Sarkozy, le candidat rescapé

mercredi 15 février 2012, 13:58

Serge July, cofondateur de « Libération », éditorialiste à RTL.

Nicolas Sarkozy sera ce soir officiellement candidat pour un second bail, comme tous les présidents avant lui qui ont été au terme de leur mandat. Tous étaient favoris, sauf Jacques Chirac en 2002. Un seul a été battu au terme de sa tentative : Giscard d'Estaing. L'actuel président est le plus impopulaire de tous ces présidents candidats. Mieux : il revient du diable vauvert. C'est un rescapé qui se jette aujourd'hui dans l'arène.

Pendant l'année 2011, Nicolas Sarkozy l'activiste a voulu se composer une nouvelle stature, celle du rassembleur. La réélection sous la Ve République oblige les prétendants à se présenter en père de la patrie, en unificateur de deux Français sur trois pour reprendre la célèbre formule de Giscard d'Estaing. François Mitterrand avait synthétisé cette posture avec son slogan de 88 : « La France unie ».

Au premier mandat, le président élu essaie de réaliser ses promesses de campagne et au second, avec son savoir faire présidentiel, il forge une sorte d'union nationale qui ne dirait pas son nom. Cette promesse ne se réalise jamais. Ni avec de Gaulle en 1965, qui subit Mai 68 moins de trois ans après ; ni avec François Mitterrand, qui souffre du référendum sur Maastricht en 1992 qui divise le pays ; ni avec Jacques Chirac qui, pourtant élu par la droite et la gauche réunies contre le candidat du Front national, oublie immédiatement les conditions de sa réélection quasi miraculeuse.

Le chef de l'Etat a voulu se re-présidentialiser pendant toute l'année 2011. C'était son ambition affichée. Promesse toujours curieuse quand on est justement un président avec les énormes pouvoirs dont dispose le chef de l'Etat sous la Ve République. Nicolas Sarkozy fait tout dans l'exécutif, y compris l'intendance, réunit ses partisans à l'Elysée sans arrêt et cumule dans l'imaginaire quatre fonctions qu'il a assumées de manière absolument décomplexée : il est à la fois président de la République, garant et arbitre ; le président de l'UMP, très partisan ; le vrai Premier ministre à la tête de l'exécutif ; et plus souvent qu'à tour, un ministre multicarte, qui serait un gouvernement à lui tout seul.

Comme le furet, il est partout à la fois. Résultat son image est brouillée. Pour faire une campagne de rassembleur, il lui faut prendre de la hauteur et de la distance, devenir plus arbitre qu'acteur, et ne surtout pas mettre plusieurs fois par jour ses mains dans les rouages de l'appareil d'état.

C'est un échec sur la forme, échec qui s'est aggravé au fil de l'année d'un échec sur le fond. L'année 2011 tourne le dos aux choix qui ont été initiés au début du quinquennat. Sarkozy court de sommet en sommet européen en annonçant à chaque fois une victoire historique, jusqu'à la prochaine crise, jusqu'au sommet suivant. Il pense ne pas avoir injurié le retour potentiel de la croissance : la crise estivale de la zone euro ruine toutes ses espérances économiques. La crise précipite, le chômage s'emballe, la récession s'installe, les exportations s'effondrent. Et pour couronner une année 2011 qui a des allures de toboggan, il a voulu faire de la défense de la note financière de la France, le fameux triple A, une croisade nationale. Bataille elle aussi perdue.

Dès la mi-janvier 2012, le bilan économique de Nicolas Sarkozy fait un bruit d'enfer. Il doit renoncer à la campagne présidentielle qu'il avait prévue : celle d'un président protecteur sur le plan européen, diplomatique économique et sécuritaire. Dans tous les pays de l'OCDE, depuis les années 1980, un taux de chômage qui flirte avec les 10 % de la population active provoque la défaite des sortants et entraîne l'alternance.

D'autant que l'extrême droite populiste, le Front national, pointe alors aux alentours de 20 %. A quelques coudées du score prêté à Nicolas Sarkozy. Il est menacé à la fin de l'année 2011 d'un 21 avril à l'envers, avec un Front national qui au premier tour parviendrait à éliminer le candidat de droite.

La configuration électorale au début de l'année 2012 avait de quoi lui donner la migraine. Sarkozy avait perdu sa campagne présidentielle préparée de longue main, il devait en improviser une autre. François Hollande restait très haut dans les sondages, en favori incontesté depuis la primaire socialiste, Marine Le Pen talonnait Nicolas Sarkozy et même François Bayrou réussissait à transformer la présidentielle en match à quatre avec la prétention de rivaliser avec le président candidat.

Sarkozy était sous une double menace : celle d'un 21 avril à l'envers ou d'un étranglement entre Marine Le Pen et François Bayrou, tous deux réduisant son oxygène électoral. Pire, leurs électorats respectifs se reportaient plus sur François Hollande au second tour que sur le président candidat.

Le président va cependant réaliser une manière d'exploit. A la veille de sa déclaration de candidature, il a réussi à distancer Marine Le Pen, à éloigner François Bayrou qui n'était plus en situation de rivaliser avec lui. Il échappe au match à quatre et revient dans la configuration rassurante du duel droite-gauche. Il y est parvenu en trois temps. D'abord avec l'émission de télévision pour lancer la TVA sociale, où il cherche à apparaître en réformateur à la Gerhardt Schröder, le prédécesseur d'Angela Merkel, père de l'agenda 2010. Puis avec une interview télévisée avec Angela Merkel, installant l'idée que la France allait se mettre à l'heure de l'Allemagne sur le plan économique et social, de quoi satisfaire à terme l'électorat de droite, mais aussi une partie des centristes.

Enfin un troisième temps avec l'entretien au Figaro Magazine où il développe une thématique volontairement néoconservatrice, très « bushienne » deuxième période. Objectif : une razzia sur l'électorat du front national et sur l'électorat réactionnaire de droite, indispensable pour doper son premier tour, pour créer une dynamique sans laquelle on ne peut pas gagner au second. Avec sa double campagne improvisée et provocante – réactionnaire sur la société et allemande en matière économique et sociale – Nicolas Sarkozy essaie de s'inventer des réserves électorales pour le second tour.

C'est un battant qui revient de loin. Mais qui n'est toujours pas favori. Il a toujours contre lui une majorité de rejet qu'il doit renverser pour gagner. Les sondages des quinze prochains jours seront décisifs.

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