L'homme moderne est rétro

JULIE HUON

mercredi 19 janvier 2011, 11:43

Les défilés de prêt-àporter masculin pour l'automne-hiver 2011–2012 se sont achevés en Italie. Bien dans l'actu : avoir de l'eau dans ses caves, c'est chic. Paris embraie dès aujourd'hui avec les collections Mugler, Vuitton, Gaultier...

L'homme moderne est rétro

: AFP

Un défilé Vivienne Westwood, c'est comme une fille qui chique. On voudrait lui arracher le chewing-gum de la bouche, parce que c'est vulgaire, parce que ça ne se fait pas, c'est pas « comme il faut », mais on voudrait le lui arracher avec les dents.

La plus fantasque des créatrices de mode, toutes nationalités confondues, 70 ans en avril prochain, Britannique mais défilant en Italie depuis des lustres, sculpte cette élégance-là sur le corps des hommes pour l'hiver 2011-2012. Un chic des rues. La folle allure des voyous. Ses mannequins ont la bouche laquée rouge sang, les sourcils tracés au pinceau, le cheveu cranté et gominé. Ils vous regardent par en dessous (genre Clark Gable), fument (façon Delon) et brandissent un magnifique doigt d'honneur (comme Johnny Cash).

Même. Pas moyen de s'offusquer : l'œil tombe sur ce pantalon de Zazou à taille haute et à pinces, sur ce pull rentré sous la ceinture, sur ce costume écossais rose et vert, ce smoking coupé au scalpel et le « Oh shocking » se mue en un roucoulant « Amaaazing » ! « Amazing » qui, en italien, se dit « Porca miseria » (enfin presque).

A pousser haut et fort devant les collections Moschino, Gucci, Armani, Versace, Ferragamo, Prada, Dolce & Gabbana ou Bikkembergs (le Belge) qui étaient elles aussi présentées à Milan en ce tout début de semaine.

Chez Domenico Dolce et Stefano Gabbana, par exemple, le vestiaire était dédié au chanteur Bryan Ferry. L'âme damnée du dandysme a inspiré le duo de créateurs pour des costumes de velours pourpre, des pantalons amples aux chevilles étroites, de fines cravates portées avec un jean… Le tout ondulant sur les rythmes de l'ex-Roxy Music.

On notera encore du total gris chez Gucci et des cous parés de carrés de soie chez Roberto Cavalli. Chez Moschino, c'est Stromae qu'on a cru apercevoir dans cette silhouette candide à nœud papillon. Les couleurs acidulées chères au jeune chanteur bruxellois étaient sur la scène du défilé Jil Sander, griffe derrière laquelle se cache le créateur flamand Raf Simons. Chez son compatriote Dirk Bikkembergs, italien de cœur, c'était le petit marcel qui était mis à l'honneur…

Mais pour coller aux nouveaux hivers froids et neigeux, il faut des manteaux. En vraie laine ou en fausse fourrure. Giorgio Armani donne le ton en crucifiant la doudoune, définitivement, à l'aide de longs manteaux qui vous marquent la taille et la carrure. Tout plutôt que faire croire que vous avez des muscles en duvet d'oie.

Tout ça fleure bon les golden sixties, les pantalons cigarette un rien trop courts, le pull rentré, les Ray-Ban de JFK… Les podiums milanais collent pile poil au revival 60's qui secoue la mode de ce début de seconde décennie. Mais comme « la mémoire est aussi menteuse que l'imagination, et bien plus dangereuse avec ses petits airs studieux » (1), c'est heureusement bien plus qu'un remake. C'est l'image infidèle qu'on se fait de ces années dorées. La différence entre ce dont on a rêvé l'autre nuit, et ce qu'on en raconte, au matin.

(1) Françoise Sagan

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