Prothèses : l'État ne doit pas éluder sa responsabilité
FREDERIC SOUMOIS
jeudi 02 février 2012, 05:37
Aujourd'hui, la Belgique prend la décision d'un retrait préventif de toutes les prothèses PIP. C'est exactement la même décision qu'avait prise la France, dès l'avant-veille de Noël, au même titre du principe de précaution. Qu'est-ce qui a changé depuis cinq semaines ? Rien. Les experts belges sont simplement du même avis que les experts français. Et que les allemands et les hollandais. Tout est donc clair et net ? Pas du tout. Les patientes qui ont été implantées avec des prothèses frauduleuses mais pour des raisons purement esthétiques devront payer les nouvelles prothèses. Plusieurs milliers d'euros. Et une anesthésie. Sans avoir commis d'autre faute que d'avoir été victime d'une brochette d'escrocs. Qui ont pu, pendant des années, écouler leur produit dans l'intimité des corps. Si le lucre ne fait pas de doute chez le producteur français, peut-on garantir qu'il était totalement absent de ceux qui ont importé ces prothèses « à prix cassé » ou qui les ont achetées en dehors du chemin classique de distribution ? On en doute
On devine déjà la ligne de défense sur laquelle certains vont se retrancher : PIP et son patron sont des escrocs et on ne peut mailler le filet de contrôle à tel point d'empêcher d'agir des gens qui affichent un tel mépris pour les êtres humains. Ce serait oublier qu'il a fallu plus de dix ans et des dizaines de signalements de rupture pour que l'enquête aboutisse à l'arrêt de la vente des prothèses.
De si grandes mailles ont laissé tant de liberté aux poissons qu'il est grand temps de les resserrer et de mettre fin à la médecine esthétique « d'arrière-cour ». Car, aujourd'hui, dans notre pays, il est plus aisé d'implanter une prothèse mammaire achetée sur un étal de foire que d'immatriculer une voiture importée !
Ce n'est pas rassurant, s'agissant du seul bien que tout l'argent du monde ne puisse acheter : la santé. C'est injuste pour les professionnels de la santé qui suivent les règles.
Il faudra aussi que les autorités expliquent pourquoi, alors qu'elles savaient dès avril 2010 que près de 700 prothèses au moins ! avaient été livrées dans notre pays, ce chiffre n'a été révélé que le 9 janvier, en laissant croire pendant 21 mois que la vague de PIP avait miraculeusement évité la Belgique
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"Car, aujourd'hui, dans notre pays, il est plus aisé d'implanter une prothèse mammaire achetée sur un étal de foire que d'immatriculer une voiture importée ! " La formule est percutante et résume tout à elle seule. Il est clair que les innombrables règles, européennes ou nationales, censées protéger le citoyen sont là avant tout pour protéger les intérêts financiers de ceux qui les édictent ou, plus subtilement, les font édicter. Une fois admis ce postulat, tout s'explique. C'est aussi la marque d'une société en totale déliquescence.
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Il faut rester réaliste. Il y aura toujours des fraudeurs. Par conséquent il est indispensable que, même s'il existe des systèmes de certification CE qui , sur le papier, ne devraient permettre la mise sur le marché que de produits surs, les états doivent , particulièrement lorsqu'il s'agit de produits critiques, remplir leur rôle de surveillance du marché en effectuant des inspections inopinées chez les distributeurs, chez les utilisateurs et chez les fabricants, comme d'ailleurs les lignes directrice européennes sur les directives européennes le prévoient. Malheureusement ce n'est fait qu'à une trop faible échelle, par manque d'inspecteurs. Les politiques ne manquent pas d'annoncer des mesures lorsqu'un problème survient mais sans que les moyens existent.
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Excellent édito. Au jour d'aujourd'hui l'Etat demeure le premier gardien de nos intérêts vitaux. Il est primordial que le rôle de la sphère publique soit respecté, au même titre que celui de la sphère privée. Il est à souhaiter que les autorités publiques se "rattrapent" en établissant les responsabilités de cette affaire et en veillant à ce que les personnes trompées soient dédommagées. Bon courage aux dames concernées, qui méritent d'être soutenues, car leur souci de l'esthétique ne concerne pas seulement leur amour propre, mais aussi le plaisir de ceux qui les cotoyent.