L’amertume n’est pas une stratégie
BEATRICE DELVAUX
samedi 28 août 2010, 10:06
Rédactrice en chef
Didier Reynders est sorti du silence ce vendredi dans une interview forte – et fort amère – dans nos colonnes. Le président du MR a ainsi joué son rôle : placé de facto dans l’opposition, il dénonce les dérives des partis francophones aujourd’hui associés à la négociation. Des partis, pour résumer l’idée, qui se coucheraient devant les exigences flamandes. Chose que, dit-il, son parti aujourd’hui n’aurait jamais permise. A-t-il atteint son objectif ? Pas sûr. Car la grande faiblesse de l’argumentation est que l’homme a eu la main en 2007 et n’a pu transformer le pouvoir qu’il avait décroché en stratégie durable de gouvernement.
Le problème principal n’est cependant pas là. La véritable question est : les francophones n’auront-ils pas trop concédé pour sceller un accord qui satisfasse la Flandre de la N-VA ?
Primo, les négociations ne sont pas terminées – elles étaient même bloquées au moment où nous écrivons – et il faudra voir derrière les « périmètres de lignes rouges », pour juger l’ampleur des pertes des uns et des gains des autres.
Secundo, il est évident que s’il y a un accord, les francophones auront fait des concessions majeures par rapport à il y a trois ans. En acceptant de négocier une réforme dont ils ne voulaient pas. D’aller vers une régionalisation accrue qu’ils ne souhaitaient pas. De scinder BHV, ce qui était alors exclu.
C’est un renoncement, évidemment, face à la volonté farouche de nombre de Flamands de poursuivre un démantèlement lent du pays. Le décompte final, même s’il présente une forme d’équilibre, sera marqué de cette victoire morale-là pour le Nord du pays.
Une fois cela dit, quelle est l’alternative ? Se fracasser, comme il y a trois ans ? Continuer à refuser cette évolution ? Ou regarder cette réalité flamande en face et gérer désormais le futur francophone en ayant en tête que la séparation du pays pourrait être au bout d’un chemin (plus ou moins) long ? La Belgique n’existera plus à terme, assène d’ailleurs Luc Vanderkelen, éditorialiste flamand et… belgicain. Les Francophones peuvent ne pas être d’accord avec l’idée, fulminer contre cet échec du vivre-ensemble. Mais à ce moment-ci de notre histoire, cela ne suffit plus.
Les partis francophones à la table sont-ils des mous ? Auront-ils mis sur orbite les prémices d’un projet francophone ? Les jours à venir nous permettront de juger. Par contre, et cela c’est déjà certain, l’amertume, le dédain et l’ironie ne constituent pas une stratégie de rechange.