Les euros brugeois et la stratégie de l’Eglise

MARC METDEPENNINGEN

lundi 09 août 2010, 08:24

La nouvelle révélation dans l’affaire Vangheluwe n’est pas anodine. Elle éclaire une fois encore ce que fut depuis des décennies l’attitude de l’Eglise catholique en ces affaires d’abus sexuels sur mineurs. Par Marc Metdepenningen

Les euros brugeois et la stratégie de l’Eglise

© Belga

Les dizaines de milliers d’euros versés depuis 23 ans par l’ex-évêque de Bruges « en dédommagement » à son neveu victime de ses viols offrent deux hypothèses : soit le prélat a « acheté » le silence de son souffre-douleur ; soit son neveu et sa famille ont monnayé le prix des sévices subis.

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Des dizaines de milliers d’euros ont été versés durant plus d’une vingtaine d’années par l’ex-évêque de Bruges, Roger Vangheluwe, à sa victime. Un jeune enfant, victime d’abus sexuels.

Le porte-parole de l’ex-évêque de Bruges, Peter Rossel, a souligné que les versements effectués par l’ex-évêque se sont interrompus « cent jours avant la révélation des faits », soit bien au-delà du délai de prescription des faits de viols. Dans l’entourage de l’ex-évêque, on évoque une pression financière exercée par la famille de la victime. Son salaire n’aurait plus permis de répondre à leurs sollicitations.

La famille de la victime aurait rencontré le cardinal Danneels qui s’affaira à trouver un accord. Accord qui n’est jamais intervenu. Peu après, l’affaire éclatait au grand jour et l’évêque présentait sa démission

Peu importe la réponse. On ne pourrait faire reproche à une famille meurtrie d’avoir accepté la plus vile compensation (financière) des outrages subis à défaut d’avoir osé s’adresser à la justice sous peine d’être mise au ban de la communauté catholique et familiale auxquelles elle appartenait.

Cette péripétie de l’affaire Vangheluwe n’est pourtant pas anodine. Elle éclaire aussi, une nouvelle fois, ce que fut depuis des décennies l’attitude de l’Eglise catholique en ces affaires d’abus sexuels sur mineurs, convainquant les victimes de laver ces vilénies en famille, plaçant sous le regard grondeur de leur Dieu et des communautés ceux qui auraient eu l’audace de s’adresser à la justice des hommes et d’introduire dans les mécomptes les plus honteux des prélats les mains gantées de mécréants, policiers ou magistrats.

La procédure lancée vendredi par le parquet général de Bruxelles devant la chambre des mises en accusation à l’instigation des avocats de l’Eglise résulte de la même stratégie : revendiquer à outrance les privilèges dont se prévalent les ecclésiastiques. Le parquet général s’y est laissé prendre : « l’affaire est délicate », ne se lasse-t-il pas d’affirmer comme si cette affaire concernant 450 cas de pédophilie dénoncés était différente de celle intéressant un voleur de poules. L’Eglise a réussi à accréditer auprès du parquet général, mais aussi du ministre de la Justice et d’une brochette de parlementaires flamands qui rendront bientôt hommage aux prélats à Montaigu (!), qu’elle était en droit de revendiquer un statut d’exception.

Une chronique récente du très influent National Catholic Reporter, une référence aux Etats-Unis, estimait que l’action du juge Wim De Troy, traitant les méfaits commis au sein de l’Eglise belge à l’égal de ceux commis par des organisations criminelles devrait sans doute inspirer la justice américaine. Cet article pointait les techniques d’évitement mises en place mondialement par l’Eglise pour assurer l’impunité de ses clercs, accorder ses stratégies de défense et faire en sorte d’atténuer l’impact de ces scandales bien réels.

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