La Grèce, notre Argentine à nous
THOMAS,PIERRE-HENRI
vendredi 09 avril 2010, 06:46
Dans la situation actuelle, le plan difficilement ficelé le 25 mars pour sauver le pays et qui devait donner la part belle aux pays européens en permettant à la Grèce d'emprunter « au prix du marché » est déjà caduc. Par Pierre-Henri Thomas
C'est un pays qui peine à trouver des investisseurs pour financer une dette qui ne cesse de gonfler. Qui est obligé, pour trouver de l'argent, de payer un taux d'intérêt de 7,5 % (le double de l'Allemagne). Dont le déficit public flambe pour atteindre près de 13 %. Dont le crédit, dans les marchés financiers, est désormais plus faible que celui de l'Islande. Ce pays, c'est la Grèce d'aujourd'hui.
A côté d'une série d'éléments objectifs (la hauteur de son déficit public, un contrôle financier laxiste, l'inefficacité de la collecte de l'impôt ), la spéculation s'explique aussi par le fait que l'on suspecte que la Grèce ne peut pas s'en sortir seule. Cela, malgré les propos lénifiants du gouvernement athénien, qui s'extasie ce jeudi de la baisse de son déficit au cours du premier trimestre, ou les affirmations du président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, qui affirme, avec une prudence touchante : « Un défaut de paiement de la Grèce est hors de question selon les informations dont je dispose. »
Dans la situation actuelle, le plan difficilement ficelé le 25 mars pour sauver le pays et qui devait donner la part belle aux pays européens en permettant à la Grèce d'emprunter « au prix du marché » est déjà caduc. Car la Grèce, justement, ne peut se permettre de payer le prix du marché : elle paierait des taux tels qu'elle ne pourrait éviter un effet boule de neige sur sa dette publique. Tout comme la Grèce ne peut subir une cure d'austérité telle qu'elle laisserait son économie exsangue, et donc incapable de générer assez de recettes pour rembourser ses dettes. Tout cela fait penser à la situation de l'Argentine en 2001. Un pays qui, malgré le soutien du FMI, avait fini par déclarer forfait et se mettre en défaut sur la partie de sa dette (95 milliards de dollars) qui était détenue par les investisseurs étrangers.
Mais la Grèce n'est pas l'Argentine : elle est censée faire partie d'une union monétaire, dans une zone censée être une des plus riches du monde. Dans le climat délétère actuel, les pays de la zone euro doivent mouiller leur chemise, accepter de prêter à un taux acceptable, et le dire. Sinon, le marché qui spécule sur l'absence d'esprit européen aura gagné. Et l'Europe, tout perdu.














