Pourquoi la Grèce veut de la poudre et des balles

PIERRE-HENRI THOMAS

mardi 14 février 2012, 06:04

Ami, je veux de la poudre et des balles », faisait dire Victor Hugo à l’enfant grec qui errait sur Chio dévastée. Les enfants grecs d’aujourd’hui, accompagnés de quelques casseurs, ont plutôt usé de cocktails Molotov ce week-end. Mais la rage est la même et le goût du gâchis tout aussi amer.

Aujourd’hui en effet, on fait mine de se féliciter que le parlement grec ait adopté le nouveau plan d’austérité. Condition nécessaire pour que l’Union européenne se décide à débloquer un nouveau paquet de 130 milliards d’euros après les 110 milliards déjà accordés. Oui, 240 milliards d’euros ! A quoi il faut ajouter les 100 milliards d’abandon de créances que les banques devraient annoncer ces heures-ci. Si avec ça la Grèce ne s’en sort pas…

Eh bien non. Les Européens adoptent une attitude extrêmement choquante. Pourquoi verser cette nouvelle aide sur un compte bloqué ? Et pourquoi la Banque centrale européenne, qui détient à elle seule 50 milliards d’euros de titres grecs qu’elle a achetés à prix bradés, se refuse à faire comme les banques privées et à prendre ses pertes ? Jusqu’il y a peu, elle voulait même encaisser des plus-values sur ces obligations achetées à 60 et qu’elle désirait se faire rembourser à 100.

Mais le plus grave, oui, est bien cette absence d’espoir pour la Grèce et ses enfants. On sait tous qu’en accumulant sur les épaules grecques des plans d’austérité de plus en plus lourds, le pays ne tiendra pas.

Même si l’on annule les 370 milliards d’euros que constitue l’intégralité de la dette grecque, on fait avaler à son économie une telle potion que la Grèce recrachera des déficits de plus en plus importants. On casse aujourd’hui à coup d’austérité son appareil productif. Et la dette ressurgira donc, comme un phénix de cauchemar. Pousser les Grecs à sortir de l’euro ne servirait à rien. Car ils sont trop dépendants des produits importés et n’ont pas assez de grands exportateurs pour que ce choc soit salutaire. La seule solution est de faire comme avec l’ancienne Allemagne de l’Est. Payer, supporter à bout de bras et savoir que la conversion sera longue. Sinon, l’enfant grec que nous croiserons l’été prochain nous dira : « Ami, je veux de la poudre et des balles ».

Vos réactions

Voir toutes les réactions
Je me connecte Je m'inscris

Nouveau : changement dans la procédure de connexion. En savoir plus

Quelques règles de bonne conduite avant de réagir
[18] petitrobert dit le 14/02/2012, 21:05

il y en a qui sur ce forum qui confondent allègrement Etat grec et peuple grec. Sans doute les mêmes qui se croient à l'abri d'une telle dégringolade. Sans doute les mêmes -mais est-vraiment paradoxal?- qui s'exonèrent de toute responsabilité éthique, morale, économique face à l'état du Monde. Sans doute les mêmes qui considèrent que s'ils vivent dans un pays riche (pour combien de temps encore?), ils ne le doivent qu'à la "primauté de leur civilisation" (Guéant?). Ceux-là mêmes qui ne s'inquiètent pas que les autres crèvent et n'imaginent pas qu'ils puissent (ou leurs enfants) un jour être "les autres".

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 0 0 NON

 

[17] Alien dit le 14/02/2012, 16:45

Oh, je sais trop bien que les Grecs, les Españols, les Portugais, tout ça certains le disent, seraient des fainéants. Rien n'est moins vrai! Le concept clé réside dans les mots "Goldman Sachs". Je suis résolument contre la rue, qui ne réussit que d'enflammer les centres de ville, mais il faut convenir que c'est bien trop façile d'accuser ces gens des méfaits d'une bande de dirigeants de banque et de politiciens bien trop habiles et oh si peu doués pour réussir la tâche qui leur est confiée. Shame!

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 6 0 NON

 

[16] Battleship54 dit le 14/02/2012, 16:42

Les faits sont têtus Les grecs sont rentrés dans l'euro par fraude comptable avec l'aide de Goldman Sachs. Oui, ils ont vécu au-dessus de nos moyens. Oui, il est temps de le faire comprendre à leur secteur public hypertrophié et à leurs gouvernants stupides. En revanche il est temps de faire payer les riches grecs (qui n'habitent pas le pays) en taxant leurs résidences secondaires en Grèce. Il est temps d'en finir aussi avec la fraude fiscale (immeubles perpétuellement non terminés, donc non-imposable, pas de cadastre digne de ce nom) et la corruption endémique. On pourra alors mettre en place un plan Marshall pour la reconstruction et la croissance de ce pays

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 5 1 NON

 

[15] BruxellesdanslaRue dit le 14/02/2012, 16:11

Certaines sources font état d'un million de manifestants à Athènes (toutes générations confondues). La désinformation parle de cent mille personnes. On voit des vieilles personnes dans les rues avec des jeunes (et cela depuis les révoltes de 2007: cinq ans de révolte dans les rues). Mais la désinformation parle de jeunes et de casseurs. On voit des flics à moto passer près de la foule avec des matraques et tirer les grenades lacrymo dans des gens à deux mètres (2 mètres!!!). Mais la désinformation ne mentionne que les coktails des manifestants. On voit une violence physique et symbolique s'abattre sur le monde entier depuis vingt ans, une violence financière et criminelle, faite de légal et d'illégal entremêlés, qui fraude et qui corrompt, qui sape la démocratie. Elle s'accentue depuis cinq ans et elle semble ne plus avoir de limite. Aujourd'hui elle a tout, et elle semble plus insatiable que jamais. Mais la désinformation mentionne par fragment la faible contestation, et la diabolise.

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 13 3 NON

 

[14] mbmoe63 dit le 14/02/2012, 14:57

Ce qu'il faut... C'est surtout que les grecs se rendent compte qu'ils ont vécu au-dessus de leurs moyens. Aucune industrie si ce n'est l'huile d'olive et le retsina. Des salaires de belges. Ouzo et bouzouki à gogo. Pas payer d'impôts. Moi, je veux bien qu'on leur donne encore quelques centaines de milliards mais que vont-ils en faire ? Les boire ? Qu'ils montrent une réelle volonté de travailler, honnêtement. Ils ne l'ont pas montrée jusqu'à présent, depuis des années. Je ne verrai pas l'enfant grec cet été, sauf s'il vient passer ses vacances en Belgique;

Signaler un abus

Message constructif ?

  OUI 7 18 NON

 

Voir toutes les réactions