La N-Va, ses pièges et notre sang-froid
THIERRY FIORILLI
mercredi 31 mars 2010, 06:28
L’extrémisme demeure la maladie honteuse de la démocratie. Et ses hérauts restent maîtres dans l’art de miner le terrain.
En annonçant qu’il ne nommerait pas trois bourgmestres francophones élus dans la périphérie bruxelloise il y a… presque quatre ans, le ministre flamand de l’Intérieur, Geert Bourgeois, et les stratèges de la N-VA excités par les sondages – deuxième parti de Flandre, pouvant ambitionner la première place après les législatives de l’an prochain –, espèrent que les francophones sortent de leurs gonds.
Le piège est grossier : s’emportant, même si c’est légitime puisque la non-nomination des trois bourgmestres est un authentique déni de démocratie, les francophones se feraient les alliés objectifs des forces séparatistes du Nord. Ce serait fou et contre-productif.
Car au-delà de la nomination des maïeurs de Crainhem, Linkebeek et Wezembeek-Oppem, c’est l’accord sur BHV que les ultra-flamingants visent.
L’accord que ficelle Jean-Luc Dehaene. L’accord qui doit reposer sur des concessions réciproques, entre Flamands et francophones : une scission de l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, réclamé à cor et à cri par la Flandre, oui, mais pas un splitsing pur et simple.
La N-VA tente donc une manœuvre en ricochet : elle fait mine de viser les francophones mais c’est le fragile équilibre belge qui doit être frappé. A mort.
Depuis le 7 novembre 2007 et le vote tragique, en commission de la Chambre, majorité flamande contre minorité francophone, sur la scission de BHV, la Belgique vacille comme jamais. Les efforts des hommes et des femmes politiques responsables et… la crise économique qui a mobilisé toutes les énergies (sauf celles de l’obsessionnelle N-VA) laissent croire à une issue négociée, « équilibrée », et imminente, du dossier explosif BHV.
Il est fort tentant d’affronter la N-VA sur son terrain, de lui rendre coup pour coup, mais il n’y a pas d’autre comportement à adopter, cette fois, que le self-control. Le sang-froid. Parce que le gouvernement fédéral ne peut se permettre une crise communautaire. Pas plus que la Belgique. Pour autant, évidemment, qu’on en veuille encore.














