Le sexe, c'est aussi de l'art
DIDIER DILLEN
vendredi 24 février 2012, 12:37
Si les artistes ont toujours su tirer parti des vertus subversives ou aguichantes de l'obscénité, les créateurs qui se servent de l'acte sexuel, voire de leur corps, comme mode d'expression sont plus rares. Ce sont des sexe-artistes !
Paru dans Victoire le 18/02/2012
Il y en a qui construisent des marionnettes avec de la ficelle et du papier. Il y en a d'autres qui n'ont même pas besoin de ces accessoires pour improviser un spectacle hilarant : une paire de couilles extensibles, une verge, et le tour est joué ! Depuis 1997, Simon Morley et David Friend, deux Australiens passablement burnés, sillonnent le monde avec leur show baptisé « Puppetry of the penis » (Les marionnettes du pénis). Leurs accessoires : une sacrée dose d'humour et un service trois pièces en parfait état de marche, qu'ils plient, étendent, déforment, contorsionnent jusqu'à les transformer en parachute, en Tour Eiffel, en hamburger ou en monstre du Loch Ness ! Tout ça sur scène, tout nus et devant un public mixte, lui aussi, généralement plié en quatre. Joué devant les plus grandes vedettes (Hugh Grant, Naomi Campbell, Elton John, Bono et lesBeckham), le spectacle a tellement de succès que plusieurs équipes de performers ont été recrutées par le duo. Est-ce de l'art ou du cochon ? Les avis sont partagés. Les deux créateurs comparent quant à eux leur travail à une forme d'origami génital. Les cocottes étant ici remplacées par des quéquettes. Que les spectateurs du dernier rang se rassurent cependant, un écran géant leur permet de suivre sans jumelles ce théâtre de guignol d'un genre un peu particulier.
Dans un registre plus pictural et plus modeste, l'Australien Tim Patch, alias Pricasso (traduisez « Bitcasso »), n'est pas mal non plus. L'homme a troqué le pinceau ou la spatule au profit de son sexe. Il lui arrive cependant aussi de peindre avec ses testicules ou ses fesses, selon les effets qu'il souhaite créer. Pour le reste, Tim Patch procède comme n'importe quel artiste peintre. Il exécute d'abord une esquisse à petits coups de phallus étonnamment précis, puis applique les différentes couleurs. Sans oublier de rincer l'instrument entre chaque teinte ! À défaut de se prendre trop au sérieux ni d'atteindre au grand dard, Pricasso possède un certain sens du portrait. On peut le voir sur la Toile s'activer en public tantôt sur la caricature d'une personnalité (Obama, Tony Blair, la reine d'Angleterre ) tantôt sur celle d'un quidam. C'est d'ailleurs de ce genre de portraits de commande qu'il vit. Pas si bien que cela, puisqu'il ne lui est pas possible de frotter trop souvent son pinceau contre une toile : son pénis ne le supporterait pas ! On veut bien le croire.
Mais certains artistes revendiquent aussi leurs parties intimes comme véritables modes d'expression ou de revendication. Le sexe est subversif. Ce n'est pas pour rien que toutes les cultures ont tenté avec plus ou moins de succès d'en contrôler les représentations. Récemment, l'artiste chinois Cheng Li a ainsi été envoyé pour un an dans un camp de travail pour avoir fait l'amour en public lors d'une de ses audacieuses expositions. Dans les années 70, des artistes comme Vito Acconci et Valie Export partiront en guerre contre les conventions sociales, les tabous sexuels ou le statut de femmes de l'époque. Cela donnera lieu à des représentations pour le moins assez originales et radicales. En 1968, Valie Export déambulera, par exemple, dans les rues de Vienne, les seins nus recouverts d'une sorte de boîte ajourée, tout en invitant le public à venir les lui palper. En 1972, Vito Acconci se cachera quant à lui nu sous le parquet d'une galerie d'art pour se caresser et se masturber. Sa voix diffusée par haut-parleur encourageait le public à lui marcher dessus pour l'amener au plaisir ! ?
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Que voilà un article bien écrit! J'ai pris l'habitude d'être en général plutôt consterné du niveau littéraire des journalistes en ligne. Je comprends bien que la pression constante de publication joue sur la qualité de la forme (ne parlons pas du fond), mais tout de même, c'est parfois franchement décevant. Ici, je suis ravi!
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"A défaut de se prendre trop au sérieux ni d'atteindre au grand dard"... heu je ne sais pas si c'est bien écrit mais ça me fait marrer ;-)