Jean-Paul Marthoz Journaliste et essayiste

Chine, le grand bond en arrière

mardi 08 avril 2008, 08:58

La Chine a perdu la première manche de la bataille de l'information internationale. Malgré les millions de dollars versés aux grandes entreprises américaines de relations publiques, malgré les efforts déployés par la diplomatie chinoise pour démontrer sa bonne volonté à propos du Darfour, la « politique d'image » mise en place dans la perspective des Jeux olympiques part en vrille. Depuis la répression au Tibet, les responsables de la communication de Pékin ne contrôlent plus grand-chose. Avec le coup très médiatisé de Reporters sans frontières pendant la cérémonie d'allumage de la flamme à Olympie, le génie de la contestation est sorti de la bouteille et il n'y rentrera pas de sitôt.

Des années d'« offensive de charme » visant à présenter le pays comme un acteur respectable sur la scène internationale sont en train de s'engluer dans les marécages de la répression. Dans des pays africains ou latino-américains où la Chine avait réussi à développer sa présence économique et son « soft power », les éditorialistes les plus respectés parlent le langage universel – et non pas seulement occidental – des droits de l'Homme pour condamner les tirs contre les manifestants, les arrestations de dissidents et la censure.

Débordé, Pékin tente de démontrer la duplicité de ceux qui, à l'étranger, contestent la nature de son régime et condamnent ses méthodes. Mis sous pression, les services de presse des ambassades chinoises dépouillent les journaux étrangers pour y dénicher des bouts de phrase « positives » et les publier en bonne place dans la presse officielle. Des « patriotes » chinois ont même créé des sites qui accusent la presse occidentale de manipuler l'information à propos du Tibet. Ils prétendent y montrer des photos truquées, des informations tronquées, des impartialités répétées. En Europe même, quelques « guignols de la désinfo » s'en font le relais, comme si la révélation des approximations de quelques médias occidentaux abonnés au journalisme du flou pouvait balayer la réalité des faits. Et les faits sont têtus : la Chine réprime, bâillonne, emprisonne.

Vu d'Europe, le gouvernement chinois semble avoir pris le parti de provoquer ses adversaires et de les pousser à la faute, comme s'il tablait sur l'agacement de l'opinion internationale à l'égard des protestations, surtout si celles-ci deviennent violentes. Sinon, comment expliquer l'arrestation de dissidents aussi respectés que Hu Jia ou Yang Chunglin et leur condamnation à de lourdes peines de prison ?

En fait, entre son image internationale et la sécurité de son règne, le régime a choisi. Vu de Pékin, l'objectif est clair : éviter que l'opinion publique chinoise ne soit exposée à un autre discours médiatique que celui qui célèbre la modernisation économique, l'harmonie sociale et la légitimité du parti communiste.

Mais le parti a-t-il encore les moyens d'imposer sa parole unique ? Dans un récent essai publié dans Foreign Affairs, John L. Thornton, professeur d'économie à l'Université de Tsinghua et membre du conseil de la Brookings Institution de Washington, soulignait qu'en dépit du contrôle étendu exercé par les autorités, un certain espace de liberté s'était créé à la suite de la commercialisation rapide de la presse chinoise, friande de journalisme d'investigation, et du développement exponentiel d'Internet et de la téléphonie mobile.

Cette analyse est aujourd'hui démentie par la politique du « bond en arrière » dans laquelle le régime semble s'être engagé. Si la médiasphère globale bruisse de mille dénonciations, celles-ci n'arrivent qu'au compte-gouttes à l'intérieur de la Chine. Pékin a renforcé son réseau de surveillance et, comme le signalait un rapport du Pew Research Center de Washington, la majorité des 210 millions d'internautes chinois ne cherchent pas à se brancher sur des sites « inappropriés » où ils pourraient obtenir de la contre-information. Conformisme, intimidation, censure : le Net chinois est, globalement, domestiqué. La recherche des informations « antisociales » ou « antichinoises » est un phénomène marginal face au rouleau compresseur de la propagande officielle. À quatre mois des Jeux, les médias sont plus que jamais soumis à des règles de conduite sévères qui expurgent l'information qui dérange. Comme le remarque Howard French dans l'International Herald Tribune, la machine de propagande des temps anciens a été remise en marche. Le public chinois est soumis à un matraquage unilatéral qui occulte la réalité des événements et exploite, sciemment, perversement, le chauvinisme Han. Dans ce contexte, le démocrate n'est plus qu'un subversif, le dissident, un traître.

Le défi lancé aux organisations de droits de l'Homme est immense. Comment percer la grande muraille de la censure et de la propagande derrière laquelle la Chine confine l'immense majorité de sa population ? Comment contrer l'argument officiel selon lequel les critiques adressées au régime ne sont, dans le fond, que l'expression des colonialistes de toujours et qu'elles visent, en réalité, à briser l'élan de la Chine vers le développement ?

Les démocrates et dissidents chinois réduisent ce dernier argument en pièces. En dénonçant la corruption, l'arbitraire, les dégâts environnementaux, les inégalités sociales et l'arrogance de la nouvelle nomenklatura capital-communiste, ils désignent les écueils qui menacent, à terme, l'essor durable de leur pays.

En demandant davantage de démocratie et le respect des droits humains, ils font acte de patriotisme. Les appuyer, c'est contribuer au développement équilibré de la Chine. Et à la stabilité du monde. La politique de la courbette nuit autant à la personne qui la pratique qu'au pouvoir qu'elle prétend honorer.

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[2] Tonton Beber envoyer un message personnel dit le 12/04/2008, 19:53


De tout ce qui est écrit dans cet article ... j'ai comme l'impression que la Chine s'en fout ... mandarinement ...

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[1] rikske envoyer un message personnel dit le 12/04/2008, 17:27

le géant rouge...
a des pieds d'argile... Dans l'histoire la montée en puissance des classes entrepreneuses a TOUJOURS été associée à une demande de droits politiques. L'absence d'une presse libre en Chine rend la lutte contre la corrpution inexistante. La Chine n'arrivera donc jamais à un niveau économique élevé en absence de structures démocratiques. Le problème est que le système actuel a une peur bleue de la vérité et fait donc tout pour l'étouffer: le système actuel est un obstacle sur le développement plus poussé de la chine. Une révolution, ou l'implosion du régime, est un préalable à la vraie entrée de la chine dans le cercle des super-grands (tout comme les russes ont le même problème: leur simulacre de démocratie a autant besoin d'être corrigé que le système chinois).

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