L'axe De Wever-Di Rupo est brisé
BART STURTEWAGEN
lundi 30 août 2010, 08:15
rédacteur en CHEF du «Standaard»
Le sens de l'Etat d'Elio Di Rupo est usé. Sa mission de préformation a échoué. Personne ne sait plus que faire avec ce pays divisé. Comment pourra-t-on encore éviter de nouvelles élections cet automne ?
Di Rupo était parvenu à faire surmonter aux francophones leur allergie à une profonde réforme de l'Etat.
Les circonstances l'y ont poussé après dix ans de refus qui ont couronné Bart De Wever roi de Flandre. La chance de gouverner sans les libéraux et de lui permettre de s'installer au « 16 » ont constitué un formidable stimulant.
Mais ce qui est le plus frappant, c'est que pour les francophones, tout tournait autour de l'argent : quitte à avaler un accord indigeste sur les compétences, la responsabilisation et BHV, donnez-nous alors de l'argent pour Bruxelles, histoire de faire passer la pilule. Comment Di Rupo peut-il donc faire rimer ces centaines de millions versés en faveur de Bruxelles avec l'absolue nécessité de réduire le déficit budgétaire de 25 milliards d'euros dans les quatre ans à venir ? Si l'on ne contraint pas les entités fédérées à faire preuve d'une plus grande responsabilité financière en échange de leurs nouvelles compétences, la fédération irait droit dans le mur budgétaire.
Di Rupo a attaqué de front hier la N-VA (et le CD&V). De Wever ne s'est pas laissé mettre sous pression. Et le CD&V s'est immédiatement aligné sur la N-VA. Groen et le SP.A ont envoyé des signaux aux Flamands qui ne souhaitent pas la confrontation avec les francophones. Quant au PS, il sait que la stature de Di Rupo n'est pas entamée et ne craint pas le crash électoral.
Il était clair au soir du 13 juin que l'on ne pouvait s'en sortir qu'à la seule condition que De Wever et Di Rupo puissent conclure un mariage de raison.
De Wever brisa cette fraîche alliance en jetant la loi de financement par surprise sur la table. Di Rupo s'est évidemment senti attiré trop loin de son camp par De Wever et a choisi hier de battre en retraite. L'axe est brisé.
Nous n'en sommes pas encore aux négociations finales sur la grande séparation des Belges. Les esprits et les projets ne sont pas encore mûrs pour cela.
Mais depuis dimanche soir, nous avons fait un pas de plus vers ce scénario.