Le 11h02 : « Après la communication, il faudra des actes »

Rédaction en ligne

mardi 31 janvier 2012, 12:29

L’Allemagne veut mettre la Grèce sous tutelle. « Inacceptable », pour Juncker et d’autres États membres. L’Allemagne s’isole-t-elle ? Maroun Labaki a répondu à vos questions

Que s’est-il passé avec Merkel ?

Les Allemands sont impatients concernant la situation en Grèce. Ils aimeraient que ça aille plus vite et donc, certaines personnes dans les milieux gouvernementaux allemands ont imaginé une forme de tutelle budgétaire sur la Grèce. le projet n’était pas affiné. Angela Merkel n’est pas arrivée avec cette proposition. Mais cela a quand même plombé l’ambiance. Les Grecs ont très mal pris cela. En effet, on sort des pratiques européennes habituelles. Une mise sous tutelle, on n’a jamais vu ça.

Face à l’adoption du nouveau traité, le Royaume-Uni ne se met-il pas au ban de la communauté européenne ?

Ce traité était une exigence allemande, une décision de Mme Merkel. C’est la dynamique européenne actuellement. Les autres ont consenti à mettre en place ce traité pour satisfaire la demande allemande. L’idée est que Merkel se montrera coulante une fois le traité adopté. En réalité, ce traité de restriction budgétaire fait double emploi avec toute une série de dispositions qui existent déjà dans les traités européens. La chancelière souhaitait que ces dispositions figurent dans les traités européens. Pour cela, il fallait réviser les traités européens et donc être 27. David Cameron a accepté le traité budgétaire si l’Europe assouplissait la régulation financière qui handicape la place financière de Londres. Il a donc fait un chantage. Les autres n’ayant pas accepté, il n’a pas signé le traité. D’où l’émergence de ce traité construit en dehors des structures européennes et sans le Royaume-Uni.

Quelles sont les mesures concrètes qui se dégagent de ce traité ?

Ce traité ne concerne que l’austérité. À côté de ça, il faut quand même donner des signes d’espoir et des perspectives positives autres que de l’ordre dans les comptes publics et des coupes dans les prestations sociales. Ils ont donc passé en revue toute une série de possibilités telles que l’emploi. La commission propose d’utiliser des fonds non utilisés pour la formation des jeunes dans les pays où le chômage des jeunes est le plus élevé. Ce n’est rien de très concret, cela relève plus de l’ordre de l’incantation. On est dans la communication. On dit qu’on va faire quelque chose autre que l’austérité.

En quoi ce sommet amènera-t-il des solutions à la crise ?

La réalité politique aujourd’hui, c’est une famille politique qui est le PPE. La grande famille conservatrice PPE domine et pour eux, l’approche qui s’impose est la rigueur budgétaire. La gauche préconise la relance, ce qui inclut des procédures macroéconomiques. Les états empruntent pour financer des grands projets d’infrastructure. Ce sont des méthodes classiques pour relancer l’économie. On investit dans des activités productives. Dans la logique de Merkel et de ses amis, toutes les dépenses que fait un état doivent être considérées selon le calcul du déficit budgétaire, etc. On doit calculer les investissements productifs comme des dépenses, au même titre que les dépenses des fonctionnaires. C’est un pas que l’Europe ne franchit pas pour le moment.

Mais l’Europe fait également des choses concrètes. Le programme Erasmus par exemple. L’Europe peut faire des choses mais c’est une grosse machine politique. Ce n’est pas parce qu’elle ne fait pas directement ce qu’une partie des citoyens souhaite qu’il faut se dire que c’est tout le projet européen qui ne vaut rien.

Y a-t-il un prochain sommet européen pour plancher sur ces pistes afin de relancer l’économie ?

Vu que la crise reste aiguë, les chefs d’états projettent de se réunir tous les mois. Les sommets européens vont se succéder à un rythme assez rapide. Il y a encore un péril à la demeure pour des pays comme l’Italie qui a une dette colossale. Ce pays doit faire face en 2012 à des remboursements très importants. Elle va devoir emprunter. Si les taux d’intérêts sont trop élevés, ce sera catastrophique pour toute la zone euro.

Gauvain Dos Santos (St.)