Croisière en Balkanie

vendredi 10 février 2012, 18:39

Si les Balkans ont souvent fait parler d'eux au travers des guerres et des instabilités politiques dans les années 90, aujourd'hui, ce creuset de civilisations propose au voyageur un inestimable chapelet de trésors naturels et historiques. À découvrir au fil de l'eau, à bord d'un petit navire de croisière.

Croisière en Balkanie

Texte et photos Sandra Evrard. Article paru dans Victoire du 04 février 2012

 

Y aller Adria Airways assure des vols depuis Paris ou Bruxelles jusqu'à Ljubljana, d'où l'on peut rejoindre Koper pour le départ de la croisière. Informez-vous du meilleur transfert possible lors de la réservation auprès du croisiériste. www.adria.si

Sur place Le croisiériste Rivages du Monde propose des croisières ayant pour but la découverte culturelle des pays traversés. Les excursions privilégient les visites de musées, monuments historiques, églises ou lieux forts de la culture locale en compagnie d'un guide francophone. À bord, des conférences sont également organisées. Dans les Balkans, ils proposent une croisière à bord du voilier Royal Clipper « Escales en Croatie et au Monténégro » de 8 jours/7 nuits. Prix: àpd 2310 €/ pers. Période de voyage : d'avril à septembre. T. 00 33 1 49 49 15 50, www.rivagesdumonde.fr

En Belgique, Rivage du Monde est représenté par All Ways, Expairt tours, Cultura international et Navi Cruise. www.all-ways.be www.expairtours.be www.cultura-international.be www.navicruise.com

Aborder un pays par son rivage revient un peu à découvrir l'arrière-scène avant le spectacle. Il s'y cache toujours un peu de l'âme du lieu, avec des figures forcément pittoresques et une atmosphère particulière qui en dit long sur l'activité de la ville. C'est aussi l'occasion de varier les points de vue et parfois de s'offrir un panorama que l'on ne découvrira jamais depuis la Terre. C'est assurément le cas des bouches de Kotor qui constituent le plus grand fjord de la Méditerranée.

Les eaux bleues et impassibles serpentent au coeur d'une nature sauvage et préservée qui cavale le long des montagnes monténégrines. Au milieu de ce dédale, la petite église baroque de Notre-Dame-du-Rocher trône sur une île minuscule où tous les fiancés rêvent de se marier. En témoigne le nombre de bouquets de fleurs séchées autour de l'autel, qui arborerait aussi le plus grand nombre de plaques votives d'Europe.

Selon la légende, deux pêcheurs trouvèrent une icône sur ce rocher en 1452. Ils la ramenèrent au village de Peraz, situé en face, et les habitants décidèrent d'y bâtir une église. Afin d'obtenir la superficie nécessaire à ce dessein, les pêcheurs y déposaient une pierre chaque fois qu'ils partaient en mer. L'île était née. De nos jours, chaque 22 juillet, les bateaux y apportent des pierres pour perpétuer cette coutume, la plus suivie du pays. La région possède également sa Pénélope ! Durant 28 ans, Yacinta Kunic Nemiovic attendit ici son mari parti en mer. Pour s'occuper, elle confectionna patiemment un tableau composé de ses propres cheveux.

L'entrelacement du blond et du gris, témoignant des différentes périodes de sa vie passées à l'ouvrage.

Un bijou d'art médiéval Kotor, c'est aussi le nom de la petite cité érigée sous les Byzantins au pied des monts de Lovcen. Une perle, inscrite au patrimoine de l'Unesco, coincée entremer et montagnes. La Dubrovnik du Monténégro n'a rien à envier à sa voisine croate, sinon que sa récente popularité permet de la découvrir avec plus d'intimité. Rattaché à la Yougoslavie en 1918 et indépendant de la Serbie depuis 2006, ce bijou d'art médiéval, de la Renaissance et du baroque, est protégé par d'imposants remparts dont certaines parties font 16 m de large. On y pénètre par la Porte de la mer qui avait les pieds dans l'eau jusqu'au XIXe siècle. Sur le fronton, Tito a fait inscrire une maxime qui témoigne des velléités de conquêtes propres à la région : Ce qui est aux autres, on n'en veut pas. Ce qui est à nous, on ne le donnera pas.

Voilà qui est clair ! Dans le prolongement de la porte, l'horloge de la tour est toujours réglée comme une montre suisse par une famille provenant de Bâle et installée ici depuis plusieurs générations. Très vite, on remarque une délicieuse influence vénitienne qui s'inscrit au coeur des façades, avec ses fenêtres en ogives, typiques de la République. Parmi les chefsd'oeuvre qui témoignent du riche passé de Kotor, la cathédrale romane de Saint-Tryphon abrite des icônes et de jolies fresques datant du XIVe siècle. Après le tremblement de terre de 1667, la cathédrale n'avait plus assez d'argent pour les rénovations. On a reconstruit les deux clochers, mais l'un s'est arrêté à la hauteur des derniers deniers disponibles dans les caisses…

À chaque placette le regard s'arrête sur d'autres églises, véritable défilé d'art sacré du XIIe au XXe siècle. Les ruelles médiévales de la vieille ville sont parfois si étroites que l'une d'entre elles s'appelle Laissez-moi passer. Le premier qui prononce la phrase ayant droit de passage…

Saveur nature Le Monténégro se distingue aussi par sa superbe nature, sauvage et préservée. En allant vers Cetinje, l'ancienne capitale du pays blottie au coeur du massif montagneux pour résister aux Ottomans, les routes qui bordent les ravins offrent de somptueux panoramas sur des vallées verdoyantes. Les imposants pins aux épines foncées ayant donné leur nom au pays des « monts noirs ». C'est là, loin des petites villes côtières, que le monarque éclairé Niegos Petrovic a construit un palais qui ressemble à une grosse mansarde campagnarde. Pourtant, l'intérieur, aujourd'hui transformé en musée, les salons et chambres meublés en style Louis XV et XVI, permettent de se plonger dans l'atmosphère de ce palais où régnait le représentant de la plus petite capitale européenne au XIXe siècle.

Une cinquantaine de kilomètres plus loin, l'ancienne colonie grecque de Budva accueille les estivants le long de ses plages et au coeur de sa petite ville médiévale. C'est l'un des hauts lieux du tourisme monténégrin. Mais heureusement, les murs de béton n'ont pas défiguré cette côte de l'Adriatique. Le Monténégro ne possède pas l'espace nécessaire pour accueillir un tourisme de masse, et c'est tant mieux !

Voilà qui lui confère aujourd'hui tout son charme et son caractère. Des stars comme Mick Jagger ou Madonna l'ont d'ailleurs compris. Alors que quelques décennies plus tôt, l'ancien petit village de pêcheurs de Sveti Stefan, situé sur une minuscule presqu'île non loin de Budva, accueillait déjà Elizabeth Taylor, Richard Burton, Sophia Loren ou Kirk Douglas. Aujourd'hui, le site est transformé en île-hôtel par une chaîne de grand luxe.

Un peu plus loin, le lac de Skadar possède la particularité de subir une inversion de courants provenant de l'Adriatique durant l'été, ce qui réduit sa superficie de 540 à 360 km2. Cet écosystème particulier est un refuge ornithologique riche de 272 espèces différentes d'oiseaux. En été, la température du lac pouvant atteindre les 30 º, c'est un éden caché, prisé des Monténégrins. Les paysages y sont en effet idylliques, avec des vignobles qui tapissent les monts et d'esthétiques pains de sucre qui se dressent autour du lac. Ici et là, quelques vestiges de forteresses ottomanes et des monastères, tels des vigiles discrets, témoignent du carrefour de civilisations propre aux Balkans. Skadar serait le centre géographique du Monténégro, mais le lac possède aussi un tiers de sa superficie en Albanie.

De Skanderbeg à Lénine Cap sur Tiranal, la capitale albanaise. Du hublot, on toise cette ville un peu chaotique qui s'agglutine face à la mer. Changement de décor. La nature et les petites villes romantiques ont fait place à une architecture encore fort teintée de communisme. Avec ses larges allées aux façades défraîchies, son musée national aux saveurs soviétiques et ses parcs au sein desquels émergent des bâtiments en béton aux formes étranges, Tirana nous transporte dans le passé. Sur la place Skanderbeg, du nom du héros national qui rejeta l'islam ottoman pour défendre la chrétienté en Albanie, on trouve encore la petite mosquée Ethem Bey, quitémoigne du mélange culturel et confessionnel du pays. Tout autour de la place, l'opéra et les ministères bénéficient d'un peu plus de couleurs et de soins que les autres bâtiments de la ville. En moins de vingt ans, la population de la capitale a triplé à cause de l'exode rural des paysans du nord-est, qui ont fui la zone frontalière du Kosovo. Ce mouvement de population est récent.

Durant les années communistes, on ne pouvait pas choisir son lieu d'habitation. Il fallait évoquer un motif significatif pour pouvoir déménager d'une ville à l'autre. Si Tirana n'a pas les moyens de s'offrir un grand lifting, elle soutient la créativité de ses habitants. Des artistes ont reçu des pots de peinture afin de redécorer à leur goût les immeubles tristounets situés le long de la rivière Lana, de fresques géantes et colorées. La capitale albanaise s'éveille timidement. Au milieu de cet imposant héritage soviétique, les bars branchés poussent comme des champignons, particulièrement au sein de l'ancien quartier des apparatchiks où la jeunesse dorée passe ses nuits à siroter des bières sur les derniers tubes à la mode. Mais ici, tout le monde vous recommandera de fuir la ville. Les beautés albanaises sont ailleurs. Dans sa nature, ses campagnes bucoliques et aux traditions préservées. Particulièrement à Kruja, fief de Skanderbeg et ancienne capitale du pays située à 32 km de Tirana. Au coeur du massif de Sari-Salltiku, un imposant château de forme elliptique du Ve siècle domine une charmante petite cité médiévale aux maisons de bois. Voilà qui change en effet des avenues bétonnées de la capitale. Des restes de civilisation illyrienne ont d'ailleurs été trouvés ici. Si les chemins touristiques ne sont pas encore balisés en Albanie, ils ont précisément la saveur de la découverte d'une région forte d'un riche héritage culturel et de surprenants témoignages du passé.

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