Avec ou sans la Belgique

BEATRICE DELVAUX

mercredi 12 octobre 2011, 07:25

ÉDITORIALISTE EN CHEF

Il faudra se rappeler à quel point on n’y croyait plus. Il faudra se souvenir du nombre de fois où on a pensé que tout était fichu en ce compris, excusez du peu, la Belgique –, pour mesurer l’importance du moment.

La Belgique ! C’est en apparence le grand vainqueur du jour, par le seul fait qu’elle est finalement toujours là, debout, prête à poursuivre sa route. La Belgique oui, mais plus la même : ses moteurs désormais sont régionaux et communautaires, et sa survie en tant que telle est plus qu’hypothétique. Reconnaissons à cette vieille entité qui a flirté avec la mort, qu’elle vient de réussir une mutation miraculeuse et ingénieuse, puisqu’elle arrive, par des équilibres savamment et patiemment créés, à donner aux uns et aux autres des éléments de satisfaction. Les Flamands ont leurs compétences et leur BHV, et les francophones, la certitude qu’ils n’ont rien accordé, au contraire, qui les ferait automatiquement passer à la casserole la prochaine fois, quand on négociera la séparation. Bruxelles est quasi une Région à part entière et refinancée, les six communes à facilités sont potentiellement bruxelloises, le lien Wallonie-Bruxelles est garanti.

L’autre grand gagnant du jour est un homme avec un nœud papillon. Elio Di Rupo était jusqu’à il y a peu pour la Flandre (et une partie des francophones) le symbole du pouvoir absolu socialiste et des travers wallons. Il est aujourd’hui un formateur et probablement bientôt un Premier ministre extrêmement légitime tant au Nord – nationalistes exclus – qu’au Sud.

Il aurait pu entrer un jour au 16, rue de la Loi par résultat électoral et/ou par marchandage politique. S’il réussit la négociation socio-économique et la composition de sa coalition, il le fera par la grande porte, quasiment proclamé, en tout cas incontesté.

Son état de grâce durera peut-être trente secondes, mais ces secondes-là, il ne les aura pas volées. Il n’aura rien exigé, rien monnayé. Sa légitimité naît d’un travail, d’une obstination, d’une conviction sans fin, d’un chemin de croix aux centaines de stations.

Cette réforme de l’Etat, cette survie de la Belgique, Di Rupo est allé les chercher avec les dents (… et l’institut Emile Vandervelde) pour in fine réaliser l’impossible, habileté comprise : il est resté discret, cloîtré dans la stature de l’homme d’Etat. Restant souvent le seul à y croire au moment où tous s’avouaient vaincus.

Aujourd’hui, ennemis comme amis n’ont qu’un mot à la bouche, quoi qu’ils pensent du contenu de cette réforme et de sa durabilité : chapeau bas !

Chapeau aussi à ceux qui ont pris leurs responsabilités pour arriver à ce compromis. Aux croisés de la première heure (Milquet, Gennez, Onkelinx, Javaux et Van Besien) sont finalement venus se joindre Alexander De Croo, mais surtout les deux alliés les plus cruciaux, ceux qui ont pris le plus de risque dans l’aventure : Wouter Beke qui a fait le pas décisif, suivi ensuite de Charles Michel.

Ironie de l’histoire, Elio Di Rupo ce probable Premier ministre, Belge convaincu dès le premier jour – là ou les Martens, Dehaene, Verhofstadt et Leterme étaient d’abord Flamands avant de se belgiciser, sera peut-être celui qui va gérer la fin ou une sorte de fin du pays.

Car il ne faut pas être dupe de l’instant : la réforme de l’Etat enterre une certaine Belgique fédérale. Et beaucoup sont persuadés, même s’ils ne le souhaitent pas, que ceci n’est pas la dernière scène du film.

C’est en cela que le grand triomphateur du jour est le seul qui ne figure pas sur la photo de famille. Au cours de cette incroyable négociation, Bart De Wever, leader nationaliste, aura fini par convaincre tout le monde de son seul objectif : la Belgique n’a plus (beaucoup) de sens ou en tout cas, trop peu nombreux désormais sont ceux qui y croient et le veulent encore.

Tous les partis signataires espèrent bien entendu que leur réforme va décrédibiliser De Wever et la N-VA, et certains d’entre eux souhaitent que le modèle multiculturel belge qui fonde le projet européen trouve un nouveau souffle. Mais qui parmi eux parierait vraiment sur le fait qu’au tour suivant (dans six mois ? en 2014 ?), la N-VA ne sera pas de retour à la table de négociation pour achever le pays ?

La différence désormais, c’est que Wallons et Bruxellois devraient arriver préparés et en état de marche. Ils ont en tout cas reçu à présent tout pour l’être : les compétences, les moyens, la prise de conscience, une sécurité d’action et aussi une date de péremption (dans dix ou vingt ans).

Cette sixième réforme les place face à une nouvelle dynamique. Ce n’est pas une punition. C’est, quoi qu’il advienne de ce pays, une incroyable opportunité.

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[51] pimprenelle1793 dit le 13/10/2011, 20:37

@katleen. Soyons sérieux. Une commune où plus de 80% des gens parlent français, vous appelez ça une commune flamande, vous ? Les six communes à facilités sont bruxelloises de fait et de coeur. Beaucoup d'autres communes de la périphérie aussi, d'ailleurs, comme en témoigne leur francisation galopante. Aucune circulaire, aucune mesure coercitive n'empêchera Bruxelles de s'élargir. Et, comme Bruxelles est francophone, Bruxelles s'étend en français. That's all folks !

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[50] katleen dit le 13/10/2011, 19:29

@pimpernelle; je vous comprends vraiment pas; dans les 6 communes à facilités les francophones peuvent bien vivre une vie agréable. Je connais très bien l'endroit comme j'y connais plussieurs francophones qui y habitent sans aucun problème. Pour le reste est il si difficile a comprendre que la wallonie se situe pas en flandre ? Qu'il y a deux région avec une langue ét 1 qui est bilingue. C'est notre constitution. faudrait accepter la vie tel elle est; la constitution doit être respecté par les francophones aussi. On se rend bien compte quand on déménage qu'on va habiter en flandre, en wallonie ou à BXL. Est il trop demandé que chaque citoyen porte la responsabilité de son propre choix ?

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[49] Michel Gaume dit le 13/10/2011, 11:26

Vers L'Avenir version 2011. (signé Colux, un ami à moi...)//La Flandre marche et pose ses jalons/Nous marquant une réforme nouvelle (*)/Obéissons, nous, les petits Wallons,/Demain, il faudra rendre Bruxelles !(**)/Si ton sol est petit, et rogné de nouveau,/L'Avenir qui t'appelle/A pour nom Di Rupo !/" Wallon peureux et famélique/ Sois donc joyeux ! ", "__ Qu'est-ce qu'on se marre ! "/ " __ T'as qu'à lire la Libre Belgique/Et Le Soir ! "// (*) La sixième réforme de l'Etat n'est pas la dernière - Kris Peeters 12/10/2011 (**) Cette heure-ci n'est pas La Dernière Heure !

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[48] pimprenelle1793 dit le 13/10/2011, 09:40

Sans la Belgique, Madame Delvaux. Et il eût été essentiel de négocier la séparation alors que nous possédions encore la monnaie d'échange de poids que représentait le diamant pur BHV. Mais votre héros a préféré le brader contre quelques mois de rabiot et, surtout peut-être, la promesse de devenir premier. Honte sur lui, qui a fait sacrifié les citoyens qu'il avait le devoir de représenter !

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[47] napo1rbscvv dit le 13/10/2011, 09:24

il est temps enfin de reconnaître qu'il faut se préparer à Bruxelles à cette séparation. Et la fédération Wallonie-Bruxelles est une bonne option pour notre futur.

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