Ne pas oublier quelle Europe nous voulons vraiment
MAROUN LABAKI
mercredi 30 juin 2010, 07:21
La défense d'un projet européen ambitieux impose à la Belgique une très grande vigilance, quitte à parfois fâcher Herman Van Rompuy. Supplément de 8 pages dans Le Soir
© AFP
Les élections du 13 juin les avaient accaparés. Nos ministres fédéraux se sont cependant remobilisés, ces derniers jours, sur leurs dossiers européens. On l'a vu au cours des réunions qu'ils ont eues avec la presse européenne : les « politiques » ne sont pas de bois, leurs blessures électorales et leurs incertitudes quant à l'avenir sont quelquefois manifestes, mais ils semblent décidés à s'acquitter au mieux de leurs tâches européennes.
Il s'agira essentiellement de gestion courante. La présidence belge du Conseil de l'Union européenne n'affiche pas de grand dessein. Il est vrai que ce n'est guère dans l'air du temps.
La principale priorité politique de la Belgique consistera à laisser de l'espace à Herman Van Rompuy, le président permanent du Conseil européen, et à Catherine Ashton, la haute représentante et vice-présidente de la Commission, pour leur permettre d'exister pleinement dans leurs nouvelles fonctions.
Cette option est compréhensible. Le traité de Lisbonne s'est tant fait attendre qu'il est normal que d'aucuns brûlent de le voir enfin se concrétiser. Et puis Herman Van Rompuy est belge !
Si elle est compréhensible, l'option peut néanmoins être périlleuse. Depuis l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne, le 1er décembre dernier, les rapports de force entre institutions européennes ont imperceptiblement évolué. Les chefs d'Etat ou de gouvernement, réunis au sein du Conseil européen, ne se contentent plus de donner les grandes impulsions politiques : ils vont dans le détail. Et ce au détriment de la Commission européenne, qui est l'organe communautaire par excellence.
Plus de coopération entre Etats ou plus d'intégration ? Jusqu'ici, fidèle à sa tradition, la Belgique avait rejeté l'« intergouvernemental » et défendu la « méthode communautaire ». Ces derniers mois, un léger fléchissement est pourtant intervenu. Ce n'est pas encore dramatique. Mais la défense d'un projet européen ambitieux impose à la Belgique une très grande vigilance à cet égard, quitte à parfois fâcher Herman Van Rompuy. Yves Leterme en convenait avec nous, lundi soir : « Oui, il faut faire attention. » La présidence belge sera aussi jugée à l'aune de cette attention.