Le choix du Roi
BEATRICE DELVAUX
lundi 30 août 2010, 06:55
Rédactrice en chef
La scission de BHV avec des compensations limitées, un transfert de près de 16 milliards de compétences, une révision de la loi de financement et la responsabilisation, de l’argent pour Bruxelles, dont une partie liée à la loi de financement : voilà ce à quoi la N-VA et le CD&V ont dit non hier soir. Alors, fait notable, que le SP.A et Groen trouvaient le compromis sur table très acceptable.
Pour le refus N-VA, passons. Par principe, rien ne sera jamais suffisant pour un parti qui ne veut d’un compromis que s’il peut être présenté comme une étape intermédiaire vers la fin du pays. La seule conclusion à ce stade est que Bart de Wever n’arrive pas à (ne veut pas ?) imposer la raison à ses troupes.
Le refus du CD&V est lui, par contre, peu courageux. Ce parti, qui s’est distingué autrefois par son sens de l’Etat, aurait fait en 2007 le chemin de Compostelle pour obtenir la moitié de ce qui se trouve sur table. Hier soir, il a balayé d’un revers de la main tous les acquis flamands potentiels des dernières semaines. Un « neen » électoraliste : le CD&V, en perte totale d’identité, est devenu le satellite de la N-VA, une pièce rapportée qui n’ose plus prendre ses responsabilités. Et préfère faire monter avec une énorme mauvaise foi les enchères communautaires, sans réaliser qu’à la copie, les électeurs préféreront désormais l’original nationaliste N-VA.
L’opinion flamande dans sa majorité ne serait pas séparatiste et veut surtout des réformes : lui dira-t-on ce matin la vérité sur ce qui était quasi acquis ? Les avancées difficiles mais réelles faites par les partis francophones à la négociation ? Le risque qu’il y a à vouloir plus ?
Car quelle est l’alternative ? Recommencer tout ? Avec quel objectif ? Quel parti francophone osera aller plus loin encore que ce qui est sur table ? Didier Reynders l’a fait savoir : pour lui, les francophones qui négocient ont déjà trop concédé.
Il n’y a qu’une seule issue à la crise du jour, qui ne paraît pas fatale à ce stade : se remettre à table et forcer le consensus dans le cadre désormais défini. C’est ce que le Roi a audacieusement imposé hier dans la nuit.
Deux partis flamands n’ont jusqu’à présent pas concédé grand-chose pour faire advenir la paix communautaire : le moment est venu.