Les flamands doivent mesurer l’instant
BEATRICE DELVAUX
jeudi 19 août 2010, 07:45
Rédactrice en chef
Di Rupo est toujours préformateur, la négociation de la réforme institutionnelle et partant d’un gouvernement pour la réaliser, devrait normalement se poursuivre : c’est avisé et responsable. Parce qu’il n’y a pas de plan B, pas d’alternative – ou alors très hasardeuse – à réussir à « concilier l’inconciliable ». Il faut en effet conjuguer la volonté majoritaire des Flamands de déplacer le centre de gravité du pays et celle des francophones de conserver les mécanismes qui lient les deux communautés ; il faut combiner la volonté de la N-VA de scinder le pays avec celle, francophone, de maintenir une Belgique unie et solidaire. Di Rupo a pris hier à nouveau ses (lourdes) responsabilités, en restant celui qui mène vers une Belgique plus éclatée. Après avoir ouvert la boite du transfert de compétences vers les entités fédérées, il ouvre désormais celle encore plus taboue, de la responsabilisation et de la loi de financement.
En montrant publiquement sa volonté de réaliser tous les pans de cette grande réforme, en exposant au grand jour les résultats potentiellement engrangés, il coince la N-VA de Bart de Wever. La Flandre ne pourra plus dire que les francophones refusent tout, ne vont pas assez loin et ont des zones taboues. En 2007, le CD&V se serait mis à genou pour obtenir le quart du tiers de ceci. C’est donc le moment ou jamais pour la Flandre de saisir cette « fenêtre d’opportunité ». Et pour la N-VA d’y réfléchir à deux fois avant de torpiller ces acquis potentiels, en multipliant et en radicalisant ses demandes. Une Flandre, majoritaire, ne lui pardonnerait pas.
Le passage chez le Roi peut paraître biscornu, limite incompréhensible. Peu importe en fait, il n’a qu’un but mais il est majeur : le Roi, garant symbolique de l’existence du pays, donne à Di Rupo le blanc-seing pour aller encore plus loin dans la refonte de l’Etat, lui évitant (provisoirement ?) d’apparaître comme un traître aux yeux de certains francophones. Mais il le dote du filet de sécurité lui permettant d’effectuer ce saut dans le vide institutionnel ; en cas d’accord, les Flamands auront en grande partie ce qu’ils souhaitent mais à deux conditions : pas question d’appauvrir les francophones ou de mettre en danger le rôle durable de l’Etat fédéral. Hier, Di Rupo s’est donné autant les garanties d’un possible succès que la légitimité d’un potentiel échec.