Eglise : un juste retour de boomerang
MARC METDEPENNINGEN
vendredi 25 juin 2010, 07:12
Les perquisitions menées jeudi au siège malinois ont permis à la justice de reprendre légitimement la main. L'Eglise ne peut qu'y gagner. Un corps malade ne peut être soigné que par un médecin efficace, écrit Marc Metdepenningen dans son éditorial.
Les perquisitions massives menées jeudi au siège malinois et dans des officines de l'Eglise de Belgique sont un retour de boomerang infligé à une institution qui avait cru, bien naïvement ou (plutôt) présomptueusement, qu'elle pourrait bénéficier du privilège de laver son linge sale en famille. Des magistrats, et particulièrement le juge Wim De Troy, ont renvoyé les clercs à leurs illusions, rappelant que la justice des hommes n'avait que faire du droit canonique ni n'avait d'égard aux privilèges revendiqués par les prélats.
L'Eglise n'est pas plus polluée par ses pervers que la société en général. C'est la loi du silence (reconnue par Mgr Léonard lui-même) édictée autrefois par le Vatican et appliquée par ses succursales belge, irlandaise, allemande ou autrichienne qui valent aujourd'hui à l'Eglise l'une des plus graves crises de confiance de son histoire.
La prétention de l'Eglise belge de confier à sa Commission le soin de statuer sur la qualification pénale, la prescription des faits rapportés, ou l'état de non-récidive des prêtres dénoncés, a été agitée depuis 10 ans comme un pare-feu face à des victimes toujours sous l'emprise du respect traditionnellement dû aux ecclésiastiques, incapables souvent de se confier à la justice civile ou invitées à passer par la case « Eglise » plutôt que de faire valoir leurs souffrances devant un juge.
Le ministre de la Justice Stefaan De Clerck (CD&V), en organisant une « collaboration » entre les parquets et la Commission via une circulaire adoptée il y a quinze jours, a forcé la main à des magistrats réticents dont la réplique n'a pas tardé. Comment concevoir qu'une organisation, certes puissamment ancrée dans l'histoire du pays, ait pu se voir déléguer une partie de la force publique : trier les plaintes, les évaluer elle-même avant d'éventuellement les transmettre à la justice civile ? L'Eglise attendait cet accord indigne. Le président de la Commission créée par l'Eglise, Peter Adriaenssens, a parlé hier du « contrat » passé avec la Justice. Cent victimes de prêtres pédophiles (sur les 500 enregistrées) s'étaient déclarées pour une transmission à la justice de leur cas. Deux seulement l'ont été depuis la passation de ce « contrat » indigne passé entre l'Etat et l'Eglise. Les perquisitions menées hier ont permis à la justice de reprendre légitimement la main. L'Eglise ne peut qu'y gagner. Un corps malade ne peut être soigné que par un médecin efficace.














