La peste ou le choléra
DELVAUX,BEATRICE
mardi 27 avril 2010, 08:18
La liste des irresponsabilités est aussi partagée que celle des raisons de ne pas s'entendre. La démission du gouvernement pourrait mettre la Belgique dans une situation de risque financier que les marchés pourraient ne pas nous pardonner. Par Béatrice Delvaux, rédactrice en chef du Soir
© Alain Dewez
Deux logiques, deux camps, des milliers de jours. Et au bout du compte, le chaos. En rendant sa démission hier, Yves Leterme, Premier ministre d'un impossible pays, expose à la fois toute l'absurdité il s'agit de trouver un accord sur un arrondissement électoral et toute l'immense gravité il s'agit de deux communautés aux conceptions irréconciliables de la crise belge aujourd'hui.
La liste des irresponsabilités est aussi partagée que celle des raisons de ne pas s'entendre. On pointera d'abord dans le camp flamand, l'Open VLD qui, par calcul politique, a précipité un agenda infernal et meurtrier. Mais on désignera aussi les francophones avec en tête le MR et le FDF qui ont laissé le problème s'épanouir, sans ménager une solution à temps, sans arriver à éviter de s'écraser sur le mur qui se dresse aujourd'hui.
Le résultat : un chaos indescriptible, irresponsable, ravageur. Car au fond, c'est quoi l'alternative à cet accord sur BHV où chacun aurait mis du sien et où l'on aurait prévu dans la foulée une réforme de l'Etat qui aurait fait en sorte qu'on adapte le pays au souhait des francophones (que la Belgique demeure) et des Flamands (qu'elle n'existe pas vraiment) ? Car soyons lucides : toute réforme de l'Etat devra faire que la Belgique devienne « un non-pays qui ne dit pas son nom », si l'on veut éviter l'hypothèse séparatiste.
C'est quoi, l'alternative à cet accord ? Des élections. Simple dans tout autre pays ; une vraie bonne solution démocratique qui rebat les cartes, réorganise le pouvoir et les agendas. Sauf que dans la Belgique en phase institutionnelle et communautaire terminale d'aujourd'hui, véritable usine à gaz, les élections risquent tout bonnement d'être un cauchemar politique (un bloc d'extrémistes de droite, de nationalistes et de poujadistes se profile au Nord), technique et juridique. A ceux qui ont perdu le fil, rappelons qu'il y a un risque que des élections organisées sans scission de BHV, soient considérées comme illégales. Toute décision prise par le gouvernement sorti des prochaines urnes, pourrait être attaquée par n'importe qui, n'importe quand.
A côté de cela, BHV c'est du pipeau !
Durant les heures qui viennent, les hommes politiques de ce pays, sous couvert du Roi, ont le choix entre la peste (trouver une sortie de crise à tout prix) ou le choléra (les élections). A ce stade, le sens de l'Etat impose de tout faire encore pour éviter le choléra. Tout spécialement dans le chaos européen du moment. Car certains semblent l'avoir perdu de vue : notre pays n'est pas une île coupée du monde. Les marchés testent aujourd'hui les Etats européens les uns après les autres. La démission du gouvernement pourrait mettre la Belgique dans une situation de risque financier que les marchés pourraient ne pas nous pardonner. Il sera alors trop tard pour pleurer et courir chez le Roi.