Sauve qui peut !

BEATRICE DELVAUX

lundi 28 novembre 2011, 07:12

« L’indispensable a été fait. Trop tard, sans gloire, dans une incroyable atmosphère, mais les négociateurs ont accouché de quoi satisfaire dans l’immédiat aux exigences de l’Europe. » L’édito de Béatrice Delvaux

Sauve qui peut !

Mission accomplie. La Belgique a un budget et des réformes socio-économiques. Et bientôt un gouvernement. Ce matin, lorsque les investisseurs vont ouvrir leurs écrans, la Belgique sera en ordre de marche : elle aura épargné 11,3 milliards pour 2012, prévu les budgets pour 2013-14, mis de l’ordre dans son système de pensions, de chômage. Et si elle n’a pas touché à l’indexation, elle promet de casser l’impact des prix de l’énergie sur l’inflation.

Belgium, tout sous contrôle ? Non, bien sûr. Mais l’indispensable a été fait. Trop tard, sans gloire, dans une incroyable atmosphère de sauve-qui-peut, mais les négociateurs ont accouché de quoi satisfaire dans l’immédiat aux exigences de l’Europe. Et montré qu’après 531 jours, notre pays allait être gouverné. Une condition nécessaire, qui ne sera sans doute, pas suffisante.

L’équation à résoudre était terrible. Ces 11 milliards sont l’économie la plus importante jamais réalisée depuis l’après-guerre. Et la réforme institutionnelle a été négociée, pour la première fois, sous la pression d’un parti majoritaire voulant l’indépendance de la Flandre. Dans ces deux cas, la question s’impose : comment a-t-on pu laisser notre pays s’enfoncer à ce point, se révéler aussi ingouvernable ? Pour accoucher aujourd’hui d’un budget de nécessité, pas d’un projet de société, car négocié tabou contre tabou, sans audace ou créativité de fond, plombé, miné, hanté par les contraintes, les divergences idéologiques et la peur.

La Belgique a dû régler des problèmes devenus monstrueux, prendre des décisions existentielles, sous des pressions dantesques : l’institutionnel sous la menace de l’éclatement du pays, l’économique avec les marchés aux trousses. Di Rupo le reconnaissait hier : son budget sort alors que « le pays est au bord de la séparation et de la catastrophe ».

Mais que de temps perdu ! Que de décisions non prises ! Que de réformes repoussées, reportées ! Les francophones le reconnaissent aujourd’hui : ils auraient dû au minimum négocier la réforme de l’Etat en 2007, alors que la N-VA n’était rien. Idem sur le plan économique. Réforme des pensions, du chômage : depuis combien de temps sont-elles sur la table ? Aujourd’hui, tout est à régler au plus mauvais moment, politiquement et économiquement explosif. Ah !, ce deuxième gouvernement Verhofstadt qui n’a pas profité des fruits de la croissance pour s’attaquer à nos défis structurels.

La Belgique n’est pas la seule à avoir fait preuve d’aveuglement. Les Etats-Unis aussi ont cru aux vertus d’un déficit jamais géré, la Grèce n’en parlons pas, de même pour l’Italie ou la France mais aussi pour les dirigeants de l’Europe qui ont poussé un projet d’élargissement politique et d’intégration monétaire sans jamais consolider les fondements de leur pérennité.

La capacité des gouvernants à rester dans une bulle, à nier l’évidence, à être sourds et aveugles à la réalité extérieure, à ses signaux laisse pantois. Ainsi, la Belgique. Ainsi l’Allemagne, congelée dans la bulle de la vertu, prête à mettre un continent à genou, au prétexte qu’il doit expier ses fautes financières. L’Allemagne autiste nous met en danger.

Autre source de perplexité : alors que les pôles de croissance se déplacent vers l’Asie ou l’Amérique du Sud où les coûts de production, la dynamique, la créativité nous mettent hors jeu, la Belgique et tout le continent européen avec elle en sont réduits à appliquer une potion libérale, promulguée par l’Allemagne, qui force à l’assainissement rapide, sans projet de développement alternatif, sans fil conducteur d’une renaissance et d’un retour sur la carte du monde.

Les déficits étaient devenus intolérables, le secteur financier est à la dérive : cela demande des actions urgentes, évidemment. Mais dans les deux cas, la responsabilité en incombe à une confiance aveugle et une application sans nuances de la foi dans la soutenabilité de déficits illimités et dans la dérégulation financière sans bornes.

La nouvelle potion libérale du moment, celle des économies à tout va, est-elle une religion sans danger, à appliquer sans réserve ou réflexion ? Des économistes mettent en garde contre cette austérité bornée. Gare à un nouvel aveuglement !

Les mesures annoncées dimanche par Elio Di Rupo et son futur gouvernement suffiront-elles à calmer les marchés ? Nombreux sont les sceptiques. Pas tant parce que ces mesures ne sont pas les bonnes : il y a là, en promesses du moins, en calculs, en documents, de quoi satisfaire les exigences européennes, au prix de sacrifices socialistes. Mais hélas aujourd’hui, ce qui peut peser n’est plus en notre contrôle. C’est en grande partie notre faute : nous avons trop tardé. Mais c’est aussi parce que ce qui se joue en Europe nous dépasse : la zone euro reste proche de l’implosion, la crise est sur le point de devenir bancaire et le dossier Dexia fait peser sur l’Etat belge le risque de devoir sortir la garantie promise, soit plus de 10 % de notre PIB ! Avec au bout du chemin, la récession.

Le budget et les réformes belges font l’effet d’une botte de paille pour endiguer ce tsunami. Fasten your seatbelt, bouclez votre ceinture : c’est le tweet envoyé par un économiste de renom.

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[44] GLeboutte dit le 29/11/2011, 12:08

Intéressant, mais... Votre édito est très intéressant, mais il y a une réflexion de taille qui me paraît manquer dans votre résumé ! Vous ne dites rien du poids du sauvetage de banques pour l'Etat ! Si ce n'est pas une cause importante, dites-le au moins ! Pour ma part, je constate quand même que c'est depuis la crise de 2008 et le paquet de milliards que le gouvernement a sorti de son chapeau, en un week-end, après des décennies de restrictions des budgets sociaux, c'est depuis lors que les Etats sont en crise. Il me semble assez simplement que le risque d'une finance irresponsable a été déplacé sur le dos des Etats et donc des contribuables. Le plus grave c'est que dans notre régime, la pression va se porter, comme si c'était naturel, sur les plus faibles et les plus précaires, on le voit malheureusement en Grèce, alors qu'en Islande, qui a la chance de n'être ni dans l'UE ni dans la zone Euro, l'électeur a pu décider de laisser les aventuristes de la finance à leur sort, et l'Etat à ses missions.

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[43] Tjlmp dit le 28/11/2011, 18:16

Facile à dire tout ça, après.

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[42] BruxellesdanslaRue dit le 28/11/2011, 15:27

A lire... http://pierre.eyben.be/article435.html

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[41] Jean-Michel II dit le 28/11/2011, 15:25

[13] GBa dit : "La presse et les media télévisés ont aussi une très lourde responsabilité dans la non-gestion de la crise." Et ajoutez surtout qu'à la RTBF, combien de journalistes sont capables d'écouter la VRT? Et encore aujourd'hui! Combien sont-ils capables d'interviewer un homme politique VL dans sa langue? Et B. Delvaux, était-elle capable de le faire in illo tempore?

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[40] smiler dit le 28/11/2011, 13:49

La Belgique ? Simplement trop compliquée et trop taxée N'etant pas Belge mais ayant habite ici depuis presque 20 ans, je continue a m'etonner qu'il n'y a pas des formations politiques nationales, traversant les frontieres linguistiques. Le simple fait qu'i y a 14 partis politiques garantit presque a lui seul l'impossibilite de trouver des accords suffisants pour gouverner ce pays. Il faut pas une autre "reforme de l'Etat" mais une reforme du systeme politique lui-meme, du processus electoral. Puis il faut simplifier drastiquement les structures gouvernmentales a 3-4 niveaux dont les couts d'operation pesent si lourd sur le dos des contribuables.

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