L'hôtel Gesu sacrifié sur l'autel du logement
FRANCOIS ROBERT
mercredi 30 juin 2010, 08:28
A la surprise générale, le Conseil d'Etat n'a pas suivi son auditeur et annule le permis d'urbanisme délivré par la commune de Saint-Josse. Le projet Gesu est remis en cause.
Pour la centaine de sans-logis qui occupent le couvent, larrêt du Conseil dEtat est une divine surprise : ils peuvent rester bien au-delà du mois doctobre © Damien Caumiant (st)
Un couvent, c'est du logement ! a décrété le Conseil d'État. L'arrêt de la juridiction administrative a surpris tout le monde, à commencer par l'Arau (atelier de Recherche et d'actions urbaines), qui contestait le permis d'urbanisme délivré par la commune de Saint-Josse. Cet arrêt annule le permis et le projet de rénovation de l'église de Gesu a du plomb dans l'aile.
L'église néogothique et désacralisée du Gesu, située en face du Botanique, rue Royale, doit être transformée en un hôtel cinq étoiles de 150 chambres. Le projet est piloté par la SA Royale qui rassemble le groupe suisse Rosebud Heritage et Building & Engireering. Il est dessiné par le bureau d'architectes DDS & Partners. Il a l'appui de la commune et son bourgmestre Jean Demannez (PS) pour qui le projet est porteur de 230 emplois.
Le 22 septembre 2009 l'Arau, Inter-Environnement et un particulier ont attaqué en annulation le permis d'urbanisme délivré deux mois plus tôt. Leur thèse ? Un couvent, c'est du logement et le projet de rénovation ne prévoit qu'un hôtel. L'auditeur réagit d'une façon très rapide en rendant son rapport en mai dernier. Un rapport qui refusait de suivre l'Arau. Dans 90 % des cas, l'arrêt du Conseil d'Etat suit les conclusions rapport de l'auditeur. On pouvait penser que le projet Gesu allait se réaliser.
Le recours a néanmoins gelé le projet. L'affaire s'est compliquée par le squat d'une centaine de sans-logis en janvier, aidé par l'Union des locataires marollienne. Persuadés de l'issue favorable du recours, les Suisses ont convaincu les sans-logis de quitter les lieux en octobre, date de démarrage du chantier.
Mais le Conseil d'État, à l'étonnement général, vient d'en décider autrement. Il estime que le projet d'hôtel ne répond pas à la prescription 012 du Pras qui dit que tout logement perdu doit être reconstruit dans la zone. Un couvent, fût-il vide depuis des lustres, est donc une résidence religieuse et ses 6.500 m2 sacrifiés (l'équivalent d'une soixantaine d'appartements de 100 m2) doivent être reconstruits. Ironie du sort, dans une précédente version, le projet Gesu contenait du logement. Ils furent supprimés pour répondre aux demandes patrimoniales de la Commission des Monuments et sites.
Le permis étant annulé, les Suisses doivent en bonne logique élaborer un nouveau projet (ils ont déjà dépensé près de 20 millions d'euros sur un budget de 80 millions). À moins que, complètement dégoûtés par Bruxelles, ils décident de ne plus jamais y mettre les pieds. Quant au bourgmestre Jean Demannez, il se montre pessimiste. À moins de mettre du logement hors du périmètre concerné (ce qui est illégal), il ne voit pas de solution. Ou alors, il faudra modifier le Pras et autoriser un hôtel comme compensation logement. En tout cas, l'arrêt du Conseil d'État risque de faire jurisprudence. Et si un jour d'aucuns veulent réhabiliter les prisons de Saint-Gilles et Forest, il faudra garder en tête qu'une prison est en fait une résidence pour prisonniers et donc du logement