L'émotion, pas la précipitation
BEATRICE DELVAUX
jeudi 15 décembre 2011, 06:17
Éditorialiste en chef
L'émotion sourd, étrangle. Les ados sur leurs murs Facebook disent seconde après seconde leurs colères, multiplient les « statuts », ces phrases qui résument la douleur, les craintes, les questions, mais aussi l'indignation face au geste commis, mais aussi aux poussées de haine et de racisme.
Le monde politique, lui, le gouvernement en particulier, s'est tu, se limitant aux marques de compassion. Et c'est très bien ainsi. Il n'est pas pire conseillères ou pire motivation pour changer une loi, en promulguer une nouvelle ou en abroger une autre que l'émotion et la précipitation. Car une loi doit répondre à une réalité large, encadrer des comportements avérés, corriger ou encadrer des déviances systémiques. Et ne peut être envisagée que sur base de faits établis, lorsque la vérité est connue.
Nous en sommes loin aujourd'hui. L'enquête est en cours. Qui plus est, à ce stade des informations, il n'y a personne à montrer du doigt, « si ce n'est » un homme devenu soudain monstrueux. Pas de dysfonctionnement du système, pas de personne tierce qui aurait failli, personne à ce stade à accuser de faute. Troublant par ailleurs le fait que ce sont les arrêtés d'application de la loi sur les armes votée en juin 2006 dans la foulée des meurtres perpétrés à Anvers par Hans Van Themsche qui auraient profité indirectement à l'auteur du massacre liégeois.
Cette loi de juin 2006 prise très vite, dans la foulée du choc anversois, est la parfaite illustration de ce qu'il ne faut plus faire. Adoptée et conçue sur mesure pour répondre au cas anversois et montrer aux citoyens révulsés que le politique n'était pas aux abonnés absents, elle fut retirée plus tard sous d'autres pressions, électoralistes cette fois.
Le politique doit dès maintenant tout mettre en uvre pour vérifier si l'horreur liégeoise révèle des trous dans les législations gérant les récidivistes ou la détention d'armes. Mais le silence actuel est d'or et il faut prendre le temps nécessaire pour cet examen. Tout ce qui se dirait d'autre, sans fait avéré, relèverait du populisme et ne ferait que nourrir de façon irresponsable les pulsions qui débordent des forums.
Vos réactions
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Pardon? Madame Delvaux? Pas de précipitation, peut-être mais en attendant il est ANORMAL qu'un multi-récidiviste soit libéré AVANT son terme surtout quand ses inculpations sont liés à des 'coups et blessures' et 'faits de moeurs'... Et je suis toujours sous le choc de savoir qu'il n'a pas été inculpé pour possession d'armes de guerre et qu'il voulait même se faire rembourser... Par contre, les excès de vitesse sont poursuivis en Belgique (et c'est bien normal)
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@lapin....non, monsieur, non...c'est la faute à la societé....donc....aux victimes...c'est normal....un petit accident...le risque zero n'existe pas...un petit plomb qui a peté..Madame le Redacteur en Chef de lesoir a raison...du populisme...irresponsabilité....pulsions..... Les VICTIMES ONT LE SEUL DROIT DE SE TAIRE ... allez...la censure de "lesoir"...allez....effacer, s'il vous plait.....liberté d'expression.....
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"Pas de dysfonctionnement du système, pas de personne tierce qui aurait failli, personne à ce stade à accuser de faute". Ben oui, condamné a 58 mois de prison, on l'a laissé sortir plus tot. Le psy qui l'a déclaré mentalement sain n'a bien sur fait aucune erreur, pas plus que les participants a ce processus de libération anticipée. De même, le fait qu'il n'aie pas été condamné pour la possession illégalle d'armes a cause d'une erreur de procédure, c'est tout a fait normal. Il y a qd même un point sur lequel cet article a raison, c'est qu'il n'y a personne a incriminer parce que notre systeme judiciaire se juge lui même et qu'il s'estime plutot satisfait de ses prestations.
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Ce que tout le monde semble oublier - et les médias n'en parlent presque pas -, c'est que psychopathe ou pas, multirécidiviste ou pas, si M. Amrani n'avait pas possédé d'armes, sa violence et sa détresse se seraient manifestées par des pleurs, des cris de rage, des insultes, des menaces, voire une pendaison. Pas un massacre de gens dans la rue. Légiférer sur les peines ou sur les maladies mentales est une chose complexe. Cela touche à la nature de l'homme et au projet de civilisation. Légiférer sur les armes à feu est beaucoup moins complexe. Mais évidemment, ça peut altérer les profits des fabricants d'armes...
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Comment les partisans des "58 mois" et des peines incompressibles peuvent-ils être si sûrs que ce personnage n'aurait pas repris ses activités criminelles à la fin de l'entièreté de sa peine ? Pensez-vous vraiment que la prison soigne quelqu'un ? Etes-vous prêts à payer encore plus cher l'enseignement de vos enfants, vos hospitalisations, pour enfermer ces individus des dizaines d'années ? Il n'y a pas de raccourcis faciles dans ces situations et les "yaka" ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur tristesse.