Un volcan nous fait la leçon
DEFFET,ERIC
samedi 17 avril 2010, 08:54
L’éruption spectaculaire d’un volcan islandais inconnu au bataillon place le monde face à un cas de figure dont on peine à trouver le précédent.
Tout d’abord, de quoi parle-t-on ? D’un drame humanitaire, d’une catastrophe naturelle ou d’un complot meurtrier ? De rien de tout cela, en fait : l’explosion au sommet du glacier Eyjafjallajökull n’a fait aucune victime au sens commun du terme. L’Islande n’est ni le Darfour affamé, ni Haïti détruit, ni un Onze septembre de lave et de cendre. Sur l’île des geysers, la Terre vit sa vie. Avec fracas certes, mais sans semer la mort. On s’étonnera toujours que les humains qui la peuplent s’en émeuvent…
Ensuite, parce qu’il a des répercussions en cascade sur les déplacements des hommes, le phénomène islandais a pris une dimension mondiale inédite. Les vols régionaux comme intercontinentaux sont perturbés. Le voisin se demande comment il va rentrer de vacances et Barack Obama hésite à se rendre en Pologne. Le touriste est coincé. L’homme d’affaires aussi. Des fêtes de famille ont du plomb dans l’aile. L’anniversaire de la reine du Danemark aussi. La planète entière est prise en otage par un nuage de poussière qui nous ramène à l’essentiel : la Nature reste la plus forte.
Un ciel vidé de ses avions : du jamais vu donc ! Mais l’homme est ainsi fait qu’il lui faut des responsables, à défaut de coupables – personne n’incrimine encore l’Islande, mais ça viendra.
Qui va payer ces retards, ces annulations, ces rendez-vous manqués ou ces retours gâchés ? En matière de transport aérien, des règles existent pour rencontrer les désagréments subis par les voyageurs. En Europe, le droit des consommateurs a fait des progrès énormes et la Commission a raison de rappeler qu’il doit s’appliquer pleinement dans ce cas d’espèce exceptionnel. Mais l’Europe n’est pas le monde. Ailleurs, d’autres usagers sont moins bien lotis, parce que moins protégés des aléas de l’existence. Les effets planétaires de l’éruption plaident en faveur d’une uniformisation des protections.
Car le volcan nous le rappelle dans sa sagesse millénaire : en Islande et dans le monde, petits et grands, nous sommes tous sur le même bateau.