Plan W, ouh la la !

Béatrice Delvaux

jeudi 26 janvier 2012, 16:31

Béatrice Delvaux

Comme c'est ici que tout a commencé, je dois aux lecteurs du « Standaard » de faire le point sur le désormais célèbre « Plan W »

. Petit rappel : à cette même place il y a quinze jours, paraissait une chronique intitulée « Plan W », selon laquelle des hommes et femmes de milieux divers réfléchissaient à un plan pour « booster » la Wallonie, avec ou sans Bruxelles. Le Standaard la place ensuite longuement à a une de son site et voilà le feu ainsi mis au baril francophone !

La chronique au Standaard

Toutes les deux semaines, Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du Soir, publie dans le quotidien flamand De Standaard. Nous vous la proposons en intégralité et en français.

Depuis quinze jours, cela n'arrête pas, tout le monde éructe, commente, s'insurge, revendique. En premier lieu Jean –Claude Marcourt, ministre de l'économie wallonne et vice présent de la Région Wallonne qui fait exploser la boutique, à répétition. Il y a quinze jours, il déclare à la Libre Belgique que la Fédération Wallonie Bruxelles (ex-Communauté française) doit être déconstruite (et reconstruite). Ce mardi dans Le Soir , il se dit favorable à la régionalisation de l'enseignement, aujourd'hui géré par la Fédération Wallonie-Bruxelles pour tous les francophones qu'ils soient bruxellois ou walllons.

Vous suivez toujours? Voici de quoi (je l'espère) vous retrouver dans ce maquis.

1. Le Plan W et le Groupe W existent. Jean Claude Marcourt reconnaissait mardi au Soir, l'existence de groupes de gens qui dialoguent informellement pour le moment « sans chambre secrète » , comprenant des patrons, des syndicalistes et hommes politiques. Ces gens deviendront un groupe officiel d'ici fin juin.

2. Il faut un plan W. C'est la seule chose sur laquelle tout le monde est d'accord. La nouvelle loi de financement qui prévoit la dégressivité des transferts vers la Wallonie dans les dix ans, le transfert de nouvelles compétences actuel et à venir (personne ne doute d'une prochaine réforme de l'Etat) et la situation économique créent le besoin urgent d'un nouveau plan d'action wallon. Des idées circulent, des études sont réalisées dans des think tanks de partis, d'universités au sud du pays pour donner une suite aux Plan Marshall initial et au Plan Marshall « 2.vert ». Les Bruxellois eux mêmes dans la foulée, se disent depuis quinze jours qu'eux aussi doivent réfléchir à « booster » - c'est le terme du moment - leur région, qui a reçu l'autonomie constitutive, des moyens financiers supplémentaires et des compétences nouvelles.

3. Bruxelles ! Ah ça, c'est le gros souci. Car il n'y a pas en Belgique, contrairement à ce que vous croyez souvent, vous au nord, des Flamands et des Wallons mais il y a des Flamands et des Francophones, et dans les Francophones, il y a des Bruxellois et des Wallons. La fédération Wallonie-Bruxelles sert en gros à organiser les liens entre les deux. Alors imaginez ce qui se produit lorsqu'un ministre wallon et francophone, membre important du PS, parle de les « déconstruire » (et puis de les reconstruire). Il a beau citer une méthode à la Derrida – célèbre psychanalyste français-, on assiste depuis lors à une belle foire d'empoigne entre les communautaristes et les régionalistes francophones, tous partis confondus. Avec cette question qui hante le monde politique depuis toujours: comment organiser l'espace francophone ? Tous sont d'accord, Marcourt compris: il est suicidaire pour la Wallonie de se couper de Bruxelles. Mais ils divergent, c'est peu de le dire, sur la manière d'être « reliés ».

4. Plan M comme Marcourt ? Ca, c'est l'autre gros souci. Cette fois au sein du parti socialiste. Le top du parti s'est réuni secrètement sous la « présidence » de Di Rupo après la première sortie de Marcourt. Ils se re-réunissent (hier soir, aujourd'hui ?) après la deuxième sortie. Siffler la fin de la récréation, vérifier les ambitions de Marcourt (le bien de la Wallonie ? , la présidence de la Région wallonne ?, celle de son parti ?) : il faut faire vite car ce jeudi, Thierry Giet, nouveau « président » du PS doit se faire un nom. Sinon…

5. Plan PTB. Alors là, troisième et big souci. Alors que les gens craignent pour leurs pensions, les candidats acheteurs pour leurs emprunts hypothécaires, alors qu'une grève massive s'annonce pour lundi, les socialistes s'étripent sur la Fédération Wallonie Bruxelles ! Un boulevard dès lors notamment pour ce petit parti, le PTB (Parti des Travailleurs de Belgique), extrême gauche, et son charismatique porte parole, Raoul Hedebouw, ultra présent sur le terrain wallon, qui s'est « banalisé » pour mieux séduire et risque, de l'avis d'un important homme politique wallon, de faire des dégâts dans l'électorat PS de Liège et des alentours notamment. Attirant les votes protestataires et les petites gens. Le plan W est fondamental pour le futur de la région, mais il est urgent de prouver et de trouver les mots pour démontrer qu'il est utile aux citoyens. Et que ce n'est pas juste un machin ou un plan de carrière. Ce qui serait suicidaire.

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[5] Louis12 dit le 02/02/2012, 09:57

Article bien écrit et concis. Merci! Imaginez-vous la réaction des lecteurs du "Standaard": Punaise, les wallons qui votent déjà très à gauche par rapport aux flamands, ils vont voter davantage à gauche ...au PTB! La fracture entre Nord et Sud dans ce pays ne fait que s'aggrandir! Et t le Plan W de Marcourt, tel qu'il a été présenté, ne fait qu'augmenter, hélas, la fracture entre Bruxellois et Wallons!

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[4] lesaphir dit le 31/01/2012, 19:52

michel5, exact, même s'il fut marié avec une psychanalyste, ceux-ci en général ne le considère pas comme tel.

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[3] michel5 dit le 30/01/2012, 18:40

Petite rectification: Jacques Derrida est un philosophe , pas un psychanalyste :)

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[2] séraphine dit le 26/01/2012, 22:08

Voilà Mr Demotte qui utilise exactement les mêmes termes que Mr Marcourt, "déconstruire" pour reconstruire" Ils se foutent de nous? "Pour rappel, le ministre wallon de l'Economie préconise notamment de régionaliser l'enseignement et de " déconstruire " la Communauté Wallonie-Bruxelles pour rebâtir de nouvelles solidarités avec la Région bruxelloise, là où Rudy Demotte propose de consolider ces mécanismes de solidarité intra-francophones. Toutes ces idées seront-elles solubles dans un même plan ? C'est la quadrature du siècle." lire l'article en ligne.

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[1] candide57 dit le 26/01/2012, 17:32

Le PTB, parti d'extrême gauche... Ben quand on a un PS qui est carrément à droite, on est 'forcément' d'extrême gauche ! Ce n'est lui qui s'es "banalisé" pour mieux séduire ses électeurs... C'est le PS qui a continué de séduire ses électeurs avec un discours à gauche, mais une politique de plus en plus "banalisée" à droite, au point de devenir un véritable agent de blanchiment des idées sales d'un libéralisme de plus en plus débridé. Et voilà que le travailleur commence peu à peu à sortir de sa torpeur, à s'apercvoir qu'on s'est bien fichu de lui (il s'en doutait mais confusément), et - chose nouvelle - à en commencer à identifier les raisons précises... C'est ça qui fait trembler le PS et tout l'establishment en général. Eh oui, ça commence à sentir le roussi pour les profiteurs, les vrais !

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