Voyage en absurdie

BEATRICE DELVAUX

lundi 30 janvier 2012, 06:20

Le débat de ce week-end sur l'indexation est révélateur de la dose d'absurdité à laquelle le citoyen belge est confronté.

Pendant ces deux derniers jours, les syndicats se sont jetés à l'assaut des divers ministres en pestant contre les déclarations sur l'indexation. Or qu'apparaissait-il lorsqu'on écoutait les deux parties ? Qu'elles disaient exactement la même chose : pas question de toucher à l'indexation ou de faire un saut d'index. L'objectif acceptable est identique pour les deux camps : réformer d'urgence la manière dont les prix de l'énergie se répercutent dans l'index, cause primordiale de la hausse des prix belges, source des inquiétudes du FMI et de l'Europe. On se demande d'ailleurs comment les syndicats et les partis socialistes et sociaux chrétiens flamands et francophones n'ont pas veillé à régler cet impact pétrolier il y a des mois. S'asseoir, sans réflexion tactique, sur des vaches sacrées – le vrai mal belge – ne mène à rien, au contraire : on arrive juste à mettre ce qu'on protège, en danger.

Deuxième voyage en absurdie : les syndicats accusent le gouvernement de tous les maux. Si les craintes des citoyens sur leur futur sont justifiées, le gouvernement belge a pourtant semble-t-il pris des mesures dures mais qui sont aussi les plus « soft » des pays alentour.

Troisième voyage en absurdie. Les syndicats veulent un plan de relance. Ils ont raison. Cela vaut à l'échelon de la Belgique comme de l'Europe. Mais le gouvernement belge ne dit pas autre chose, de Di Rupo à Van Quickenborne – ces deux-là ne sont pas d'accord sur tout en ce qui concerne l'Europe, mais là- dessus, oui. Les Belges sont même au premier rang de ceux qui, lors du sommet européen de ce lundi, forceront Van Rompuy et les siens à prévoir une « perspective » à côté de l'austérité.

Ces affrontements entre semblables laissent perplexes quant à l'intensité mise dans cette grève générale. Certes, les mesures ont été prises à la hussarde mais les syndicats le savent : la crise institutionnelle a mis le pays au bord de la mort, et qui sait ce qu'il en serait alors advenu du dialogue social. Certes, les mesures sont lourdes, structurelles, mais elles répondent au besoin de réforme de notre modèle social et certaines sont amendables via le dialogue social en cours. Après la grève, les enjeux ne changeront pas et il faudra y travailler ensemble.

Dernière considération. Les syndicats sont les indispensables vigies de la protection sociale qui est le filet de sécurité des jeunes, des précarisés mais aussi des actifs. Ils sont là pour éviter que le gouvernement et l'Europe s'égarent en adoptant le modèle allemand jusqu'à en copier ses statistiques de pauvreté. La colère et l'inquiétude des citoyens sont légitimes, leur envie de les manifester est un droit absolu. Mais un responsable syndical ne peut pas déclarer hier sur un plateau de télévision (RTBF), à propos de la grève de ce lundi : « Je ne réponds de rien. » Vu la profondeur de la colère des gens, vu la difficulté des enjeux, aucun de ceux qui exercent des responsabilités dans ce pays, politiques ou syndicats, n'est autorisé à dire : « Je ne réponds de rien. »

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[77] fil017 dit le 30/01/2012, 18:20

à arpa1969: Si je résume, le remboursement de vos frais de santé, la gratuité de l'école pour vos enfants, le droit à la pension,la solidarité sociale,... ce sont les gens qui les ont obtenus sans les demander ? sans faire grève ? Mais puisqu'apparemment , vous vous débrouillez tout seul et que vous n'avez pas besoin de la solidarité : abandonnez vos avantages et remboursez-les : écoles, soins de santé etc... Qui bosse tout seul, crève tout seul ;-)

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[76] Didier Lagasse de Locht dit le 30/01/2012, 17:13

à [75] J.S dit le 30/01/2012, 17:00 - "arpa1969, (71) Effectuer un parallèle entre la dette publique d'une nation avec la dette d'un ménage qui dépense plus que ce qu'il ne gagne, n' a pas beaucoup de sens." - Il y a surtout que la dette publique relève de la seule responsabilité de nos mandataires qui ont toujours omis de prévoir des sanctions. C'est le propre de la démocratie représentative, on sanctionne le citoyen mais jamais les vrai responsables ! Dans une démocratie participative, la rédaction de la constitution et des lois cadres reposent sur les citoyens. Une assemblée citoyenne peut vérifier les objectifs, controler les comptes et révoqué le mandataire si nécessaire...

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[75] J.S dit le 30/01/2012, 17:00

arpa1969, (71) Effectuer un parallèle entre la dette publique d'une nation avec la dette d'un ménage qui dépense plus que ce qu'il ne gagne, n' a pas beaucoup de sens. Les recettes globales d'une nation proviennent d'un nombre incalculable de sources différentes. Si l'une d'elle vient à se tarir, les dirigeants savent toujours se convertir en redoutables sourciers... Un ménage (sur)endetté, sauf exception ne peut compter lui sur de miraculeuses rentrées, sauf gagner au lotto, ou mendier à la sortie des églises...Les créanciers adorent prêter aux nations, mais les banques ou transitent les salaires de centaines de millions de citoyens n'hésitent pas à faire jeter à la rue un ménage endetté. Un ménage endetté s'il a de la chance peut toujours manger au resto du coeur. Une banquier "endetté", l' Etat va le renflouer à coup de million avec l'argent des ménages qui de plus en plus n'arrivent parfois plus à financer le mazout de chauffage, et le dentier de la vieille mémé...

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[74] Omega dit le 30/01/2012, 16:43

Un 'détail' semble avoir été soigneusement ignoré par la journaliste Delvaux toujours plus pro-pouvoir que jamais. Les syndicalistes l'ont pourtant affirmé bien plus que le "je ne réponds de rien" qui justment répondait à une question du journaliste et qui me semble bien plus important : nous n'avons plus confiance. Cette simple phrase qui a eu comme seule réponse un balayement d'un revers de main, méritait bien plus qu'on s'y attarde. La journaliste Delvaux qui se pose en "oui-oui" du gourvernement à chaque édito aveuglée sans doute par son arrogance et son manque d'éthique tente trop souvent de manipuler les masses pour être crédible.

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[73] Daniel W dit le 30/01/2012, 15:57

Vous dites : " (...) aucun de ceux qui exercent des responsabilités dans ce pays, politiques ou syndicats, n'est autorisé à dire : 'Je ne réponds de rien.' " Si, Madame Delvaux, parce que les responsables, comme vous dites, ne contrôlent pas forcément leur " base ", et c'est heureux. Les bureaucraties syndicales sont pas forcément à tort perçues comme les garantes de la paix sociale. Un de ses éminents membres nous rappelle aujourd'hui que la base est parfois autre chose qu'un troupeau de moutons. J'y vois un espoir. Vous n'y voyez qu'un inconvénient.

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