Isoler la N-VA, un pari très risqué
VERONIQUE LAMQUIN
mardi 26 octobre 2010, 06:24
Isoler la N-VA ? C'était l'objectif inavoué de certains négociateurs, cet été. A force de se heurter à des nationalistes flamands sapant chaque ébauche d'accord par une nouvelle salve de revendications, ils ne voyaient plus d'autre issue. Leur raisonnement ? Isolé, Bart De Wever ne pourrait pas tenir longtemps. Parce que la pression des milieux socio-économiques et des citoyens se ferait grandissante, pour qu'une réforme de l'Etat soit négociée, ouvrant (surtout) la voie à la formation d'un gouvernement « qui s'occupe des vrais problèmes ».
Jusqu'ici, la stratégie n'avait guère porté ses fruits. Le front flamand s'était certes lézardé, mais le CD&V restait arrimé à la N-VA, envers et contre Groen et le SP.A. Voici dix jours, les partis du Nord avaient même resserré les rangs. D'isolement, il n'était donc point question.
Quant à la pression, elle est peu audible. Les citoyens se résignent, dans un relatif silence. Le monde socio-économique ne joue de son influence qu'en coulisses à l'exception notoire de la FGTB. Et si Charles Michel crie à l'urgence sociale, c'est bien l'un des premiers, dans la classe politique, à sonner le tocsin
Voilà pourquoi la décision du CD&V de lâcher la N-VA sur un dossier aussi symbolique que BHV prend tout son sens. Pour la première fois depuis le 13 juin, Bart De Wever est isolé. Le temps faisant son uvre, va-t-il aussi sentir une pression, de plus en plus forte, pour s'inscrire dans une logique de compromis et de sortie de crise ?
C'est le pari que font les partis traditionnels. Aucun d'eux ne veut exclure la N-VA. Mais tous tablent sur le fait que, tôt ou tard, Bart De Wever se souviendra qu'il a séduit, le 13 juin, près d'un Flamand sur trois. Un succès qui l'autorise à jouer un rôle prédominant. Mais qui lui confère de lourdes responsabilités. C'est Bart De Wever qui le dit : on élit quelqu'un « pour qu'il gère la chose publique »
Pas pour qu'il la paralyse.
Le pari des partis traditionnels est très risqué. Car la N-VA a prouvé, ces dernières heures, qu'elle ne respecte aucun code de la vie politique belge. Si les nationalistes flamands décident de bafouer jusqu'au sens de leur mandat et s'arc-boutent sur leurs exigences, ce n'est plus le tocsin qu'on sonnera pour la Belgique mais le glas.