Sarkozy « sent bien les choses »...

mercredi 08 février 2012, 13:52

Franz-Olivier Giesbert Directeur de l’hebdomadaire « Le Point »

Ces gens-là ne meurent jamais. Même morts, ils ne s’avouent pas vaincus. Ils n’ont pas le sens du ridicule, de la fatalité, de l’inexorable. Ils se battent donc jusqu’à la dernière goutte de sang et même encore après. On peut appeler ça de l’aveuglement ; c’est de l’obstination.

Mitterrand disait : « Le génie, c’est très rare. Une fois ou deux par siècle, et encore. Le talent, il n’y a pas plus répandu : tout le monde en a, plus ou moins. Ce qui fait la différence, c’est la persévérance et l’obstination. » Nicolas Sarkozy en a plus que de raison. N’était sa triste figure que traverse de temps en temps un sourire artificiel, rien, chez lui, ne trahirait le moindre doute.

Sarkozy n’est au mieux de sa forme que quand tout va mal autour de lui et qu’il n’est plus habité par ce mélange de griserie et d’inconscience qui, l’empêchant de prendre de la hauteur, lui a fait commettre tant d’erreurs. Ces temps-ci, alors que les sondages annoncent sa fin de règne, il est servi.

Le 1er février, en fin de journée, le président sortant a réuni à l’Elysée un groupe de jeunes députés UMP pour les gonfler à bloc. Mission réussie, ou presque. Nicolas Sarkozy ne leur a pas dévoilé sa stratégie pour reprendre la main. Il entend bien la garder secrète, mais il leur a tout de même donné quelques éléments : « Je ne ferai pas de com. C’est une campagne où il ne faudra pas faire de com, les gens en ont trop soupé. Il y aura trois mots-clés : l’idée, le peuple et la sincérité. Tout ce qui apparaîtra comme insincère nous sera préjudiciable. Si je suis de bout en bout dans la vérité, ça peut le faire. »

Le président sortant n’a pas hésité à prétendre que « tout se passe comme prévu. » A l’en croire, « Hollande a épuisé ses munitions. » « Il a fait sa déclaration de candidature, son projet, son grand meeting, explique-t-il. Nous, on n’a encore rien fait de tout ça, on n’est pas entré en campagne et la première séquence s’est bien passée pour moi : j’ai rassemblé mon camp. »

« Je sens bien les choses, » dit le président sortant. Pour justifier son optimisme, il assure : « Hollande ne peut pas être élu sur son programme, c’est impossible. De plus, à force de ne rien dire, il finit par accréditer l’idée que le candidat du changement, c’est moi. »

Ce jour-là, Nicolas Sarkozy s’est félicité, de surcroît, des « fuites » dans la presse de propos « off », tenus pendant son voyage en Guyane, où il envisageait sa défaite électorale : « Dans cette histoire, j’apparais comme un type modeste. Les Français n’aiment pas l’idée que tout soit joué. Souvenez-vous des échecs de Balladur en 1995 ou de Jospin en 2002. Tous n’avaient pas douté un instant que c’était dans la poche. Ils ont tout fait, comme Hollande aujourd’hui, pour garder leur capital dans les sondages. On a vu le résultat. »

L’analyse est juste. Au détail près qu’on ne voit pas bien avec quelles surprises Sarkozy pourrait renverser la table. On dirait que les Français ont mis une croix sur lui. Plus il parle, plus ils le regardent, moins il les convainc. Ce n’est plus qu’une attraction comme, jadis, l’émission télévisée « Au théâtre ce soir. »

C’est au demeurant du théâtre qu’il sert aux Français, le dimanche 29 janvier, dans la salle des fêtes de l’Elysée où il semble crépusculaire au milieu des ors et des tapisseries écarlates. Crépusculaire et même un peu hagard tandis qu’il déroule son plan de mesures dont pratiquement aucune n’est applicable avant l’élection présidentielle.

Pourquoi a-t-il attendu si tard, à 97 jours du second tour de la présidentielle, pour sonner le glas des 35 heures ou pour augmenter de 1,6 le taux de la TVA ? Que n’a-t-il proposé tout cela en 2007, en 2008, en 2009, en 2010 ou en 2011 ? Il y a dans tout cela une sorte de comique involontaire.

Son interview télévisée qui a mobilisé six chaînes, a été suivie par 16,5 millions de téléspectateurs. Trois jours plus tôt, avec une seule chaîne, Hollande avait fait trois fois moins. Mais qu’importe pour le président sortant de faire de l’audience s’il n’a plus d’audience ?

Mais il n’est pas mort, loin de là, parce que, répétons-le, ces gens-là ne meurent jamais.

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