Un clown wallon dans le cirque fédéral - L'édito du Standaard
Peter Vandermeersch
vendredi 17 juillet 2009, 07:30
Le clown a pris le dessus sur le ministre. » C'est ce qu'écrivait Le Soir il y a à peine un mois dans son rapport du gouvernement wallon au sujet de Michel Daerden. ( ) Le score était désastreux. Vision : 16,5/40. Action : 20/40. Communication : 10/40. Sur ce dernier point, nos collègues du Soir disaient à juste titre : « Il ne faut pas confondre notoriété et communication. »
La démocratie commence, fort heureusement, avec la popularité. Il faut être élu. Un parti peut de temps à autre faire appel à un extérieur comme ministre (pensez à Ingrid Lieten et à Philippe Muyters), le pouvoir d'un politique est surtout fortement lié au résultat électoral (demandez-le donc à Joke Schauvliege). Ceux qui ont mis temporairement un pied hors du gouvernement peuvent faire leur retour après qu'ils se soient laissés évaluer (demandez-le donc à Jo Vandeurzen). Et ceux qui sont propulsés à l'intérieur depuis l'extérieur ne reçoivent leur pleine crédibilité qu'après s'être présentés devant l'électeur (demandez-le donc à Kris Peeters).
Michel Daerden est l'homme politique wallon le plus populaire. 63.580 personnes ont voté pour lui lors des dernières élections. Cela peut compter. La base du tout nouveau ministre des Pensions est en admiration devant lui. En bon empereur wallon du clientélisme, il l'a choyée. « Papa » Daerden se soucie des gens. Et ils le lui rendent bien. C'est comme cela que cela fonctionne, tant à Ans qu'à Liège. Là où l'on est fier que les petits films du ministre ivre mort sur Youtube (« Daerden bourré » ou « Daerden encore bourré ») aient été regardés par plusieurs millions de personnes dans le monde.
La démocratie commence peut-être par la popularité, mais faire de la politique c'est aussi, heureusement, davantage qu'être populaire. Faire de la politique c'est, pour les ministres à tout le moins, gérer. Faire des choix. Gérer de façon saine l'argent du contribuable et l'affecter justement. Regarder de l'avant. Développer une vision et avoir une connaissance des choses. Il y a des années de cela, Daerden pouvait encore être considéré comme un spécialiste des chiffres, nous n'avons encore jamais pu le surprendre sur ces qualités politiques. Ce clown rejoint donc aujourd'hui le cirque fédéral. Parachuté depuis la Wallonie.
Sans la moindre légitimité en Flandre, il devra maintenir droit l'un des principaux piliers de la maison fédérale. Avec Michel Daerden, ce pilier risque de s'effriter au risque d'endommager davantage encore le toit fédéral. Pendant que cela se passera, nous pourrons boire un verre de rosé avec « papa ». Pour nettoyer ce goût âpre dans la bouche.
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