Mises en scène

mardi 21 février 2012, 15:37

Dans les années 80, Thierry Mugler et Montana orchestrent des défilés futuristes. Fin de la décennie 90, explosion, la mode est un show total : Galliano chez Dior, McQueen chez Givenchy ou Lagerfeld chez Chanel font dans l'hyper-spectacle. Aujourd'hui on revient aux choses simples ? Pas toujours. Prêt-à-porter et haute couture se mettent encore en scène avec brio. Pointant des univers forts. Une mode absolue.

Mises en scène

Par Amandine Maziers. Photos AFP, AP et DR. Article paru dans Victoire du 18 février 2012

L'éclairée

Iris Van Herpen est la révélation haute couture de ces dernières saisons. Un univers extrême, hyper-technique et sans filiation. De la poésie futuriste qui s'expose. Explose.

Le fanfaron

Thom Browne, c'est le New-Yorkais déluré qui bouscule Paris et la mode masculine depuis trois saisons. Le créateur a démarré en trombe en imposant son costard impeccable mais raccourci. Chevilles apparentes et veste trop courte. Et chacun de ses défilés est un spectacle provoc' et amusé. De l'hyper-show et il l'assume comme tel. Avec ses excès. Pas du commercial mais de l'image donc. Pour l'hiver 2012- 2013, qu'il vient de faire défiler dans la galerie de minéralogie du Jardin des plantes, à Paris, le Requiem de Mozart résonnait comme une grosse machine et ces messieurs paradaient avec des allures mi-Frankenstein mi-footballeurs américains. Épaulettes démesurées, pantalons rembourrés, rose et vert pétants, masques de catch, jupes, habituels carreaux et imprimés délurés, yeux maquillés, clous, cagoules. Ses inspirations sont multiples, bien balancées et le travail sur les proportions permanent. Certains crient à l'horreur, d'autres au miracle. Reste que le créateur assume. Tempère. Il défile pour l'émulation. L'important, c'était la beauté de l'imagerie. Et j'aime que chacun l'interprète à sa manière, confiait-il à « Télérama » deux jours après son défilé. Applaudissez.

La prêtresse

Le Superbowl est une grand-messe. Le 5 février dernier, Madonna faisait son show sur scène entièrement habillée par Riccardo Tisci pour Givenchy. Trois pièces haute couture imaginées spécialement pour la chanteuse. Qui ont déjà fait le tour du monde. La preuve que le défilé est partout.

Le machiniste

Chanel n'a peur de rien. Pour sa dernière collection Paris-Bombay, qui met en valeur le travail des artisans et métiers d'art de la maison, les mannequins défilaient autour d'un immense buffet de 40 m de long où les pâtisseries, bonbons et guirlandes de fleurs s'étalaient en abondance sous d'immenses lustres en cristal. Avec deux cents invités, à table, triés sur le volet. Un mois plus tard, pour la haute couture de l'été 2012, la maison de la rue Cambon case ses invités dans un intérieur d'avion nouvelle génération. Peur de rien on vous a dit. Et les moyens de tout.

L'électron libre

Il ne fait pas de la mode, il fait de l'art. Voilà tout. Ses défilés ont plus à voir avec la performance que le rituel va-et-vient sur podium. Qu'importe. Ou tant mieux. L'Allemand Bernhard Willhelm, formé à l'Académie d'Anvers, est un anticonformiste bienheureux. Dans le Trianon, à Paris, ses hommes paradaient - ou militaient - dans des vêtements manifestes aux influences ethniques et aux messages radicaux. Inspirés.

L'illusionniste

Dries Van Noten est un magicien. Ses défilés sont à coup sûr des modèles de poésie et d'inventivité. On l'a déjà vu faisant parader ses mannequins devant un mur démesuré de boules à facettes ou ouvrant la marche avec un framboisier à dévorer de plusieurs dizaines de mètres de long. Cette fois-ci, sa collection défile le long d'une fresque peinte en live par les artistes Job Wouters et Gijs Frieling, aidés par leurs assistants. Mais la poésie, elle, est encore ailleurs. Façon copier-coller. Les costards reprenaient des imprimés peints par les artistes à la fois sur le mur et sur le tissu. Magique.

L'OVNI Le vestiaire de l'Anversois Walter Van Beirendonck suffit à montrer sa force mais le créateur aime aller plus loin, transformant ses mannequins en vrais héros d'un autre monde. Cette fois-ci, ils sont tous noirs, portant des masques-chapeaux melon curieux qui leur dessinent une moustache féline. Les couleurs claquent entre l'orange vif et le vert sapin, l'ethnique est omniprésent avec ses imprimés ou des cannes dogons et les costumes prennent d'autres proportions avec des jeux de couleurs et de patchwork en trompe l'oeil. Une claque.

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