« La situation des Gitans s'aggrave »
DE VOGELAERE, JEAN-PHILIPPE
mardi 20 avril 2010, 08:48
Ottignies-LLN. Une semaine spéciale permettra d'en savoir plus sur les gens du voyage.
Etienne Charpentier loge pour linstant sous les cerisiers de la Sapinière, sur un terrain communal dOttignies-LLN, la seule cité du Brabant wallon qui organise un accueil officiel des gens du voyage © J-P DV
Je suis né gitan sans le demander, mais j'en suis fier. Je suis domicilié à Braine-le-Comte, j'ai ma société de pavage-dallage. La seule différence, c'est que je voyage sans cesse, toujours aux alentours de Bruxelles et du Brabant wallon. Et je constate que la situation des gitans s'aggrave de jour en jour. On nous dit qu'on n'a rien contre nous, mais on nous demande d'aller nous installer ailleurs. Heureusement qu'il existe quelques cités comme Ottignies-LLN. Je pense qu'il serait temps que les communes se regroupent et nous invitent à la table des négociations afin de trouver des terrains où nous pourrions nous installer. »
Etienne Charpentier est président du Comité national des gens du voyage, qui compte quelque 20.000 personnes en Belgique. Pour l'instant, il loge à la Sapinière, en dessous du château d'eau de Blocry, sur un terrain communal. Et ce, suite à une décision prise par la ville en 2003.
« Dès qu'on a annoncé la décision du collège, un tract courageusement anonyme a averti les riverains qu'ils devaient fermer leurs portes et fenêtres parce que les voleurs de poule étaient de retour », s'indigne encore Olivier Beaufays, l'employé communal chargé de l'accueil des gitans, tandis que l'échevine en charge de l'accueil et de l'intégration des personnes étrangères, Cécile Lecharlier (Écolo), précise qu'aujourd'hui, « les plaintes sont détournées. Certains nous disent que leur maison perd de la valeur du fait de la présence des caravanes. D'autres qu'il y a trop de bruit. »
Au total, ce sont plus de 200 caravanes qui sont acceptées par an dans le Botroul. À la Sapinière, mais aussi au parking Baudouin de l'UCL, et sur un terrain privé rue du Monument.
Exclusion et paupérisation
Voilà qui explique sans doute qu'Ottignies-LLN ait été choisie, après Namur, Mons et Verviers, comme cité d'accueil de la « Semaine des Gens du Voyage » qui se tient jusqu'au 23 avril. La Maison de la Citoyenneté, 15, rue des deux Ponts, accueille ainsi une exposition de photographies de Dominique Pâques, assorties de courts poèmes où l'on peut lire d'une autre manière l'appel d'Etienne Charpentier : « Ores, le temps suspend son vol dans le campement gitan. Abandonnant ses fils, le vent dément son nom d'Éole. »
Le 22 avril, à 16 h, la même Maison de la Citoyenneté proposera une animation musicale tzigane, tandis qu'à 18 h 30, se tiendra un apéritif-débat musical, en présence Jean-Pierre Jacquet, le médiateur urbain de Louvain-la-Neuve, et d'Etienne Charpentier. Enfin, un colloque est également prévu ce mardi à Namur.
Pour Ahmed Ahkim, de l'ASBL Centre de médiation des gens du voyage en Wallonie, organisateur de la semaine, c'est l'occasion de « renouveler notre constat à propos de la situation dramatique dans laquelle se trouvent toujours les gens du voyage en Wallonie. Outre la quasi-impossibilité de séjourner temporairement et officiellement, il est de plus en plus difficile, voire impossible, pour les familles du voyage d'acquérir, de louer ou d'aménager un terrain pour y vivre régulièrement en caravane. »
Et d'insister : « Cette impossibilité de séjourner en habitat mobile transforme de fait des familles qui ont un logement, certes mobiles, en sans-abri, avec des conséquences profondes de vie au niveau social, administratif et économique. La non-reconnaissance de la caravane comme logement possible constitue une des causes principales de la pauvreté croissante chez les gens du voyage. »