Belges, comme Matthias, Lubna et Bouli
BEATRICE DELVAUX
lundi 06 février 2012, 07:09
Éditorialiste en chef
C'est quoi la Belgique ? Si vous êtes désormais à court d'arguments ou de convictions, montrez le palmarès des Magritte et cette photo qui immortalise les vainqueurs, le Wallon Bouli Lanners, les Flamands Matthias Schoenaerts et Michaël Roskam et la Marocano-Hispano-Belge Lubna Azabal. La Belgique, multiple, multiculturelle, en trois visages. Les films et les acteurs primés se fondent sur la richesse des origines et la force des mélanges. Ils indiquent qu'on peut conserver son identité, ses racines tout en étant universel. Et nous disent voyez Incendies que l'on perd son âme en luttant de façon jusqu'au-boutiste, pour son identité, religieuse ou culturelle.
Les Géants sont, comme tous les films de Bouli Lanners, une ode aux paysages wallons. Y entrer, c'est comme se promener le long des nationales du sud du pays, bordées de maisons rectangulaires en brique rouge. Cet homme aime son chez-lui jusqu'à conserver les clenches de portes du dancing délabré où ses parents allaient danser le samedi soir.
Michaël Roskam, lui, aime cette terre et ces paysans flamands dont il a préservé le rude patois. Entrer dans Rundskop Tête de buf, c'est comme boire une bière dans l'arrière-cuisine d'une ferme carrée du Nord.
Ces deux films enracinés donnent pourtant à voir une détresse humaine identique, de quelque côté que l'on soit d'une frontière, quelle que soit la langue qui dit le désespoir. Les hommes s'y battent contre leurs fêlures, affrontent leur destin autant qu'ils le fuient, cherchant au bout du compte à se reconstruire avec un autre qui les aimerait famille, amoureux et les réparerait.
Ces deux films nous parlent d'une même fracture, qui n'a rien de communautaire mais qui est la seule qui compte, car elle est urgente, sociale, intime. Universelle.
Courez voir ces films, aux acteurs, aux producteurs, aux musiciens mélangés Nord-Sud. Le monde artistique belge revendique sa nationalité, non comme un drapeau politique, mais comme le label d'un talent de classe mondiale, d'une originalité, d'une sensibilité et d'une audace. Il y a du Brueghel, du Magritte, du Arno, du Brel et tout notre brol belge dans ces films-là.
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Merci Madame Delvaux de rappeler que c'est dans les différences que se trouvent nos richesses. A regret, nos mandataires, abusant de leur légitimité constitutionnelle, emprunte le chemin inverse, sans que jamais le citoyen de soit consulter. Le vote obligatoire est une escroquerie qui consiste à obliger les citoyens à désigner leurs maîtres et leur accorder un chèque en blanc. Par civisme, je n'irai plus voter car je ne peux cautionner une telle parodie de démocratie.
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Ce qu'il faut laisser au cinéma belge, c'est sa capacité à faire pleurer. Pas pleurer de rire Pas pleurer de joie Non, juste pleurer devant la thématique récurrente de ce cinéma: du sombre, du triste, du Zola, du misérabiliste, bref tout ce qui nous fout le moral en l'air alors que l'on a besoin d'espérer, de rêver, de se divertir, d'oublier juste deux petites heures les soucis, le boulot, la vie chère, et l'actualité déprimante. Ce genre de message, pas besoin d'un film pour nous en parler: les JT s'en chargent. Le seul rayon de soleil de ce cinéma belge, ce sont les acteurs qui ont réussi à se faire une place dans le cinéma français. Pour tous ceux-là, CHAPEAU!