Le « côté obscur » de l'ado-sapiens

JEAN-PHILIPPE DE VOGELAERE

mardi 29 juin 2010, 10:25

Tubize. Une "Fabrique de Soi" qui porte bien son nom. 38 jeunes offrent leur version de l'adolescence. Une superbe expo pour (les comprendre).

C'est faux de croire que les ados ne s'intéressent à rien. On s'intéresse aux filles, aux multimédias, aux ragots, aux mangas, à la musique métal, au catch, au fantastique. »

Paroles d'ados. Il y a la « bombe » prête à éclater, le « serpent » qui change de peau, la « chenille » devenue papillon, le « chien » prêt à aboyer ou le « hamster » qui se met en boule. Certains sont envahis par l'obsession de l'autre sexe, d'autres sont hyperdépendants des écrans et s'installent dans une vie virtuelle. Mais tous n'ont qu'une seule envie : « Devenir moi. »

Ils sont 38 jeunes, de 11 à 16 ans, de tous milieux sociaux confondus, fidèles de la « Fabrique de Soi », une école de devoirs pas comme les autres à Tubize, dépendant du Centre d'action laïque du Brabant wallon. Un tiers d'entre eux sont en difficulté scolaire, un autre tiers en risque de l'être, et le dernier tiers n'éprouve aucune difficulté en classe.

Pendant l'année, ils ont travaillé et créé sur le thème de l'Ado-Sapiens. Et ce, au travers de techniques aussi diverses que le dessin ou la vidéo, la 2D et la 3D pour faire branché. Cinq thèmes sont abordés : La boîte crânienne (que pensent et ressentent les ados ?), l'adrénaline (leur perception et expérience de la crise d'ado), l'épiderme (le monde de l'image dans lequel ils sont plongés, le look), l'estomac (leurs perceptions de la nourriture) et la colonne vertébrale (quitter l'enfance et sortir des sentiers battus du cocon familial).

Le résultat est à découvrir jusqu'au 8 juillet – en semaine sur rendez-vous au 02-355 04 76 ou le week-end de 10 h à 14 h – au Centre culturel de Tubize. Dans les sous-sols, un lieu intimiste où les jeunes se dévoilent, pour nous surprendre. Et, surtout, pour nous permettre de mieux (les) comprendre.

Audrey, par exemple, 13 ans, vient de quitter l'enfance et nous dit que « rien ne va me manquer ». Si elle était un animal, ce serait « la tortue. Quand je me lève, je suis lente. Et j'aime avoir mon coin à moi, comme les tortues avec leur carapace. » Ce qui l'énerve le plus ? « L'école et les devoirs. Et rater mon avenir. »

Pour Anne Beghin, la coordinatrice de La Fabrique de Soi, qui poursuivra ce travail l'an prochain, notamment via la réalisation d'un film qui sera projeté pour les dix ans de l'école de devoirs, « on se rend compte que la tête des adolescents n'est remplie que d'interrogations. Tout tourne autour d'eux, comme si le monde n'existait pas, comme si les “j'aime, j'aime pas, je veux, j'ai, j'ai pas, je suis, je ne suis pas” étaient tellement envahissants qu'il n'y a plus de place dans leur tête et dans leur cœur pour d'autres préoccupations qu'eux. Et ce, le temps qu'il leur faudra. »

Cela est traduit dans « ce côté obscur » de l'ado-sapiens qui se représente en ombres chinoises : « Mais avec cette incroyable impudeur qui surprend dans les conversations. Les ados n'ont pas le même rapport à l'intime que nous. Comme s'ils ne savaient plus rien garder pour eux. Sauf pour ce qui concerne leur chambre ou leur famille. Parler de cela reste encore tabou. »

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