Le yacht de Sarkozy fait des remous

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EXCLUSIF : le canular a Sarkozy
"Un simple clin d'oeil humoristique"

Le président élu Nicolas Sarkozy doit regagner mercredi soir la France après de brèves mais luxueuses vacances au large de Malte à l'origine d'une vive polémique avant même la passation de pouvoirs avec Jacques Chirac. Tandis que le canular québécois continue de faire parler de lui.
Retrouvez ici l'ensemble du chat de ce midi avec Joëlle Meskens, notre correspondante à Paris. Réagissez sur notre forum, parcourez notre dossier ainsi que notre portfolio.

Sarkozy victime d'un canular

Deux animateurs de radio, Marc-Antoine Audette et Sébastien Trudel, très populaires au Québec prétendent avoir joint M. Sarkozy peu de temps après son élection, juste après que ce dernier ait prononcé son discours, dimanche soir vers 20h30. Avant de parler à M. Sarkozy, les deux humoristes se sont présentés comme des collaborateurs du Premier ministre canadien, disant s'appeler Willy Waller (un nom rendu populaire au Québec par les sketches comiques des « têtes à claques ») et Tim Horton (le nom d'une chaîne de restauration rapide). Le duo d'animateurs évoque avec M. Sarkozy (qu'ils rebaptisent « Sarkovny ») son élection, ses relations avec le Canada, mais aussi le problème des banlieues.

On entend ainsi Nicolas Sarkozy se réjouir de « pouvoir dire aux Français que j'ai reçu les félicitations du premier ministre du Canada ». « C'est vraiment sympa. Vous savez que je suis un grand ami du Canada et que j'aiderai le Canada et que nous avons des relations avec le Canada excellentes », ajoute-t-il en réponse aux félicitations du faux Harper. Celui-ci demande à M. Sarkozy d'excuser son français « qu'il a appris à l'Institut linguistique », une école de langues de Montréal. Invité à venir manger une « poutine », un plat populaire québécois, M. Sarkozy dit ensuite qu'il sera « très heureux de venir au Canada », où il a « beaucoup d'amis ». « Puisque vous portez à droite, que je porte à droite et que le président George W. Bush porte à droite, je propose de l'inviter à manger au Canada en même temps que vous », lance alors l'humoriste avant d'ajouter : « Depuis le temps que je rêve d'organiser un dîner de cons ».

Ce n'est qu'après cette ultime blague des « Justiciers Masqués » que le pot aux roses est découvert. Visiblement irrité, « Sarko » interromp alors la conversation, qui a été diffusée hier dans son intégralité sur les ondes de la radio CKOI, à 15h30 heure locale. Les « Justiciers Masqués » se félicitent d'un « très beau doublé présidentiel », après le piège qu'ils avaient tendu au président Chirac, en 2006. Mais ce n'est pas le seul nom que les deux cocos peuvent épingler à leur tableau de chasse déjà impressionnant : Bill Gates, Tiger Woods, Janet Jackson, Paul McCartney ou encore récemment Gérard Depardieu ont déjà fait les frais de leur humour téléphonique. Joint hier par... téléphone, Marc-Antoine Audette, l'un des deux justiciers, se défend de toute visée politique derrière ce nouveau « coup » : « On l'a fait par défi, comme toujours, et on ne s'attendait pas du tout à ce que ça fonctionne. Je ne parlerais pas de piège, mais plutôt de clin d'oeil humoristique, pour tester leur sens de l'humour, parce que dans le fond tout le monde a toujours bien réagi à nos coups. » Parlant de « dîner de cons », M. Audette prétend avoir voulu ironiser sur Georges Bush et se défend d'avoir de quelque façon insulté le nouveau président de la République française, que les Justiciers Masqués ont réussi à joindre juste après que ce dernier ait terminé une conversation téléphonique avec M. Bush : « On a eu la chance d'appeler à un moment où beaucoup de monde tente de le joindre et où ça passe inaperçu, et donc où ils ne s'en sont pas rendus compte », se réjouit-il.

Facile ? Le coup aura mis 5 à 6 jours avant d'aboutir, là où 25 minutes avaient suffi pour atteindre Jacques Chirac, relate l'animateur, qui certifie le canular authentique : « Notre réputation n'est plus à faire. Il n'y a pas de canular dans le canular. Ce ne serait guère intelligent pour nous de tromper le monde. Non, c'est absolument infaillible : il suffit d'entendre sa voix et ses intonations », garantit le trublion canadien. L'intégralité du canular est à présent disponible sur le site web des Justiciers Masqués : www.justiciers.tv CEDRIC PETIT (avec AFP)

Après avoir annoncé une « retraite » pour se préparer à « habiter la fonction présidentielle », M. Sarkozy a finalement préféré une croisière de luxe en Méditerranée, à l'invitation de l'homme d'affaires français Vincent Bolloré qui a mis à sa disposition un jet privé et un yacht de luxe.

Les socialistes, dont la candidate Ségolène Royal a été battue dimanche par M. Sarkozy (47 % à 53 %), ont vu dans cette escapade une « forme d'arrogance et même d'insulte », des « vacances de milliardaire » ou une « faute de goût », en contradiction avec les valeurs défendues par le candidat de droite durant sa campagne axée notamment sur la réhabilitation du travail et de l'effort.

Le député socialiste Henri Emmanuelli a affirmé qu'en élisant Nicolas Sarkozy «  les Français ont confié le pouvoir politique au pouvoir de l'argent  ». Le Parti Communiste a qualifié de « très inquiétant » le « lien direct » entre Nicolas Sarkozy et « les milieux d'affaires ».

Egalement critiques, la plupart des journaux français ont publié mercredi à la Une des photos de ce « yacht de milliardaire », certains précisant que le séjour à son bord de M. Sarkozy, accompagné de son épouse Cécilia et de leur fils, pouvait être estimé à au moins 100.000 euros.

Face à une polémique prenant de l'ampleur, M. Sarkozy a été contraint d'intervenir personnellement pour tenter calmer le jeu. Ce voyage n'a « pas coûté un centime aux contribuables », a-t-il assuré à des journalistes sur place, alors que le chef du PS François Hollande s'était demandé plus tôt si « la République payait » le séjour du nouveau président. « Je connais M. Bolloré depuis vingt ans. M. Bolloré m'a invité sur son bateau, je ne vois pas où est la polémique, il n'y a pas de polémique. Je n'ai pas l'intention de me cacher, de mentir, de m'excuser », a poursuivi M. Sarkozy, venu sur l'île pour y effectuer son jogging quotidien.

M. Sarkozy devait être rentré « à Paris tard mercredi soir », pour continuer de travailler sur la composition du gouvernement, a indiqué Claude Guéant, son ancien directeur de campagne. Le poste de Premier ministre devrait revenir, selon tous les pronostics, à l'ancien ministre de l'Education et du Travail, François Fillon.

Jeudi, M. Sarkozy doit retrouver le président sortant Jacques Chirac, 74 ans, lors des commémorations de l'abolition de l'esclavage, alors que la passation de pouvoirs entre les deux hommes est prévue le 16 mai.

De son côté, M. Chirac a présidé mercredi son dernier Conseil des ministres, après en avoir supervisé plus de 600 en 12 ans de présidence. Les ministres du gouvernement, réuni au grand complet, lui ont offert en cadeau un tableau, une encre du peintre franco-chinois Zao Wou-ki, censé représenter « un trait d'union entre l'Orient et l'Occident ».

« C'était un moment particulièrement émouvant », a assuré le Premier ministre Dominique de Villepin.

Selon un participant, M. Chirac, qui a entretenu des relations conflictuelles avec M. Sarkozy, a souhaité à cette occasion « bonne chance à son successeur et à son action ».

Troisième nuit de violences

Par ailleurs, de nouvelles échauffourées ont eu lieu mardi soir lors de manifestations hostiles à M. Sarkozy dans plusieurs villes de France, notamment à Paris et Lyon (centre-est), pour le troisième jour consécutif.

Quelque 200 véhicules ont été brûlés et 80 personnes ont été interpellées sur le territoire. Le ministre de l'Intérieur François Baroin a jugé ces incidents « inacceptables », affirmant qu'ils étaient dus principalement à des mouvements d'extrême gauche et soulignant qu'ils étaient « en décrue » par rapport aux deux nuits précédentes.

Plusieurs responsables socialistes ont réitéré les appels au calme, en soulignant que M. Sarkozy avait été démocratiquement élu.

(D'après AFP)

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AP - Sarkozy bord de son yacht

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