Et maintenant on va où ?
vendredi 27 janvier 2012, 13:40
Yvon Toussaint
Journaliste et écrivain, ancien directeur et rédacteur en chef du « Soir »
En un premier temps, nombreux furent ceux qui, ne parvenant pas à y croire, se pincèrent : « Ils » n’allaient tout de même pas recommencer ?
A peine sorti de l’interminable tunnel, à peine quittée la table fameuse autour de laquelle ils avaient joué jusqu’à saturation à la chaise musicale institutionnelle ou au chat perché partisan, « ils » n’allaient tout de même pas recommencer leurs palinodies et leurs voltes ?
Ou, plus précisément, tirer un nouveau plan sur la comète belgicaine. Celle qui, comme toutes les comètes, n’en finit pas de s’échauffer et de se vaporiser, libérant ses gaz et ses poussières.
Eh bien, si. Ils recommençaient !
C’est Jean-Claude Marcourt qui donna le branle, encourageant ses camarades à déconstruire la Communauté française pour mieux la reconstruire ensuite, arguant sans doute que faire et défaire c’est toujours travailler.
Dans son sillage, se dressèrent tout soudain une poignée de personnalités illustres, soit universitaire (Bernard Rentier)soit syndicaliste (Thierry Bodson), ou encore philosophe (Edouard Delruelle)ou sociologue (Philippe Van Parijs). Et, bien sûr, une grappe de politiciens, sans compter la fascinante et mythique Anne Poutrain, cette « machine de guerre intellectuelle et de négociation », celle qui n’avait pas quitté Elio Di Rupo de l’œil pendant 545 jours et même quelques nuits.
Ainsi donc toutes ces éminentes personnes, nonobstant la saturation des « vrais gens » – et le soulagement de ceux-ci après la formation d’un gouvernement – n’hésitaient pas à refaire illico bouger les lignes de la fragile épure du nouvel Etat belge. Et même, pour reprendre l’expression qu’affectionne M. Chevènement, à « faire turbuler le système » ?
Ne convenait-il pas de les en blâmer ? De leur représenter qu’une telle hâte à rejouer avec les nerfs de leurs compatriotes frôlait l’indécence. Notamment en une période où les crises multiples et variées, financières, économiques et sociales, les plongeaient – et plus particulièrement les plus vulnérables d’entre eux – dans de folles inquiétudes ?
M. Marcourt, qui semble affectionner les truismes et les vérités premières puisqu’il croyait bon de rappeler récemment aux magistrats qu’ils doivent « être particulièrement attentifs aux conséquences des actes qu’ils posent » (sans blague ?), n’aurait-il pas dû appliquer à lui-même sa maxime ? Et les observateurs n’auraient-ils pas dû tancer vertement les éternels boutefeux toujours prêts à allumer les mèches institutionnelles pour se mettre en valeur ?
Pas nécessairement. Car on peut comprendre qu’un certain nombre de nos compatriotes, quel que soit leur espoir que le fragile échafaudage institutionnel qui vient d’être réalisé ne s’écroule pas trop vite, restent pessimistes, donc inquiets.
Cet échafaudage, on le constate presque chaque jour, doit et devra encore résister aux incessants coups de boutoir d’extrémistes flamands qui restent aux aguets. Prêts à rompre inopinément la trêve en multipliant les provocations.
On peut donc légitimement craindre que quelques-unes des multiples épées de Damoclès qui pendent au plafond de notre si vulnérable petit royaume finiront par se décrocher.
Et qu’adviendra-t-il alors du club des indécrottables optimistes, lesquels se retrouveront bien dépourvus quand la bise sera revenue ?
Ce qui signifie que les prudents qui hier estimaient que les francophones devaient, toutes affaires cessantes, établir un plan B pour, si nécessaire, faire face à un coup de force flamand, devraient comprendre qu’aujourd’hui on peut avoir envie de contracter, pour la Wallonie comme pour Bruxelles, de nouvelles assurances contre de futures convulsions !
Reste la manière et il est certain que celle choisie par M. Marcourt et consorts pour réintroduire le dossier ne fut pas des plus appropriées.
Car le ton, le choix du moment, les angles d’attaque, l’articulation du dossier, etc., tout ce qui transforma d’entrée de jeu le débat en controverse empoisonnée, tout cela aurait pu à l’évidence apparaître comme inadéquat dans la forme.
Il n’aura échappé à personne qu’entre Wallons et Bruxellois ne règnent pas toujours ces affinités électives qui enchantent parfois les relations humaines.
Si, régulièrement, se manifestent des régionalistes wallons bon teint qui ne cachent guère qu’ils sont excédés par des Bruxellois perçus comme à la fois lourdauds et arrogants, de même, dans la capitale, il arrive qu’on se gausse de ces cousins de province, à la fois susceptibles et vaniteux, sans que se justifient toujours ni ces susceptibilités, ni ces fatuités.
C’est ce contentieux qu’il faudrait, une fois pour toutes, surmonter dans son entier. C’est dans ce contexte de susceptibilités réciproques qu’il faudrait, le cas échéant, examiner sous toutes ses coutures ce que pourraient être l’articulation et le contenu d’une éventuelle cohabitation amendée. A condition qu’elle soit suggérée de manière constructive. Sans crispations comme sans préjugés.
Au lieu de cela, M. Marcourt croit opportun d’évoquer un quarteron de conjurés qui « n’ont pas envie de sortir du bois », ni « d’être connotés ». Qui avancent masqués. Qui opèrent en réseau, ce qui peut susciter de la méfiance.
Car il se fait qu’à force d’être décrits de la sorte, ces figures de conjurés intriguent et pourraient même tracasser.
En tout état de cause, ce que dit le Wallon Marcourt lorsqu’il lève un coin du voile est révélateur et sans appel. La Fédération francophone ? « Les gens s’en foutent ! » Une Communauté ? « Un pis aller » ou même « Un mythe » ! En tout cas une sorte de coquille qu’il convient de vider à la petite cuillère de ses derniers contenus : la culture, dont le sort « méritera d’être posé » et surtout l’enseignement, secteur essentiel – on peut même dire vital – de la dite communauté.
Et en point d’orgue, hélas, l’affligeante affirmation selon laquelle « il faut passer d’une solidarité de francophones à une solidarité des régions ! »
C’est cela, oui. M. Marcourt introduit le débat en imposant sa conclusion. Il choisit de l’inaugurer en jetant un gros pavé dans la mare, ce qui est évidemment de nature à éclabousser tous les protagonistes. A commencer par ses camarades socialistes qui se seraient bien passés de ce que la plupart considèrent comme une incongruité malvenue.
Hélas, comment ne pas voir dans l’appel à se resserrer toujours plus étroitement derrière de petites clôtures, autour de petits beffrois, pour contempler de très considérables nombrils, le travers récurrent de certains, pourtant chanteurs d’Internationale.
On estimera peut-être que fort heureusement notre futur c’est aussi l’Europe. Cette Union européenne certes fouettée par beaucoup de vents mauvais mais qui pourrait constituer, pour nos enfants, un avenir point trop affligeant.
A condition que M. Magnette veuille bien cesser de la disqualifier en mettant en doute sa légitimité démocratique, en l’accusant de nous condamner à une « récession de 15 ans » (?) ou en traitant d’oukases, c’est-à-dire de décisions arbitraires, les prises de position parfaitement légitimes du Commissaire européen aux Affaires économiques.
C’est égal. Entre M. Marcourt qui « turbule le système » et M. Magnette qui l’oblige à des excuses réitérées, M. Elio Di Rupo aurait de quoi s’exaspérer en un moment où la conjoncture ne lui facilite pas la tâche.
Jusqu’ici, il fait face aux chausse-trappes avec un sang-froid et une dextérité dignes de considération. Même si, à l’instar de pas mal de nos compatriotes, il doit parfois se demander, la main en visière au-dessus de ses yeux : « Et maintenant, on va où ? »
yvontoussaint@skynet.be
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On a compris. Plus ou moins. Plutôt moins que plus, d'ailleurs. Car quel est le propos de M. Toussaint? Quelqu'un peut m'éclairer? Certes, il critique la façon cavalière dont Marcourt pousse son plan W. Admettons. Mais ce plan W, je ne sais toujours pas s'il est bon. M. Toussain ne s'encombre point d'explication sur le fond, il nous parle de l'agacement de certains. Intéressant! Passons. Ensuite, il s'attaque à Magnette. Là, on rigole car M. Toussain pourait d'abord réétudier les institutions EU et surtout - surtout! - interroger Magnette sur le sens de ses déclarations avant de nous tartiner les oreilles avec ses jugements de café du commerce. La " récession de 15 ans " dont parle Magnette est une conclusion issue de multiples analyses (je peux fournir des références). M. Toussain juge bon d'ajouter un (?) après cette formule de Magnette, feignant de ne pas comprendre. Once again, pourquoi ne pas interroger Magnette? Ou lire autre chose que LeSoir?
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Edito un peu fourre tout (Marcourt, Magnette, la Belgique, les francophone, l'Europe...) et qui fait mine de ne pas comprendre : les 545 jours de négociation ont concerné la fédération belge, entre diverses entités et communautés linguistiques, mais n'a que très peu touché au sous-débat des entités/identités francophones, débat qui revient comme un boomerang. Faut-il scinder les francophones selon le territoire où ils habitent (Bruxelles versus Wallonie) -sachant que les gens bougent, déménagent, navettent... ou faut-il les rassembler, au nom d'un Etat francophone belge (fut-il fédéré avec la Flandre) encore largement à construire ? La Flandre n'existait pas il y encore 50 ans. Elle est aujourd'hui une réalité. Et nous ? Où en sommes nous ?