Retour sur terre : dur !

Béatrice Delvaux

vendredi 14 octobre 2011, 06:57

Béatrice Delvaux

Il n'y avait pas de raison que la Belgique passe à côté de la crise qui mine l'Europe. Jusqu'à présent pourtant, elle nous paraissait relativement indolore. La crise politique occupait les esprits. Cette Belgique coupée du monde vivait comme si nos seuls problèmes sur terre étaient la scission d'un arrondissement et la façon pour les Flamands d'être protégés de la cohabitation avec les francophones.

Notre système de sécurité sociale et l'indexation ont aidé à faire tourner une machine économique qui ne semblait pas trop ressentir les secousses extérieures. L'euro se cassait la figure, les Grecs étaient dans la rue mais nous poursuivions notre chemin, comme sur une île, regardant jour après jour notre nombril. Devait-il rester noir-jaune-rouge ou devenir noir avec des griffes ? Aujourd'hui, retour sur terre. Et l'atterrissage se fait en piqué, en deux coups : la débâcle de Dexia qui crée une sourde mais large colère et le couperet Arcelor-Mittal qui met le feu aux indignations. Pour la première fois, nous sommes très concrètement frappés par les bouleversements du monde. Au point (!) que la réforme de l'Etat, attendue depuis des mois, inespérée, passe presque inaperçue, chose dérisoire face aux nouveaux défis pris en pleine figure.

Avec Dexia, nous sommes victimes d'un capitalisme financier dévoyé qui a vécu de bulles, de mensonges et de faux-semblants et qui perd soudain pied. Avec Arcelor, nous sommes touchés par le basculement des pôles de croissance dans le monde : un groupe indien, capitaliste à notre façon, décide de nous rayer de la carte de ses implantations. Un pays en plein boom fait l'impasse sur un pays en « décadence ».

D'un côté, un bouleversement économique s'impose. De l'autre, des Indignés se révoltent contre le mal qu'il leur inflige. Di Rupo va devoir assumer les deux, dans une équation impossible : mener les réformes nécessaires, assainir les budgets, sous contrainte d'un feu social soudain déclenché et d'un monde qui bascule.

Avec en filigrane cette question fondamentale que nous avons longtemps éludée : sommes-nous désormais, Belges et Européens, fatalement et irrémédiablement destinés à nous appauvrir ?

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[8] BORGIAXXXXII dit le 14/10/2011, 18:25

A QUI LA FAUTE ? Aussi bien les politiciens incapables de se mettre d'accord (car accord "sur tout", il n'y a pas encore) pour diriger ce pays vulnérable (cf sa dette proche de celle de l'Espagne), que les journalistes - et vous, Madame, en particulier- qui vous êtes quasi uniquement focalisés sur BHV et petits problèmes belgicains dérisoires, vous n'avez rien voulu voir d'autre et surtout pas les véritables préoccupations des gens à qui vous vous adressez. La presse francophone n'a pas été à la hauteur des évènements, bornée par un esprit de clocher absurde. Vostra Maxima Culpa.

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[7] mertensclaude dit le 14/10/2011, 16:26

Intéressant. La dernière question surtout. Je n'en suis pas certain évidemment car cela se joue sur des lustres, mais je crois que oui, nous allons vers un appauvrissement. Simplement parce que nous vivons actuellement une période de nivellement mondial. Les autres, sur la planète, veulent aussi et légitimement bien vivre. Cela a un coût et nous devons le payer. Quand la Chine et les autres puissances émergentes auront acquis pas mal de biens européens, quand l'Afrique dira "ça suffit!", quand les délocalisations auront atteint leur pic, quand les marchés auront saigné l'Europe par toutes les veines, quand les stabilisateurs sociaux de nos systèmes de sécurité sociale seront au point de rupture, que les CPAS seront en faillite, alors il faudra bien reconnaître l'appauvrissement. Mais dans le fond, être moins riche n'est peut-être pas dramatique...

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[6] BruxellesdanslaRue dit le 14/10/2011, 13:16

Je suis d'accord avec le constat de l'Edito, et je remercie Mme Delvaux de mentionner les Indignés dans son équation. Cela dit, pour répondre à la question finale défaitiste, je dirais que nous ne somme pas destinés à nous appauvrir. Ni économiquement, ni artistiquement, ni scientifiquement, ni au niveau de notre qualité de vie. Il y a des solutions. Notre appauvrissement des trente dernières années vient entre autre d'un déséquilibre dans la répartition, entre capital et salariat, des richesses nationale produites (Etat du Monde 2010, Badie et Vidal). Nous avons développé des savoirs, des techniques, et des modes de vie extraordinairement progressistes. Nous devons les utiliser pour changer de monde, changer nos paradigmes, et nous adapter au nouvel environnement mondial avec des solutions nouvelles, et -je le pense sincèrement- hors du capitalisme. Les mesures pratiques de tels changements et les moyens de lutte sont discutés par les Indignés, en vue de formuler des propositions.

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[5] lesaphir dit le 14/10/2011, 12:40

Tout ce qui se passe aujourd'hui était tout à fait prévisible. L'être humain est ainsi qu'il a besoin d'une grande secousse pour changer à 180%. Montebourg a bien compris.

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[4] Herman dit le 14/10/2011, 12:05

Vive la TVA sociale ... cela fait des années que je prêche d'abandonner le système qui fait peser TOUT le poids de notre système social sur le seul groupe de ceux qui travaillent et qui deviennent de moins en moins donc un poids à porter de plus en plus ... lourd ! Au lieu de prélever sur la production (salaire) pourquoi ne pas le faire via la TVA qui est une taxe sur la consommation ? Cela répartira l'effort sur TOUS puisque tous consomment ! Les pensions des fonctionnaires sont payées par l'état ... pourquoi pas celles du privé puisque nous payons aussi nos impôts au même état ?

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