Une mauvaise cour de récréation
BEATRICE DELVAUX
vendredi 15 octobre 2010, 07:08
RéDACTRICE EN CHEF
Le front francophone est aux abonnés absents. Jeudi, il a juste sauvé les meubles en se mettant d’accord sur une stratégie en cas de mise au vote de la scission de BHV par les partis du nord du pays.
Service ultra ultra minimum. Il y avait peu d’espoir qu’il en soit autrement, puisque chacun des deux camps avait tiré sur l’autre avant la réunion qui était censée les réunir pour la première fois depuis des mois.
Elio Di Rupo lundi, Joëlle Milquet dans la foulée n’avaient pas de mots assez durs pour le MR, l’accusant d’être « plus proche de la N-VA que des francophones ». Et Reynders ripostait ce jeudi dans La Libre sur le même ton et dans la même veine.
On connaît les raisons tactiques et de fond de ces feux nourris. Mais le résultat très visible qui en résulte pour le citoyen est catastrophique. Qui a bien du mal à capter pourquoi ce sont les francophones qui s’envoient soudain des noms d’oiseaux, et bien davantage, alors que l’enjeu se trouve dans une discussion fondamentale et cruciale pour le devenir commun du nord et du sud du pays.
L’électeur ne comprend guère ce jeu qui fait que l’un va manger au restaurant étoilé avec l’autre en cachette, que les quatre s’invitent en front commun tout en se tapant joyeusement dessus, qu’on a l’impression d’entendre des discours datant de 2007, alors qu’on s’était bien promis, pas nécessairement d’être d’accord, mais que le débat serait organisé, calme, dur tout en étant empreint de sérénité et de dignité. Il y a deux risques à étaler toutes ces divisions sans retenue, à déverser sa bile l’un sur l’autre aux micros grand ouverts :
– donner à la N-VA et aux négociateurs du nord du pays un effet de levier supplémentaire ;
– dégoûter un citoyen belge, francophone notamment, qui certes trouvait jusqu’à présent la situation complexe et grave mais qui s’y intéressait avec une passion nouvelle. Motivés par la gravité et le sérieux de l’enjeu, les lecteurs et téléspectateurs ont ainsi marqué leur intérêt fort au cours de ces dernières semaines pour toutes les informations liées à la crise en cours. Ils n’y avaient pas vu une cour de récréation. Ils peuvent accepter le débat, mais uniquement s’il est de fond.