L’euphorie démocratique tunisienne

BAUDOUIN LOOS

lundi 24 octobre 2011, 06:38

Les Tunisiens sont allés voter en masse ce dimanche à travers tout le pays. Avec fierté, avec émotion, avec dignité, et aussi avec la conscience aiguë d’écrire la plus belle page de l’Histoire de leur pays depuis l’indépendance de 1956. Il y avait là quelque chose de très émouvant pour ceux qui, comme ce journal, ont suivi l’évolution – la déprimante stagnation, doit-on plutôt dire – de la Tunisie entre 1992 et 2010.

Ce scrutin destiné à élire une assemblée constituante se présente comme la première étape formelle dans l’établissement d’une démocratie, la première dans un monde jusqu’il y a peu seulement composé de tyrannies. C’est dire si les yeux de toute la région étaient rivés sur le comportement de cette population, celle d’un modeste pays d’où est parti, fin décembre, un mouvement de protestation aux effets irrépressibles dans l’ensemble des pays arabes.

Désormais, la Tunisie fait l’objet d’une vraie admiration de la part des pays frères, avec son statut neuf de locomotive démocratique régionale. Qui l’eût cru il y a un an à peine ?

Ce tableau n’est pas idyllique, certes. Car les dangers ne manquent pas. L’islamisme, puisque le parti Ennahda devrait selon tous les observateurs arriver en tête, est souvent pointé du doigt en Occident. Mais les islamistes, eux, savent que la principale difficulté se trouvera dans la capacité des nouveaux dirigeants – et ils espèrent en être – à apporter des réponses à la misère qui étreint une partie importante de la population.

C’est d’ailleurs pourquoi des jeunes comme Nina Ben Mhenni, la blogueuse qui était devenue une des icônes de la révolution tunisienne, avait fini par annoncer son abstention. La révolte contre la tyrannie, pour la dignité, pour la justice et pour le droit au travail, devra être entendue par le nouveau parlement tunisien, quelle que soit sa couleur dominante.

Or la Tunisie n’est pas encore sortie des eaux troubles de son passé. La tête du système corrompu a été coupée, mais ses ramifications, ses métastases, demeurent. Puissent les nouveaux dirigeants, avec l’aide de l’Union européenne qui a beaucoup à se faire pardonner, réussir la mue démocratique tant chérie par la population.

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[2] Politiblog dit le 24/10/2011, 11:59

@jmv71 Il y a cependant une nuance extrêmement importante; c'est la population dans son entièreté qui vote. Ce ne sont donc pas des "petits groupuscules qui évoluent dans l'ombre", comme on le dit si souvent dans nos médias. Puisse cette prise de conscience se faire en Europe, aussi bien au niveau du peuple qu'au niveau de ses dirigeants.

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[1] jmv71 dit le 24/10/2011, 09:25

"... mais les islamistes, eux, savent que la principale difficulté se trouvera dans la capacitté des nouveaux dirigeants à apporter des réponses à la misère..." Bravo Mr Loos, le "eux" au milieu de votre phrase sert à quoi exactement? Car d'après ce que je comprends, vous insinuez que les islamistes seraient les mieux à même de gérer le pays puisqu'eux savent! C'est vraiment du grand n'importe quoi! Je suis particulièrement modéré en matière de religion mais il faut bien admettre que la première et unique pour le moment conséquence au printemps arabe est la montée des islamistes dans les derniers pays arabes où la religion ne duirigeait pas tout. Et franchement, ce n'est pas très réconfortant et je n'ai pas envie de voir ce que ca va devenir dans le futur...

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