Gwendolyn Hillary Thatcher

BEATRICE DELVAUX

jeudi 23 février 2012, 13:56

Béatrice Delvaux Editorialiste en chef

Alexander De Croo en est tombé de sa chaise en prenant son café. De haut en bas à la une et sur une pleine page à l’intérieur, Gwendolyn Rutten en Margaret Thatcher ! Une véritable réincarnation de la Dame de fer par un des talents les plus prometteurs de l’Open VLD, qui fut aussi sa concurrente à la présidence du parti. « Wouaw », lui envoie-t-il par SMS à 6 h 15. Les enfants de Gwendolyn eux s’écrieront : « Que c’est laid ! »

Elle en rit encore : « Je ne savais pas comment surprendre mon mari pour son anniversaire… ». La décision, elle l’a prise à l’instinct, un moteur qui lui va bien. « De Morgen interrogeait une série de femmes politiques sur Thatcher. Le journaliste m’a demandé si cela me dirait de poser en Maggie. J’ai dit oui. » A une condition : « Cela doit être très réaliste mais pas ridicule. »

Rendez-vous est pris avec Gino Beeckman, le styliste-maquilleur de « Tegen de Sterren op », un programme satirique de VTM mettant en scène des sosies de stars flamandes, qui fait un tabac chaque jeudi. « On a un peu cherché la couleur pour la perruque mais on a finalement opté pour le blond, moins proche de ma teinte naturelle. Alexander croyait que j’avais coupé mes cheveux…(elle éclate de rire). J’ai pris des colliers chez moi, j’ai fouillé dans la garde-robe de ma mère, la bague que je porte est celle de la journaliste. » La photo sera signée « Gino Beeckman pour YSL et Redken. » La laque, cruciale !

Mais pourquoi avoir dit oui ? La petite Gwendolyn avait-elle des posters de Maggie dans sa chambre ? « Rien à voir avec sa politique, je ne suis souvent pas d’accord avec elle, surtout sur l’Europe, qui est ma grande passion. Thatcher était non seulement anti-européenne mais c’est à cause d’elle que nombre d’éléments de la construction européenne n’ont pas vu le jour. Ils seraient pourtant bien nécessaires aujourd’hui. » Alors quoi, le caractère ? « C’est une figure, une femme avec laquelle j’ai grandi, elle était au top du monde avec Gorbatchev et Reagan. Un modèle d’émancipation pour les autres femmes, même si elle n’était pas féministe, dont nous avons encore besoin aujourd’hui car il y a toujours une inégalité, plus subtile, je dois souvent le souligner dans mon parti. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour sa capacité à dire les choses. La politique c’est plus qu’un slogan mais c’est très important de se faire comprendre, vite et bien. Les conservateurs sont toujours meilleurs que les progressistes sur ce terrain, qui utilisent trop de mots, trop compliqués. »

N’a-t-elle pas peur que cette photo la poursuive ? « On ne doit jamais regretter les choses qu’on a faites. C’est malheureusement très typique des femmes, elles ont des doutes, elles hésitent. Moi je me dis toujours : pourquoi ne pas oser ? Qu’est-ce qui peut se passer ? Jamais rien de si grave en fait. »

Une sorte de femme de fer, qui vient d’imposer à sa famille un jeûne, pas par religion – elle est laïque – mais pour montrer que les choses ne tombent pas du ciel. Son fils va renoncer au chocolat, sa fille aux sodas, Gwendolyn et son mari à l’alcool pendant 40 jours.

Oser, elle n’hésite jamais. Comme l’an dernier, lorsqu’elle prononce sur la scène du Kaaitheater un discours coécrit avec Joost Vandecasteele, jeune écrivain flamand dissonant (Massa, son nouveau livre vient de sortir), où les « fuck » pullulent : « Fuck the nuance, il n’y a pas de nuance dans la colère » (à voir sur cobra.be).

A moins que cette photo de Thatcher soit un « coup », après que son parti lui a préféré Maggie De Block au poste de ministre – qui atterrira de plus dans son arrondissement électoral de Louvain. « J’aurais évidemment bien aimé être ministre, j’ai été déçue mais j’ai tourné la page. Je fais mon travail actuel avec beaucoup de plaisir. Ce n’est pas une chance manquée. »

Parlementaire, elle est membre de la Commission des Finances et du Budget de la Chambre et de la Commission Dexia. Beaucoup se sont étonnés qu’elle n’obtienne pas ce poste. Son caractère décidé, audacieux, plaide pour elle, son expérience aussi.

Licenciée en droit et en relations internationales (KUL), avocate au Parlement européen, elle devient à 30 ans chef de cabinet de politique générale de Fientje Moerman à l’économie, puis de Dirk Van Mechelen au budget dans le gouvernement flamand. Lorsque Verhofstadt ouvre la porte de la présidence après la défaite de son parti, elle se lance : « J’ai voulu montrer que c’est possible quand on est jeune, qu’on a des idées, de peser dans un parti. Et que la politique n’est pas seulement une dynastie. J’avais tout à gagner, même si je perdais. » Elle obtiendra un tiers des votes.

Libérale à l’heure où le capitalisme prend l’eau, est-ce bien sérieux ? « Le capitalisme pour moi n’est pas le libéralisme. J’ai opté pour le VLD car c’était l’idée de liberté, la croyance qu’on peut changer les choses de manière émancipée. Je crois au marché et à la concurrence mais avec des règles qu’on fait respecter. » Elle croit toujours à l’avenir de son parti, pourtant menacé comme le CD&V par la N-VA. « Nous ne devons surtout pas nous définir par rapport à la N-VA : ce qu’ils font au niveau flamand est mauvais et au fédéral ils ne veulent rien. »

Gwendolyn Rutten n’est pas une excitée communautaire. Son français est parfait, elle écoute Brel en voiture et son mari est actif dans une PME près de Gembloux. « J’ai travaillé dans le contexte européen : si on peut vivre à 27, on doit pouvoir aussi à trois. L’enjeu est la modernisation du pays, sans focalisation Flamands-francophones. » Elle dit d’ailleurs son respect pour ses collègues Vienne, Magnette, Flahaut et Reynders.

Gwendolyn Rutten va quitter Alphonse (7 ans) et Juliette (8 ans) pour trois semaines de voyage d’études aux Etats-Unis. Une plongée au pays d’Obama ? « J’étais une “Hillary fan“. Une femme à la présidence ! » Que Guido Beeckman et Redken sortent perruques et laque : « Next time, Gwendolyn Rutten goes Hillary ! »

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[1] cidrolin dit le 24/02/2012, 12:26

Jeûner, à l'OpenVLD, ça consiste à se priver de chocolat, de coca-cola et de Gevrey-Chambertin... Au moins on est prévenus...

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