
BENEDICTE VAES
dimanche 22 juillet 2007, 22:12
Allons z'enfants de la patrie, le jour de gloire est arrivé » Voilà l'entame de notre hymne national, la Brabançonne. C'est ce qu'a affirmé, sans rire, Yves Leterme, formateur de l'Orange bleue, candidat Premier ministre fédéral. Un canular ? Pas du tout. Sous l'il de la caméra, le Premier ministre présumé avait l'air ennuyé de l'élève modèle qui vient de lâcher une grosse bourde. La RTBF l'avait cueilli sur les marches de Saints-Michel-et-Gudule, juste avant le Te Deum célébré à l'occasion de la fête nationale
Tiens, que fêtait-on, au juste, samedi ? Quatre Belges sur cinq ignorent que, le 21 juillet, l'on commémore la prestation de serment de Léopold Ier, en 1831. Notre confrère de la chaîne publique, Christophe Deborsu, a voulu savoir si cette ignorance crasse affecte ceux qui nous dirigent. À commencer par Yves Leterme. Alors, ce 21 juillet, on fête quoi ? « La proclamation de la Constitution », dit Leterme. Busé. Seconde chance : « La désignation de Léopold Ier ». Pas repêché. Ultime essai de rattrapage : Vous connaissez la Brabançonne ? « Un peu ». Et le voilà qui nous entonne la Marseillaise ! Aggravant son cas, le futur Premier a téléphoné durant le Te Deum (pour demander conseil ?) Et, à la sortie, fui l'équipe de la RTBF.
Preuve que ce n'était pas une blague belge.
La classe politique, cuvée 2007, n'est pas surdouée. Guy Verhofstadt est, lui aussi, pris au dépourvu. Mais il le prend cool. Il fait quelques pas, revient, lance la bonne réponse. On la lui a soufflée ? Son franc est tombé ? Rudy Demotte, ministre-président de Wallonie, se plante. Professoral, il décrit les insurgés chassant l'occupant hollandais. Raté ! Ça, c'est la révolution de 1830. On la fête le 27 septembre.
Marie Arena, Première de la Communauté française, n'a pas été mise sur le gril. Elle est arrivée en retard au défilé
Yves Leterme a accepté de commenter sa mésaventure sur la chaîne flamande VTM. Il a dit : « J'ai des choses bien plus importantes à faire que ces foutaises (flauwekul) ». Et : « Je crois qu'ils me cherchent. Celui qui me cherche le paiera tôt ou tard. »
En disant « ils », le futur Premier ministre de tous les Belges parle bien des francophones ?
Chez qui il a déjà semé l'appréhension, l'été dernier, dans une interview à Libération, avec trois déclarations. : 1. « Les francophones ne sont pas intellectuellement aptes à apprendre le néerlandais ». 2. « La Belgique n'est pas une valeur en soi ». 3. « La nécessité d'avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts flamands. » Leterme a aussi évoqué, dans Dag Allemaal, la Wallonie sous forme d'un sac à dos bourré de cailloux qui gêne la Flandre dans sa course économique.
Le 10 juin, il a fêté son triomphe (790.000 voix). Il a aussi glacé les francophones : ses supporters agitaient des drapeaux flamands aux couleurs séparatistes.
Leterme chantant la Marseillaise, l'histoire belge fait fureur. Tous les journaux français en ligne, dont Le Monde et Libé, la diffusaient dès hier.
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