait le risque de remise en question aujourd'hui de ces valeurs ULBistes, vous répondez de façon méprisante « que c'est un procès qu'instruit contre l'ULB un certain type de courant » par des « gens comme Brotchi » et moi-même m'accusant « de laisser entendre que l'ULB serait devenue un lieu antisémite ».
Ceci est une accusation grave lancée publiquement que je vous demande d'étayer ou de vous en dédire, d'autant que vous êtes à la tête de la filière information et communication de l'ULB.
Suite au virulent débat « Dieudonné » qui m'avait opposé à Monsieur Chichah au Janson, j'ai écrit, en m'adressant à celui qui avait été le modérateur du débat, dans une lettre ouverte au CA de l'ULB (publiée dans Le Soir) : « Vous avez laissé la haine du juif se développer dans l'enceinte de l'ULB. » Cela veut-il dire que l'Université est devenue antisémite ?
Bien au contraire. Lors du dîner du CCOJB, dans mon discours devant le Premier ministre, de nombreuses personnalités politiques, académiques et des médias, et après avoir cité des manifestations à caractère antisémite apparues (notamment) à Solvay, je disais : « Sachez que je ne partage nullement l'idée que mon Université ou la Belgique seraient devenues antisémites. L'heure n'est pas à stigmatiser celui-ci ou celui-là mais d'en appeler à la responsabilité et au courage politique »
Oui, Monsieur Jespers, j'aime mon Université. Je suis attaché à ses valeurs et à son histoire. Celle des hommes qui, plutôt que de se soumettre, ont décidé de fermer notre Université et de combattre le fascisme.
En homme de conviction, je me suis engagé dans les combats ULBistes récents comme l'avortement ou la problématique de fin de vie.
Mais le citoyen juif que je suis est aux aguets. Il est sensible aux mots. Ces mots qu'une poignée d'écervelés ont prononcés et qui se sont, en quelques années, transformés en cendres pour deux tiers des juifs européens. De là ma vive réaction lors de la conférence « Dieudonné ».
Mon exaspération suite aux propos « borderline » entendus ce soir-là, est peut-être mieux comprise aujourd'hui
Ainsi, je pense très fermement, avec d'autres anciens étudiants juifs et non juifs, qu'à défaut d'une mise au point sans complaisance et sans ambiguïté de la part des autorités académiques, le risque existe que certains esprits médiocres et incapables de renoncer à des amalgames politiques se permettent, assurés d'un sentiment d'impunité, d'introduire et cultiver une forme sournoise d'antisémitisme.
Non, Monsieur Jespers, mon Université n'est pas antisémite, et la saine réaction que l'ensemble de la communauté universitaire a manifestée dès mardi soir face aux manifestations d'intégrisme à caractère fasciste de certains, me rassure sur la fidélité de notre communauté au serment prononcé par les survivants du groupe D (*).
(*) « Nous ne nous laisserons pas frustrer du prix de la victoire par aucun fascisme, par aucune dictature car autrement nous commettrions vis-à-vis de nos camarades qui sont morts la plus grande des lâchetés. »
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Maurice Sosnowski, ne pouvez-vous vous exprimer sans recourir au ton de l'hystérie, au vibrato dans la voix, à la manipulation ? Et si non, pourquoi ? Que perdriez-vous à y renoncer ? "Mais le citoyen juif que je suis est aux aguets." Minute de silence dans les rangs. Cela s'impose. "Il est sensible aux mots." Déjà que cela ne saute pas aux yeux quand on vous lit, mais pourquoi le "citoyen juif que vous êtes" et pas les autres ? Souhail Chichah n'est pas, lui, "sensible aux mots" ? 'Angoisse de la porcelaine peu perméable aux Chouans', comme disait l'autre ? "Ces mots qu'une poignée d'écervelés ont prononcés et qui se sont, en quelques années, transformés en cendres pour deux tiers des juifs européens." Mots transformés en cendre ?
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Caroline Fourest n'est pas contre l'Islam, elle est favorable à la laïcité et dénonce à juste titre l'hypocrisie et le double langage des intégristes musulmans, des autres aussi du reste . N'en déplaise à Monsieur Jespers des prêcheurs comme Ramadan et leurs adeptes les "chouchah" sont dangereux pour la démocratie. Monsieur Jespers semble l'être aussi qui se montre si complaisant avec ces religieux alors qu'il a fallu tant de temps pour tenir l'église catholique à distance et permettre à notre société d'évoluer quelque peu vers une saine laïcité.