Sri Lanka, l'île resplendissante ?
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ALAIN LALLEMAND
lundi 12 novembre 2007, 18:31
Les yeux rivés sur le Pakistan, un évènement asiatique crucial a largement échappé à l'opinion occidentale : ce 2 novembre, vingt-quatre heures avant que le président Musharraf ne proclame l'état d'urgence à Islamabad, les bombardements de l'armée sri-lankaise ont tué le chef politique des Tigres de libération de l'Eelam Tamoul (LTTE), S.P. Thamilselvan. L'évènement a été d'autant mieux occulté que ce même vendredi, les Tamouls du monde entier avaient les yeux braqués sur Londres où venait d'être arrêté l'un des commandants militaires mythiques de la rébellion, le dissident et « renégat » Muralitharan, alias colonel Karuna, intercepté alors qu'il fuyait les menaces de mort de la guérilla et tentait d'entrer sur le territoire britannique sous une fausse identité.
Si l'arrestation de Karuna n'est qu'une péripétie, la mort violente du chef politique des Tigres, elle, a une force symbolique comparable à l'assassinat, à l'été 2005, du ministre sri-lankais des Affaires étrangères Lakshman Kadirgamar : c'est cette fois la guérilla qui perd celui qui présidait aux discussions de paix depuis 1995. Elle le perd en outre après une année de revers et défaites militaires cuisantes.
Comme nous le rappelons dans la carte insérée dans ce journal et consacrée aux « guérillas asiatiques », le LTTE dispose non seulement d'une composante militaire maritime (les Sea Tigers) mais aussi d'une flotte civile capable d'approvisionner la guérilla en armes et biens divers. Ces bâtiments civils opèrent en Inde mais aussi en Thaïlande, en Birmanie. Or durant les mois de septembre et octobre, l'armée sri-lankaise est parvenue à couler dans les eaux internationales quatre bâtiments appartenant aux Tigres. Les faits se sont déroulés à presque 2.000 kilomètres au sud et sud-est des côtes sri-lankaises. Certaines sources au sein de l'armée affirment que la flotte civile des Tigres a ainsi été réduite à zéro. Considérée comme « terroriste » en Europe et sous le coup de plusieurs enquêtes judiciaires dans notre continent pour racket et torture, jamais la guérilla des Tigres n'a semblé à ce point affaiblie. Ce 27 novembre comme chaque année, le leader des Tigres Velupillai Prabhakaran prendra la parole à l'occasion de la « journée des Héros » : il devrait promettre de continuer la lutte, mais il est plus probable encore qu'il accuse le coup d'une manière ou d'une autre.
Cependant, comme le rappelle l'International Crisis Group dans un rapport publié mercredi dernier, même si les Tigres sont à genoux, la paix demeure lointaine : depuis décembre 2005 et l'accession à la présidence de Mahinda Rajapaksa, la guerre se nourrit tout autant du nationalisme radical cinghalais que de l'activisme insurgé tamoul. Pour rappel, les violences contemporaines trouvent leurs racines dans le sentiment cinghalais de frustration lié à la colonisation britannique, une frustration qui est devenue à son tour oppressante après l'indépendance et la politique du « Sinhala only » : une seule langue cinghalaise ; un drapeau dont le « lion au sabre » est celui des rois cinghalais ; un bouddhisme omniprésent dans les cérémonies d'État et sur le papier-monnaie ; etc.
L'émergence d'une guérilla tamoule ultra-violente, puis la mise en place d'un dialogue de paix international, perçu comme bienveillant envers les Tamouls, a renversé la perspective durant la décennie 1995-2005 : la cause tamoule semblait recevoir un accueil éventuellement disproportionné. Ce qui a, à nouveau, nourrit une frustration cinghalaise, renforcée par l'assassinat de leur ministre des Affaires étrangères, et a débouché sur la victoire électorale des radicaux nationalistes en novembre 2005.
Résultat : bien qu'ils représentent 70 à 75 % de la population de l'île et devraient puiser dans ce seul fait une sécurité et un apaisement, les Cinghalais sont aujourd'hui à la fois intransigeants, belliqueux, dans une large mesure racistes, bref, ils représentent une « majorité avec un complexe de minorité », comme le relève l'ICG. Et ce sont eux, bien plus que les rebelles, qu'il faut amener aujourd'hui à reconsidérer la paix.
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Quoi d'extraordinaire???
Une "majorité avec un complexe de minorité"... moi ça me fait penser à nos voisins du nord...
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l'an 2000...
et on se bat encore pour des territoires... Préhistorique nos mentalités...
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Surprenant!
Et moi qui croyait que tout les bouddhistes étaient pacifiques!
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Les guérillas asiatiques expliquées par A. Lallemand.
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