Ceci n’est plus un pays
BEATRICE DELVAUX
vendredi 08 juillet 2011, 09:01
M. De Wever, vous manquez de courage, et par la même occasion, vous mentez aux francophones, mais ceux-là ne sont pas vos clients. Par contre, infiniment plus grave, vous mentez à vos électeurs, à « vos » citoyens : les Flamands. Posez vos questions à Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du Soir
La Belgique n’a plus de sens. La Belgique ne vaut pas la peine. La Belgique n’est plus un pays à gérer, à reconstruire, à faire évoluer. C’est un projet mort qu’il faut achever en faisant la place à une vision univoque, flamande. Vous n’aviez pas compris ? Eh bien, depuis hier 14 heures, c’est clair. M. De Wever nous l’a dit, l’a dit aux citoyens belges, l’a dit en fait à la terre entière – agences de notation comprises.
On savait qu’il le pensait, on savait qu’il le voulait. Le seul problème aujourd’hui est qu’il ne joue pas encore cartes sur table. Et qu’il se cache derrière la critique systématique, et à la sulfateuse, de la note Di Rupo, pour forcer le chemin vers cette fameuse Flandre indépendante ou, version hypocrite, de cette Belgique qui a l’apparence d’un pays mais plus le contenu.
On exagère ? On dramatise ? On est de mauvaise foi ? Non.
Le « non » de la N-VA a fait hier l’effet d’une bombe. Violent, en béton armé, sans appel. Soyons de bon compte : il a le mérite de la clarté et évite de nous entraîner à nouveau dans le jeu des idiots qui se mentent et que nous pratiquions avec grand professionnalisme depuis un an.
Mais ce « non » ne va pas assez loin. En fait, M. De Wever, vous manquez de courage et par la même occasion vous mentez aux francophones, mais ceux-là ne sont pas vos clients. Par contre infiniment plus grave, vous mentez à vos électeurs, à « vos » citoyens : les Flamands.
Cessez de faire croire que vous voulez réformer le pays. Cessez de dire que les notes ne vont pas assez loin. En l’occurrence, celle que Di Rupo vous a présentée va loin. Sur le plan communautaire, elle scinde BHV, elle transfère des compétences ; sur le plan économique, elle présente un plan de coupes budgétaires, sur le plan social elle s’attaque aux tabous du chômage et des soins de santé. Elle pouvait être améliorée, elle n’était pas parfaite, mais bon sang, vous êtes le seul à la trouver nulle. Vos mots n’étaient pas assez durs, votre critique n’avait pas assez de tranchant !
Mais tout cela n’est que poudre aux yeux et écran de fumée pour masquer le fond de votre critique. Car le grand tort de cette note est, pour vous, qu’elle travaille sur une hypothèse que vous n’accepterez jamais : la préservation de l’Etat belge. Car elle assure la viabilité du fédéral, elle s’arc-boute sur deux fondamentaux – la solidarité et la sécurité sociale –, elle prévoit la scission de BHV mais crée une circonscription fédérale.
Un bric-à-brac, avez-vous dit. Mais M. De Wever, le maintien de la Belgique est en partie à ce prix. Comme le serait tout projet qui rassemble des groupes qui ne sont pas homogènes, rangés comme des petits soldats à l’identique, dans une petite boîte. La Belgique comporte une droite et une gauche, des Flamands, des francophones, des germanophones, des citoyens d’origine étrangère, des riches, des pauvres. Eh oui, cela oblige dans tout pays digne de ce nom – c’est d’ailleurs la richesse du modèle européen – à opérer des transferts des uns vers les autres, des compromis lorsque cela s’impose.
Mais vous aimez la simplicité, les concepts clairs. Il se fait que pour vous, cela correspond à un rassemblement de riches, dans une entité homogène, en langue et en idéologie. Pour vous, cela s’appelle la Flandre. Et cela fait peur. Votre intransigeance fait peur. Elle semble aujourd’hui partagée par nombre de Flamands. Rien d’antidémocratique là-dedans. Pas sûr cependant qu’ils soient bien au courant de la réelle destination finale vers laquelle mènent vos simplismes. Mais dans cette histoire, qui va peut-être se terminer par la mort d’un pays, vous êtes le responsable mais pas le plus coupable. Ce dernier se situe dans cet autre parti, qui a fait hier la démonstration de sa petitesse et d’une forme de lâcheté. Le CD&V hier a touché le fond de la responsabilité politique et de la raison d’Etat. A force de se cacher derrière la mare N-VA, ils vont finir par s’y noyer.
Où va-t-on ?
La N-VA a pris la responsabilité de nous rapprocher de la fin de ce pays. Nombre de forces se sont déjà usées pour éviter de tomber dans son piège. On peut imaginer qu’elles peuvent encore rebondir, par nécessité, par sens des responsabilités. Mais très honnêtement, quel autre plan sortir de la boîte ? Le plan De Wever ? Mais alors, après être passé par la case élections, et après que des voix en Flandre forcent la N-VA à faire campagne sur ses véritables intentions : la fin d’un pays et l’indépendance d’une région.
On négociera alors sur les véritables enjeux. Plus sur des leurres.
Vos réactions
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"Ces débiles flamands" ... attitude très intéressante ... vous voulez arriver où en fait ? Petite guerre civile ?
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on va pas decreter la fin tout les mois ...laissons ces debiles flamands partir faire leur republiek et concentrons nous sur notre fédération wb ...meme si on a un compromis ..et apres hein ?? ils vont nous pourir la vie encore des années...ils vont faire chier les bruxellois , ect ect ....combien de fois on dois dire ca pour que les politiciens comprennent ..moi... perso ca fais 4 ans que je sens que c 'est la fin ..quand la Sabena n 'a méme pas étée defendue;;;elle etais trop Belge ...enfin bon c ' est triste a mourir mais ca suffis !!!!!
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La pusillanimité de nos politiciens est insupportable : du côté flamand, ce sont les cinq minutes de courage qui manquent, du côté francophone c'est le refus borné d'imaginer une autre solution que la survie de cette Belgique artificielle. La Flandre sera un jour indépendante et la Wallonie française, c'est inévitable dans une logique culturelle et même économique. Bruxelles, élargie raisonnablement, serait une vraie capitale européenne, francophone et multiculturelle. Mais les intérêts très particuliers de la clique politicienne, surtout wallo-bruxienne, s'y opposent.
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Je ne comprends pas une telle réaction outrancière à l'égard de Mr. De Wever. La Belgique n'existe plus depuis le "Walen Buiten" louvaniste et donc bien avant la NV-A de BDW. Notre première faute fut la régionalisation et à présent, la seconde est de poursuivre une sixième révision de la constitution alors que Cinq étaient déjà de trop. Mais ce qui est plus grave c'est de prétendre que nous allons nous retouver par le miracle d'un gouvernement qui ne changera rien à la gabegie financière qui , en ces temps de disette et de gel de nouveaux investissements, accroît pourtant encore notre dette publique de plus d'un milliard d'euros par mois . COMME LES GRECS nous parlons et hurlons beaucoup mais nous ne changeons RIEN à l' Etat Providence , à sa complexité, à la plétore de ses administrations et gouvernements. Nous voulons seulement niveler les revenus de tous comme aux meilleurs temps du communisme. Nous voulons seulement couper des têtes. Ne trouvez-vous pas, Me Delvaux que c'est [...]
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@frog57 (174) Le rattachement est à la République Française, pas le rattachement à X y Z. Et puis suivant votre raisonnement, et suivant les sondages le PS Français gagnerait contre Sarko! De toute manière les Français seraient d'accords en grande majorité, car ils ne nous laisseraient pas tomber, pas comme nos amis Flamands.