La Grande muette parle enfin. Hélas, elle bégaye un peu
LALLEMAND,ALAIN
jeudi 08 avril 2010, 06:14
L’armée belge a rarement autant communiqué envers les familles, la presse, le grand public. Elle tient salon, se livre en interviews, ouvre ses dossiers, ose enfin nous incorporer avec ses troupes en zone de conflit. Chaque vendredi à l’heure de la grande prière, le Lambermont nous informe du moindre fait d’armes de nos hommes à l’étranger. L’effort n’est pas gratuit, il vise à conserver le plus longtemps possible le soutien de la population et des familles à des déploiements militaires qui ne sont pas toujours sans risques et sont souvent sans gloire. C’est l’une des grandes leçons du déploiement néerlandais en Afghanistan : le soutien populaire ne se conserve que par une communication transparente.
Et puis, patatras, au moment où la Grande Bavarde pense pouvoir affirmer que six démineurs belges pris sous le feu en Afghanistan sont désormais dans un « lieu sécurisé », nous apprenons sur internet que deux d’entre eux font le coup de feu aux côtés de leurs cousins germains. La Défense nous aurait-elle menti ?
Pas vraiment. Elle a été dépassée par une information mouvante, et ce coup – ce qu’on appelle en billard une carambole – est imparable tant il est vrai que le flux d’informations vérifiées sera toujours en retard sur le jaillissement incontrôlable de l’internet. Or l’opinion publique, et bien plus encore les familles de militaires, ont besoin d’informations vérifiées. Qui assumerait la responsabilité de l’annonce d’une fausse mort ? La Défense perdrait son temps à tenter de lutter contre le buzz même si, ce vendredi, le buzz était diablement bien renseigné.
Reste ce curieux télescopage entre « info » et « tuyau » qui a immanquablement pour effet d’accroître la méfiance du public envers la communication institutionnelle. Faut-il interdire à nos paras de sauter sur l’internet ? Des restrictions de communication existent déjà, elles n’ont pas évité le quiproquo de ce week-end. Faut-il demander aux officiers de presse de faire la chasse à la rumeur ? La rumeur sera alors instrumentalisée pour tenter de les pousser à l’erreur, à la communication d’informations secrètes. Mieux vaut accepter l’idée que la communication transparente n’est jamais exempte de risques. Comme la guerre.














